Manifestation EHPAD
© Tim Douet

Lyon : la colère des EHPAD gagne la rue

Partis de l'Agence Régionale de Santé, plusieurs centaines de personnes ont défilé jusqu'à la préfecture du Rhône pour manifester contre le manque de moyens dans les EHPAD. Un appel de détresse pour dénoncer les conditions de travail des soignants, mais aussi la maltraitance que subissent les résidents de ces établissements spécialisés.

Toujours moins d'effectifs pour toujours plus de restrictions budgétaires, les soignants du Rhône sont à bout de nerf. Alors que leurs collègues des urgences de Lyon Sud sont en grève, le personnel des EHPAD a choisi d'investir les rues pour scander leur colère. Face au silence des agences de santé et aux timides propositions du gouvernement, ils ont manifesté en nombre pour rappeler que le secteur de la santé publique est en danger. Au sein des EHPAD, les professionnels ne tiennent plus. "On fait face à un gros manque d'effectifs. On se tue à la tâche, on soigne comme on peut, mais on a plus le temps de bien faire notre travail", déplorait un manifestant. Quelques élus de gauche avaient rejoint le cortège, comme Andréa Kotarac de La France Insoumise. "Je soutiens les soignants. En France, il y a de plus en plus de personnes âgées pour de moins en moins de moyens. Il faut assurer de meilleures conditions de prise en charge, soigner les gens dans la dignité" a affirmé le conseiller régional.

Objectif : 1 soignant pour 1 patient

La problématique n'est pas nouvelle. Depuis des années, les syndicats s'insurgent contre les conditions de travail des soignants en EHPAD. Des conditions difficiles entraînant une frustration intense dans les hôpitaux, qui se répercute mécaniquement sur la qualité des soins. "J'aimerais vous dire que l'on s'occupe toujours bien des gens, que la maltraitance n'existe pas. Mais ça serait vous mentir. Même si on essaie de faire toujours au mieux, parfois c'est juste impossible. Comment voulez-vous qu'on prenne le temps de bien faire les choses avec dix, quinze, voire vingt toilettes à faire le matin !" s'indigne un syndicaliste présent sur place. Dans une récente interview, une employée de la filière gériatrique des HCL expliquait déjà la détresse de la profession, et des patients, "Les malades ? On ne les nourrit pas. On les gave. On les douche une fois par semaine, au mieux. On les lave au lavabo une fois tous les deux jours les bonnes semaines. Ceux qui sont agités ? Pas le temps de s'en occuper, on les attache ou on leur donne des cachets". Impensable pour les familles de résidents, qui déboursent de grosses sommes tous les mois pour que l'on s'occupe de leurs aînés. Car en France, le coût médian d'un mois en EHPAD tourne autour de 2000€, mais il peut parfois grimper à plus de 3000€. Le tout pour une moyenne d'environ 0,6 soignant par patient. "Il faudrait qu'on arrive à un ration de un pour un, comme en Allemagne", commente un militant.

"Négocier les budgets de santé, c'est devenu du marchandage de tapis"

Interrogé sur ses rapports avec sa hiérarchie et les Agences régionales de Santé, un manifestant confie, "Les directeurs ? Ils nous disent de descendre dans la rue ! Ils sont indignés comme nous. Quand ils doivent négocier les budgets de santé à l'ARS, c'est du marchandage de tapis. C'est terrible". En effet, la situation semble toucher toutes les strates de la profession, et tous les établissements de santé. À la différence des mouvements passés, certains médecins prennent la parole depuis quelques mois et entrent en grève pour des problématiques similaires. "Avant, les médecins ne s'exprimaient pas trop sur ces sujets. Maintenant on remarque que ça change", indique un militant. En fin d'année 2017, les médecins s'étaient en effet mobilisés contre plusieurs dispositions du projet de loi de santé publique, notamment le tiers payant généralisé. Pour ce qui est des EHPAD, le gouvernement a annoncé vouloir débloquer 50 millions d'euros pour améliorer la situation. "Une goutte d'eau dans un océan de problèmes" pour un manifestant, qui affirme qu'à l'échelle nationale, cela représente à peine 0,2 nouveau poste par établissements.

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut