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Le relooking écolo des industriels lyonnais

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Les multinationales de l’agrochimie, regroupées à Lyon, s’adonnent au “greenwashing”, une façon de redorer leur image un peu ternie de fabricants de pesticides par de la publicité “verte”. Lyon Capitale a enquêté sur les moyens employés par ces firmes pour brouiller les pistes, sur les innovations qui sortent véritablement des laboratoires lyonnais mais aussi sur les conséquences de ces produits sur la santé et l’environnement.

Bienvenue dans le monde merveilleux des fabricants de pesticides. Une prairie plantée d’arbres en fleurs borde les rives d’un lac : telle est l’image accueillante du site internet de Bayer CropScience, la firme allemande de produits agrochimiques qui emploie près de 1900 salariés à Lyon. Un encadré prévient l’internaute : “Nous agissons… Agriculture et biodiversité, des intérêts communs ?” Des onglets tentent d’“informer” le public sur la notion de biodiversité, le changement climatique, la conservation des espèces animales et végétales. Avec une légende en point d’orgue : “Nous agissons en proposant des produits phytopharmaceutiques (comprendre des pesticides) pour que l’agriculture puisse assurer une production de qualité tout en préservant l’environnement.

Mais depuis quand les multinationales de l’agrochimie se sont-elles muées en associations de défense de l’environnement ? Couloir historique de la chimie, Lyon est devenue, en quelques années, la place forte des fabricants de pesticides et des semenciers. La majorité des leaders mondiaux y ont leur siège français.
Les équipes lyonnaises, qui constituent la matière grise et le centre névralgique de l’agrochimie hexagonale, rivalisent d’ingéniosité pour faire passer le message le plus écolo possible auprès du grand public. Depuis la vague verte qui a déferlé sur la France au début des années 2000, ces firmes essaient de se racheter une image. Elles s’adonnent à l’écoblanchiment ou au “greenwashing”, c’est-à-dire que ces entreprises, qui peuvent être nocives du point de vue environnemental, tentent de préserver et d’étendre leurs marchés en se présentant comme des amis de l’environnement.

Lionel Roche, un avocat lyonnais spécialisé en environnement le définit comme “un coup de ripolin en matière de communication verte.“Les industriels pensent que les consommateurs sont très sensibles aux questions de santé publique et d’environnement. Ces groupes chimiques véhiculent déjà une mauvaise image. Pour couronner le tout, ils n’embauchent presque plus. Donc ils cherchent à se refaire une virginité quelque part et le domaine de l’environnement est un bon terrain pour ça.” Mais quelles sont leurs techniques pour redorer leur blason ?

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Un laboratoire de “santé des plantes”

Tout un vocabulaire est employé. Pour brouiller les pistes. Dans le jargon des agrochimistes, on ne dit plus pesticides ou produits phytosanitaires mais “produits de protection des plantes”. Les OGM se cachent sous le terme “biotechnologies végétales” qui correspondent aux technologies issues de la transgénèse. Certains industriels assurent lutter contre le “stress des plantes”, c’est-à-dire les insectes, les mauvaises herbes ou les champignons qui détruisent les cultures. Bayer CropScience a inauguré, l’année dernière, son laboratoire de “santé des plantes”. Loin d’être une charmante herboristerie, tenue par des savants à l’affût de la nouvelle décoction révolutionnaire, le laboratoire se révèle être un lieu de séquençage de l’ADN, où les chercheurs, spécialisés en biologie moléculaire, créent des plantes génétiquement modifiées afin de tester de nouveaux produits phytosanitaires “alternatifs”.

Mais la communication verte va parfois beaucoup plus loin. BASF a axé sa dernière campagne de publicité sur son appui au réseau “biodiversité pour les abeilles”. Sur le visuel, deux agriculteurs discutent au milieu d’un champ. En bordure de ce terrain cultivé, un pré en jachère, avec des fleurs printanières et cette légende : “Plus de 1000 hectares de couverts apicoles semés en France. BASF Agro favorise les couverts apicoles pour nourrir les abeilles et renforcer les défenses immunitaires des populations d’insectes pollinisateurs indispensables à la biodiversité”. “Cette campagne peut être assimilée à de la communication verte. C’est vrai”, avoue Claire Deschenaux, de la communication du groupe. “Mais nous n’assimilons pas nos produits à ces actions”.

C’est, néanmoins, un procédé intelligent pour faire oublier que le Regent TS, un insecticide commercialisé par le même BASF, a été interdit à la vente en France depuis 2004. Sa substance active, le fipronil, était à l’origine de la surmortalité des abeilles dans les ruchers. En matière de communication verte outrancière, Monsanto a été condamné, le 6 octobre 2009, par la Cour de Cassation pour publicité mensongère.
La publicité présentait l’herbicide Roundup, à base de glyphosate, comme “étant biodégradable” et laissant le “sol propre”. La Cour d’Appel de Lyon avait déjà condamné en octobre 2008 la société Monsanto, confirmant un premier jugement en janvier 2007, en invoquant “une présentation (sur l’emballage du produit) qui élude le danger potentiel du produit par l’utilisation de mots rassurants et induit le consommateur en erreur”. Le glyphosate classé “dangereux pour l’environnement” par les autorités européennes, est soupçonné d’être un perturbateur endocrinien, selon une étude publiée par le Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).

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Encore aujourd’hui, Monsanto affirme, sur son site, que les produits de la gamme Roundup “conjuguent un spectre d’efficacité inégalé avec un profil toxicologique et environnemental très sûr”.Chez Bayer CropScience, la responsable de la communication se défend de faire de la communication “verte” : “ Dans nos campagnes de pub, nous mettons en avant des chiffres factuels et nous proposons des solutions. Je n’appelle pas ça de la comm’ verte. En revanche, la préservation et le respect de l’environnement sont des conditions sine qua non de la conduite de notre métier. On ne peut pas homologuer un produit sans suivre la réglementation, qui est très stricte en matière d’environnement.

Des efforts écolos insuffisants

Si l’ensemble de ces groupes investissent massivement dans la R&D (1,2 milliard pour Monsanto chaque année, 650 millions d’euros pour Bayer CropScience et 350 millions pour BASF), force est de constater que peu de produits naturels sortent des laboratoires. Bayer CropScience ne vend pas encore de produits alternatifs pour l’agriculture biologique mais précise que les laboratoires y travaillent...

BASF peut se vanter de son “Rak”, un diffuseur à accrocher dans la vigne qui délivre de la phéromone afin de lutter contre la reproduction sexuelle d’un papillon qui ravage les cultures. L’entreprise a également mis en place un logiciel de formation, à destination des distributeurs et des agriculteurs, “aux bonnes pratiques” environnementales. Les avancées écolo s’arrêtent là…

Le géant allemand attend beaucoup de la commercialisation, commencée en début d’année, de son herbicide pour tournesol et colza “Clearfield”. L’industriel vend des variétés de plantes résistantes à ce nouvel herbicide. Le produit peut donc être épandu après la levée du tournesol et du colza : une première. Et surtout un bon coup commercial, l’industriel vend son produit 2 en 1 : les semences résistantes et l’herbicide adéquat.Côté protection de l’environnement, le bilan est moins favorable : les agriculteurs répandent moins d’herbicide mais les plantes en sont gorgées, puisqu’il faut attendre la levée.
Chez les concurrents, les lancements vont bon train. Fosburi, un herbicide pour les céréales classé nocif d’un point de vue toxicologique et dangereux pour l’environnement (d’après les informations du groupe) ainsi qu’un fongicide pour la vigne vont sortir chez Bayer. Une nouvelle formulation du Roundup est prévue cet automne pour Monsanto. Et un fongicide pour les légumes et la vigne va être commercialisé par BASF.

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La France, premier pays consommateur de pesticides en Europe

Grâce à sa branche pesticides, Bayer Cropscience dégage un chiffre d’affaires de 5,4 milliards d’euros, soit 83% de son CA mondial. Quant à Monsanto, au 3e trimestre 2010, le géant américain avait déjà vendu pour 1,9 milliard de Roundup et autres herbicides. Et la France est un très bon client… Avec
100 000 tonnes de produits phytosanitaires par an, notre pays est le premier consommateur de pesticides en Europe et le 3e mondial derrière les États-Unis et le Japon.

Ces produits sont pourtant suspectés d’avoir des conséquences directes sur la santé humaine. Des études épidémiologiques, menées par la Mutualité sociale agricole, ont démontré que le risque d’être atteint par une maladie de Parkinson est multiplié par 1,9 pour les agriculteurs et les personnes exposées aux pesticides. D’après Béatrice Fervers, cancérologue et directrice de l’unité “cancer environnement” au Centre Léon Bérard, l’exposition à des pesticides pourrait induire trois types de pathologies : “celles dues à aux effets perturbateurs endocriniens des pesticides, avec des problèmes de fertilité et des malformations génitales ; des problèmes neurotoxiques, c’est-à-dire des maladies neurologiques comme le Parkinson et enfin des effets cancérigènes, avec une recrudescence de certains types de cancers dont des hémopathies malignes, des cancers de la prostate et des cancers du sein.”

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Pesticides et OGM : Lyon, la référence française

Depuis cinq ans, Lyon regroupe une concentration étonnante de groupes spécialisés dans l’agrochimie. Les sièges sociaux de ces multinationales ont déserté la capitale française pour venir s’installer à Lyon, d’autres ont repris les activités de feu Rhône-Poulenc et d’Aventis. À l’image du leader mondial du marché des produits phytosanitaires, Bayer CropScience qui compte près de 1900 salariés à Lyon où sont regroupés les sièges mondiaux des branches Bioscience (les produits dérivés des biotechnologies végétales –comprenez les OGM- et des semences), Bayer environmental science (les produits de traitements des jardins et de lutte anti-ravageurs), le siège de Bayer Cropscience Europe mais également celui de Bayer CropScience France. Sans compter l’usine de formulation et de conditionnement de fongicides située à Villefranche-sur-Saône.

Nettement plus discret, l’américain Monsanto, n°1 mondial de la semence génétiquement modifiée et à l’origine du Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde, a installé son siège social France à Bron, après un détour dans l’Isère. Quant à l’allemand BASF, qui détient 22% des parts de marché des produits phytosanitaires en France, il est implanté depuis 2004 à Écully, via sa branche BASF Agro. La firme fait également fabriquer ses herbicides, insecticides et fongicides dans son usine de Genay (Rhône). Dans le giron de ces géants mondiaux se greffent Philagro France à Saint-Didier au Mont d’Or et le belge Belchim à Lissieu, qui commercialisent tous les deux des produits phytosanitaires. À Chappes, en Auvergne, il faut également compter sur le français Limagrain, 4e semencier mondial, qui emploie près de 6000 collaborateurs dans 37 pays.

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La schizophrénie des responsables politiques

Entre deux herbiers* et la création du label “Lyon, Ville équitable et durable”, Gérard Collomb soutient fermement les stratégies de développement des groupes agrochimiques implantés dans son agglomération. Le 27 mai, il remettait la médaille d’honneur de la Ville de Lyon à Friedrich Berschauer, président de Bayer CropScience AG afin de le “remercier de son rôle décisif dans le maintien de Bayer dans trois sites de la région lyonnaise”. Il a également souligné “l’engagement citoyen de l’entreprise”.

Du coup, lors de son déplacement en Allemagne, le 10 juin, le sénateur-maire de Lyon s’est empressé d’aller visiter le centre de recherche du groupe, installé à Francfort. Un an plus tôt, il s’était déjà félicité de la création du laboratoire de “santé des plantes” et avait déclaré : “Signe positif pour l’avenir, ce nouveau laboratoire est impressionnant de par sa technicité. Un tel outil permettra sans nul doute d’apporter des réponses aux défis d’avenir concernant notre alimentation et notre santé.”

Mais le maire de Lyon n’est pas le seul à répondre favorablement au lobby des industriels des pesticides et des OGM. En avril, un conseiller du Président de la République, Christophe Malvezin a accepté l’invitation des dirigeants de Bayer afin de visiter le Centre de recherches de la Dargoire. Il faut dire que l’État, via le crédit impôt recherche, a investi près de 9 millions d’euros en 2009 auprès du géant allemand. L’année dernière, c’était au tour de Christian Estrosi, alors ministre chargé de l’industrie et de Michel Mercier, alors ministre de l’espace rural, de se rendre à l’usine de Bayer CropScience de Villefranche-Limas, en compagnie du Préfet de région. Le plan Ecophyto, mis en place par le ministère de l’agriculture et de la pêche à la suite du Grenelle de l’environnement, qui vise à réduire de 50 % l’usage des produits phytosanitaires en agriculture à l’horizon 2018 n’a, semble t-il, pas été évoqué.
* Le président de la communauté urbaine a établi, en juillet, un partenariat avec le jardin botanique de la ville de Lyon en vue d’établir, d’ici fin 2012, un inventaire global de la flore de l’agglomération lyonnaise.

Retrouver le dossier dans son intégralité dans le mensuel du mois d'octobre

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