Franck Berthinier

La fin du CDI, une vraie mesure de gauche !

Ouh là, j’entends déjà les remarques acerbes : salaud de patron de droite, nanti, profiteur, exploiteur, etc. Mais, devant les centaines de publications que j’ai lues ces derniers temps sur le nouveau Code du travail promis par le gouvernement Valls, j’ai eu envie d’ajouter ma petite pierre à l’édifice.

Alors, comme cela, on ne serait pas de gauche parce qu’on présente un Code qui serait soi-disant favorable au patronat. Comme si être patron c’était forcément être de droite. Je tiens à préciser pour détendre tout le monde que j’ai voté Mitterrand, Jospin, Ségolène Royal et même Hollande. Reconnaissez-moi au moins le fait d’avoir une certaine constance dans mes choix électoraux. Eh bien, tenez-vous bien car, en “salaud de patron” que je suis, je vais aller encore plus loin : la proposition de loi El Khomri ne va pas assez loin. Je pense qu’aujourd’hui il fallait aller jusqu’à la suppression du CDI. (Aïe, aïe, aïe, pas la tête, tapez pas si fort, laissez-moi m’expliquer.)

La plupart des patrons sont pour la suppression du CDI mais pas pour les mêmes raisons que moi. Je pense que le CDI, tel que nous le connaissons aujourd’hui, a vécu, il asservit le salarié. ASSERVIT, oui, le mot n’est pas trop fort. Dans notre société, sans CDI vous n’êtes rien, il reste le saint Graal à obtenir pour simplement pouvoir vivre tel que chaque humain souhaiterait ou devrait pouvoir le faire.

Sans CDI, pas de logement (location ou achat), sans CDI pas d’achat de voiture (souvent indispensable pour travailler), pas de crédit à la consommation, il est impossible de prévoir des vacances car sans CDI vous ne savez jamais si vous allez être disponible le mois suivant. Bref, le CDI est incontournable et il faut que cela change !

Un salarié a un but ultime : décrocher son CDI et surtout le garder. Pour cela, il est prêt à tous les sacrifices, à accepter tous les changements d’horaires et même les baisses de salaire – on l’a vu récemment – et surtout à subir la pression qui peut être étouffante dans certains groupes. Et comme il est très dur à obtenir, on s’y accroche comme à une branche suspendue dans le vide… du marché de l’emploi. Tout ceci parce que le salarié pense qu’il ne retrouvera pas de sitôt ce fameux CDI.

Le problème du CDI, c’est qu’il est très contraignant pour l’entreprise, ce qui fait que bon nombre de mes collègues “salauds de patrons” rechignent à embaucher. Si la réglementation n’était pas si contraignante, sans aucun doute vivrions-nous une période plus proche du plein emploi. Et là ça change tout… pour le salarié. Parce que, pour le patron, bonjour les dégâts ! Eh oui, mes amis “salauds de patrons”, avez-vous pensé à ce que serait un monde sans CDI et avec du plein emploi ?

• Un salarié à qui vous refusez une augmentation ? Il se tire du jour au lendemain, sans préavis, vous laissant dans la mouise jusqu’au cou, la loi le lui permettrait…

• Un salarié qui s’ennuie dans son travail ? Pas de souci pour lui, demain il pourrait changer de boîte.

• Un salarié à qui vous mettez trop de pression ? Il n’aurait aucun mal non plus à changer.

Bien sûr, pour que cela fonctionne, il faudrait changer certaines règles et habitudes, et prendre soin des personnes en difficulté, et mettre en place la fameuse “flexisécurité”.

Je propose donc la suppression du CDI, remplacé par le contrat de travail unique, je propose qu’il soit interdit à tout logeur, vendeur, organisme bancaire ou financier de demander l’ancienneté d’un salarié dans l’entreprise qui l’emploie. Dans ce cas seulement, le CDI deviendrait obsolète et même l’intérimaire aurait les mêmes droits de se loger et de consommer que le salarié actuellement en CDI.

Tant que cela ne sera pas fait, les salariés continueront à s’accrocher à leur espoir de CDI et pour ma part je continuerai d’embaucher des salariés uniquement… en CDI car je n’accepte pas qu’une personne travaillant dans mon entreprise ne puisse pas se loger, s’acheter une voiture ou partir en vacances…, ne puisse pas vivre, tout simplement.

Alors, la suppression du CDI, une mesure de gauche… ou pas ? À vos réactions ;)

Franck Berthinier

Salaud dans une agence de communication digitale

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9 commentaires
  1. Gemini - 29 février 2016

    Je pourrais éventuellement partager votre avis s’il y avait réellement du plein emploi, où la, effectivement, le rapport de force entre le salarié et l’employeur ne serait pas à sens unique. Ceci étant dit, il n’y aura, je pense jamais plus de plein emploi et cela n’existe déjà plus dans aucun pays. La plupart des pays annonçant de faibles taux de chômage trichent sur les chiffres. Il ne peut pas y avoir de plein emploi dans nos sociétés capitalistes d’aujourd’hui. La productivité a bien trop augmenté, le productivisme a déjà des effets ravageurs sur notre planète et ne peut en aucun cas s’accentuer ; il doit même cesser au plus vite. Sans plein emploi, supprimer les protections dont bénéficient les salariés face au patronat tout puissant ne peut qu’être du sabotage social.

  2. MathBrume - 29 février 2016

    @Franck Berthinier Oh, le joli troll !Deux choses : soit vous croyez ce que vous écrivez, soit vous nous prenez pour des buses. Je ne sais pas laquelle est la pire...Tout votre message repose sur l'équation 'fin du CDI = plein emploi', ce qui est bien évidemment un raisonnement aussi simplet que stupide.Votre démonstration s'appuie donc sur une grossière erreur, et votre message en faveur du contrat unique tombe à l'eau dans un gros plouf.Et comme cela a été écrit dans le précédent commentaire, le plein emploi ne (re)viendra pas, et cela devrait être une bonne chose dans une société riche et moderne qui ne ferait pas des chômeurs des coupables mais des victimes et qui reconnaîtrait le travail en dehors de l'emploi.

  3. Gemini - 1 mars 2016

    Je partage en revanche votre avis sur au moins un point : le salarié est totalement asservi au patron, et, d’une façon plus générale, à l’économie. Nous sommes à une époque où la pensée dominante, ou tout du moins celle qui est relayée par les grands médias, est que l’homme doit être au service de l’économie. Le fait même que dans la structure productive qui est l’entreprise, il y en ai quelques-uns, les possesseurs de capitaux, qui s’approprient une part toujours croissante de la valeur ajoutée générée par le travail des seuls salariés, est le nœud du problème. Vous-même, en tant que personne, semblez être suffisamment raisonnable et respectueux de l’autre pour ne pas vouloir trop tirer partie de votre position dominante. C’est loin d’être le cas de tous.

  4. Gemini - 1 mars 2016

    Pour terminer, la fin du CDI, ne permettant bien sûr en rien le plein emploi, permettrait donc seulement la précarisation de tous au profit des employeur et du capital, augmentant d’autant plus leur domination déjà écrasante. À faire un peu de mauvais esprit, oui, c’est une mesure de gauche dans le sens où nous serons tous égaux face à la misère, puisque tous dans la misère. Mais si on élargit un peu le spectre, cette misère qui se généraliserait ne concernait pas tout le monde : une petite minorité, celle qui déjà aujourd’hui tire plus que bien son épingle du jeu, à savoir les possesseurs de capitaux et les patrons, ne partageraient pas cette misère.Bref, non, décidément, ce ne serait pas une mesure de gauche. Simplement une accentuation de la soumission du plus grand nombre.

  5. Gemini - 1 mars 2016

    Et même au sein de cette caste de profiteurs et d’esclavagistes que sont les possesseurs de capitaux et les patrons, il y a des disparités. Une fois tous les petits (le peuple français, les travailleurs, salariés, etc.), ces dominants se bouffent également entre eux. On le voit par exemple dans la grande distribution où les fournisseurs sont écrasés par la toute puissance des centrales d’achat. En outre, l’appauvrissement généralisé de l’essentiel des français va en même temps privé de débouchés nombre d’entreprises, qui disparaitrons également, leur patron avec. La pyramide sociale aura tellement été détruite que même pour certains petits patrons habitués à être au sommet, ils ne pourront que choir tout en bas, puisqu’il n’y aura plus d’étage intermédiaire.

  6. Ludovic - 1 mars 2016

    Bonjour, je trouve ces quelques commentaires assez tristes, vous voyez la nation par votre petit prisme, il semble d'ailleurs que prime soit très rouge.Personnellement je suis centriste, ce qui d'ailleurs n'a aucun intérêt ici, mais je le dit quand même par honnêteté.Moi le CDI... me gonfle, pourquoi, parce que je suis un salarié dans un métier, l'ingénierie en système d'information et de communication, où il y a plus d'emploi que de personnes pour les occupés.Aussi les gens comme moi font des 'Jump' de boites en boites, pour faire monter les enchères, pour gagner toujours plus et avoir toujours plus d'avantages.

  7. Ludovic - 1 mars 2016

    Pour les gens comme moi le CDI est une entrave, un moyen pour les Sociétés d'essayer de nous retenir. Perso je préfèrerai travailler à la mode Américaine, où chacun peut rompre sur des délais courts.Maintenant je suis conscient que je représente une minorité de la population, mais pour autant je pense être moins caricaturale dans mes propos que vous dans les votre.

  8. Zélinette - 23 mars 2016

    Et si on supprimait le CDD ? Le CDI peut être rompu à tout moment pour motif légitime moyennant un simple préavis de 1 à 3 mois selon le statut et l'ancienneté et sans indemnité de licenciement pendant les 2 premières années... Le CDD est assorti d'une obligation d'aller à son terme (sauf si le salarié part pour un CDI). En cas de rupture anticipée, une indemnité égale à la rémunération restant à courir jusqu'au terme normal du contrat est due par celui qui rompt. À l'heure où des bac+5, sont amenés à postuler sur des emplois rémunérés au smic, à l'heure oû l'ont fait croire aux gens que les grilles conventionnelles de salaire sont des rémunérations imposées (alors que ce sont légalement des minimas), remettre chaque année son contrat sur la table n'aurait rien d'une avancée.

  9. Zélinette - 23 mars 2016

    Peut être faudrait-il envisager d'enseigner à l'école les grands principes du droit civil et du droit du travail pour que citoyens, patrons et employés aient une notion minimum des règles qui régissent notre quotidien. Peut être faudrait-il enseigner la cohésion afin que nous soyons tous capables de considérer qu'un patron, c'est juste un chef d'équipe qui veut que son équipe gagne et qu'il a besoin de son équipe au complet. Chaque fois qu'il en change un rouage, il faut un nouveau rodage. Imagine-t-on une équipe de foot dans laquelle les joueurs s'opposent sans cesse au capitaine? Un capitaine qui n'a pas de considération pour le reste de son équipe? Des joueurs qui chacun s'imagine que son intérêt personnel n'est pas que son équipe gagne? On en rirait...

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