© Vecteezy
Article payant

Jean-Didier Urbain, spécialiste du tourisme : "Le voyage est une expérience fondamentale de détachement"

L'anthropologue Jean-Didier Urbain est l'auteur de Une histoire érotique du voyage (Payot) : au-delà des bordels et des aventures sexuelles, il existe un autre érotisme, lié à notre attirance forcenée pour l’ailleurs. Le touriste recherche au sens propre une extase. Et à cette aune, c’est la planète tout entière qui devient aphrodisiaque.

@ Droits réservés

Lyon Capitale : Pourquoi cherche-t-on à partir ?
Jean-Didier Urbain : Montaigne, que certains considèrent comme le premier touriste – le débat est ouvert –, répondait toujours à cette question par cette même phrase : "Je sais bien ce que je fuis, je ne sais pas ce que je cherche." Je crois que partir demeure quelque chose de très existentiel. On voyage pour exister. C’est une expérience fondamentale de détachement. Paul Morand disait qu’ "on ne saurait chercher trop loin le plaisir de rentrer chez soi". Parfois, il suffit d’aller au coin de la rue pour se changer les idées et être ragaillardi.

Qu’est-ce qu’un touriste au juste ?
On oppose souvent le touriste au voyageur. C’est une aberration sémantique et lexicale, en plus d’être un parti pris idéologique, une sorte de déni ontologique qui consiste à refuser au touriste le statut du voyageur. Le voyage a longtemps répondu à un besoin : trouver de la nourriture, pratiquer le commerce, fuir un ennemi ou faire la guerre loin du foyer. Le voyage pour le plaisir ne serait venu à l’esprit de personne. Et puis il y a eu ce moment de bascule à la Renaissance. Le départ vers une destination devient alors un choix libre, non subi. Il est souhaité, rêvé très souvent. Le touriste est d’emblée repoussé dans la caricature par un mépris séculaire, que fonde une idéologie du negotium mettant en avant son inutilité, sa futilité, sa stupidité.

Le touriste serait un "voyageur frustré" comme vous l’écrivez dans vos livres...
Le touriste est un voyageur très complexé parce qu’il a du mal à s’assumer comme tel. Il doit trouver des légitimations à son voyage, qu’elles soient culturelles, sanitaires, familiales ou humanitaires et caritatives. Pour résumer, le touriste est un voyageur qui a eu la mauvaise idée de voyager pour son plaisir.

Il vous reste 72 % de l'article à lire.
Article réservé à nos abonnés.

Connectez vous si vous êtes abonnés
OU
Abonnez-vous

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut