Grippe A : l'expert lyonnais répond aux accusations

Les médecins sont-ils achetés par les laboratoires pharmaceutiques ? "Quand les labos financent les experts de la grippe A" : l'article publié ce jeudi dans Le Parisien Aujourd'hui en France épingle en particulier le Dr Bruno Lina. Consulté par le ministère de la Santé, il est professeur de médecine aux Hospices civils de Lyon et président du comité scientifique du Groupe d'expertise et d'information sur la grippe (Geig), financé intégralement "par les producteurs de vaccin". "Les pouvoirs publics sont infiltrés par des représentants des firmes pharmaceutiques", en conclut le quotidien. Le sujet est polémique : avec les 94 millions de doses de vaccins commandées par les autorités, le marché français s'élève à 871 millions d'euros.

Lyon Capitale : Que répondez-vous à la polémique sur vos liens avec les laboratoires ?

Bruno Lina : J'ai passé douze heures hier pour répondre à ces questions. J'ai naturellement des liens avec les industriels. Quand on est directeur de recherche d'une unité de recherche CNRS, expert auprès de l'OMS et du ministère de la Santé, vous avez besoin d'avoir toutes les informations sur le sujet. Donc oui, je discute avec BioMérieux, Abbott, etc. Si je ne le faisais pas, je me couperais une jambe ou un bras. Mais ces relations sont parfaitement transparentes. Je fais une déclaration publique d'intérêt qui peut être consulté par n'importe qui.

Est-ce exact que le Groupe d'expertise et d'information sur la grippe (Geig) pour lequel vous travaillez est financé par ces laboratoires ?

Le Geig est une association dont les membres sont issus des cinq producteurs de vaccins antigrippaux (Sanofi, GSK, Novartis, Pierre Fabre et Solvay). Son budget de 400 000 euros, pris en charge par ces cinq laboratoires. Pour moitié, cette somme sert à sensibiliser la population contre les risques de la grippe saisonnière et en faveur de la vaccination. L'autre moitié vise à organiser un congrès annuel qui traite de la grippe dans tous ses aspects et je ne participe qu'à ce volet en tant que responsable scientifique du Geig. Pour cette mission, je ne touche aucune rémunération. C'est une activité bénévole.

Touchez-vous de l'argent provenant de laboratoires ?

Je suis certaines fois consulté par des laboratoires dans le cadre d'études scientifiques. Je ne me fais jamais rémunérer pour des présentations orales sur la grippe, je le fais uniquement pour des travaux d'expertise. Cela représente environ 3 % de mon salaire annuel. Mais encore une fois, les choses sont parfaitement transparentes. C'est vrai, les laboratoires ont parfois des comportements un peu limites et je le leurs dis. Certains producteurs de vaccins voudraient que les experts disent des choses non vérifiées. Pour chaque campagne saisonnière, ils souhaiteraient faire passer le message que c'est particulièrement important pour l'année en question. Je m'y refuse.

Quand les gens seront-ils vaccinés contre la grippe A ?

La vaccination du grand public va commencer lors de la 2e ou 3e semaine de novembre. Seront traités les femmes enceintes, les enfants de moins de 12 ans et les patients présentant des pathologies cardiaques, asthmatiques et respiratoires. Le vaccin ne sera proposé au tout venant que début décembre.

Tout le monde doit-il se faire vacciner ?
Les objectifs ne sont pas les mêmes pour tous. Il est important que le personnel médical soit vacciné pour qu'il soit présent quand le reste de la population tombera malade. Ensuite il faudra traiter les groupes à risque car ils encourent des complications graves voire des décès. Même si une majorité d'entre eux ne présenteront pas des formes graves de maladie.

Et pour les personnes non atteintes de pathologies ?

Le reste de la population est à classer en deux catégories. Ceux qui sont au contact de personnes à risque devraient être vaccinés pour constituer un anneau de protection autour de ceux qui ne pourront pas être vaccinés, comme les enfants de moins de six mois. Pour tous les autres, c'est un choix individuel. Ce qui compte, c'est que chacun sache en connaissance de cause pourquoi il veut ou ne veut pas être vacciné. Ce que nous constatons dans l'hémisphère sud, c'est que 40 % des décès surviennent sur des personnes qui n'ont aucun facteur de risques. Le plus grand nombre de morts, en valeur absolue, concernent des personnes de 15 à 50 ans. Un jeune sans problème particulier peut décéder de la grippe A. Mais je n'ai jamais été favorable à une vaccination de masse.

Le vaccin contre la grippe saisonnière peut-il être efficace contre la grippe A ?

Non, le vaccin contre la grippe protège de façon marginale voire ne protège pas du tout contre la grippe A.

Quand allons nous entrer dans le coeur de la pandémie ?

Nous sommes déjà en phase pandémique mais des vagues épidémiques, phases plus aiguës, pourraient commencer rapidement. Elles dureraient 8 à 12 semaines jusqu'à Noël, puis retomberaient parce que les personnes s'immunisent et bloquent la transmission du virus. Mais pour une raison mal connue, une nouvelle vague pourrait survenir plus tard, vers le mois de mars.

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