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Éducation : protéger son enfant des stéréotypes de genre

Bon nombre de parents font le choix d’offrir à leurs enfants une éducation loin de tout stéréotype de genre. Un parcours parfois semé d’embûches, plus facile à mener dès lors qu’on comprend comment se développent et s’entretiennent les clichés sexistes.

Alors que les prises de conscience et les actions de lutte contre le sexisme fleurissent, on peut se demander pourquoi les inégalités sont encore bien présentes.

“Les stéréotypes de genre se reproduisent car la société elle-même est stéréotypée, souligne Nathalie Anton, professeure de français, psychologue et auteure du livre Le manuel qui dézingue les stéréotypes (1). En tant que parent, on a beau être vigilant, les clichés arrivent par les amis que l’enfant fréquente, les vêtements et les jouets qu’il voit dans les magasins… En milieu scolaire, il faut savoir que si la mixité remonte à 1975, les premières formations sur ce thème n’ont été délivrées qu’à partir de 2013. Les enseignants n’ont pas toujours conscience des clichés qu’ils peuvent véhiculer. Même si les choses évoluent, les manuels scolaires offrent encore une représentation très stéréotypée des filles et des garçons, du rôle des parents, par exemple dans des énoncés de problèmes.” En primaire et parfois au collège, la cour offre un grand espace aux garçons pour qu’ils puissent se dépenser. Considérées comme douces et calmes, les filles occupent une portion congrue de l’extérieur, pour s’adonner à des jeux plus passifs...

Des stéréotypes fermement ancrés

Si les stéréotypes restent autant ancrés dans la société, c’est aussi qu’ils ont une véritable fonction. Ils nous permettent de traiter l’information, de l’expliquer, de la classer. Ainsi, nous attribuons malgré nous une chambre décorée en rose à une fille. Si l’on voit un bébé habillé en bleu, on pensera automatiquement qu’il s’agit d’un garçon.

“Notre cerveau crée forcément des stéréotypes. Mais c’est une manière grossière d’analyser les choses, une sorte de court-circuit qui nous permet de réagir rapidement”, assure Nathalie Anton. Une fois les stéréotypes formés, il n’est pas toujours facile de s’en affranchir. En effet, si un enfant s’éloigne du circuit tracé, il risque de se trouver face à des parents déconcertés, d’avoir à affronter une incompréhension de son entourage, voire des moqueries.

Nathalie Anton explique : “Lorsqu’une petite fille se déguise en princesse, ses parents vont s’extasier, lui faire des compliments. Si c’est un petit garçon qui revêt le même déguisement, il risque de ne pas recevoir le même encouragement. Même si ses parents ne l’expriment pas de manière explicite, l’enfant va le percevoir. Il comprendra qu’il est plus confortable pour lui de ne pas transgresser la norme et s’orientera vers une voie dans laquelle il recevra de l’approbation, et qui renfoncera son estime de lui.”

Il existe une petite différence cependant : il est généralement davantage accepté qu’une fille s’affranchisse des préjugés en s’orientant vers des activités masculines, plutôt qu’un garçon s’adonne à des activités dites “féminines”. “Quand j’ai dit à mes parents que je voulais faire de la boxe, ils ont été un peu surpris mais ils n’ont pas hésité à m’inscrire, explique Capucine, 16 ans. Ils étaient quand même contents que j’y aille avec deux amies. Je trouve que c’est un sport original, ça me permet de me dépenser, et aussi d’apprendre à me défendre. Je ne vois pas pourquoi on ferait des différences sexistes au niveau des activités. Si un jour j’ai un petit garçon et qu’il veut faire de la danse, ça ne me posera aucun problème. J’en profiterai pour lui montrer le film Billy Elliot.”

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