Don de sperme et d'ovules : le coup de pompe lyonnais

Les parents souhaitant accéder à l'insémination artificielle ou à la fécondation in vitro doivent attendre de six mois à deux ans. En cause, un manque de donneurs : pour toute la région Rhône-Alpes, seuls douze hommes ont donné leur sperme cette année. Explications de la procréation médicalement assistée.

En 2007, 1150 enfants sont nés d'un don de sperme et 135 d'un don d'ovocytes selon les derniers chiffres du Centre d'études et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS), qui gère la procréation médicalement assistée. A Lyon, six mois d'attente sont nécessaires afin de bénéficier d'un don de sperme, un délai court en comparaison des autres CECOS. Cette année pour l'instant, douze donneurs sont recensés en Rhône-Alpes, soit moins qu'en 2008 et 2009 où ils étaient respectivement 32 et 21. Un chiffre insuffisant au regard des 200 couples demandeurs de la région, avec notamment un manque de donneurs de couleur (1). Quant au don d'ovules, il ne se pratique plus à Lyon depuis 2008. Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Grenoble gère les demandes de la grande région Sud-Est. L'attente est alors de deux ans.

Don de sperme : masturbation altruiste

En France, le don est volontaire, gratuit et anonyme. Aucune rémunération ne pourra être demandée par le donneur, et il renonce à tout lien de paternité avec l'enfant qui pourrait naître de ces spermatozoïdes. "Le don de sperme a un aspect humaniste, affirme le docteur Medhi Benchaib, praticien à l'hôpital mère enfant de Bron. Un donneur vient uniquement pour aider un couple". Et cette démarche reste ouverte à tous, sous réserve de correspondre aux critères mis en place par la loi. Pour faire la démarche, vous devez avoir entre 18 et 45 ans, et avoir déjà eu un enfant. "Cela évite la paternité par procuration et témoigne de sa fertilité", déclare le médecin. Après une séance d'explications légalo-morales, et un questionnaire sur vos antécédents médicaux et familiaux, vous êtes prêt pour la masturbation.

Et c'est peut-être là que le bât blesse : "c'est arrivé qu'un patient change d'avis en voyant l'endroit où il prélèvera son sperme", avoue le docteur Benchaib. Et pour cause, la pièce ne fait que deux mètres sur deux et ne contient aucune décoration à part une fiche explicative sur l'hygiène. Seuls apparaissent un fauteuil et un lavabo. Un petit écran accroché au mur vous permet de profiter d'un film porno durant votre auto-satisfaction. Un donneur reste entre cinq et vingt minutes et revient plusieurs fois, pour avoir le plus de doses de sperme possible.
 Un dernier examen sanguin est réalisé six mois après le dernier jet, et si tout est normal, le dossier est finalisé et les spermatozoïdes, congelés lors du don, pourront être utilisés pour d'éventuels couples demandeurs. Avec un donneur, un maximum de 10 enfants peuvent voir le jour. Un seuil qui réduit au maximum la probabilité de rencontrer sa demi-sœur un jour...

Don d'ovocytes : "un manque terrible de donneuses"

A Lyon, faire un don d'ovocytes n'est plus possible depuis 2008. Une procédure "chronophage et nécessitant beaucoup de personnel soignant", selon le docteur Benchaib. Direction Grenoble, où le CECOS couvre les demandes du quart sud-est de la France. Selon Sylviane Hennebicq, docteur biologiste au CHU de Grenoble, il y a "un manque terrible de donneuses". Et pour cause, la procédure est lourde.

Comme pour les hommes, faire cadeau de ses gamètes est anonyme et gratuit. La donneuse doit avoir moins de 38 ans, être déjà mère et avoir l'accord de son conjoint. Un traitement hormonal est injecté afin de stimuler la production ovarienne. Une analyse sanguine et une échographie sont nécessaires tous les deux jours afin d'éviter tout problème. La ponction des ovules se fait ensuite sous anesthésie locale ou générale en hôpital de jour.

Une donneuse peut satisfaire deux receveuses. Du fait de l'impossibilité de congeler les ovules prélevés, le processus doit obligatoirement se faire en flux tendu. Les ovocytes implantés doivent immédiatement être fécondés par le sperme du futur père. Au moindre problème avec la donneuse, c'est tout le château de cartes qui s'écroule, et la (ou les) receveuse(s) se retrouve(nt) à nouveau sur une liste d'attente longue de presque deux ans à Grenoble.



Faire un enfant grâce à Internet ?

Comme pour les donneurs, la loi définit le profil des personnes cherchant une insémination. Il faut : un couple, hétérosexuel, marié ou vivant ensemble depuis plus de deux ans et la femme doit avoir moins de 40 ans. Le couple est questionné sur ses motivations et un délai de réflexion de six mois minimum est obligatoire. Ces critères éliminent : les femmes seules et les couples lesbiens. Mais ce mur légal devant lequel peut se trouver un demandeur peut l'entrainer vers des voies un peu plus compliquées.

Première solution : partir à l'étranger. La Belgique ou l'Espagne proches de nous, ont une législation beaucoup plus souple. "Au niveau sanitaire il y a peu de risques", reconnaît le docteur Benchaib. Certains demandeurs partent en Grèce ou dans les pays de l'Est, "qui n'ont pas de savoir-faire encore suffisant", selon le médecin.
 Mais c'est sur Internet que l'on trouve les excès les plus malsains à propos de l'insémination. De nombreux forums proposent des petites annonces de dons ou de recherche de sperme. Face à des couples reboutés aux CECOS, on trouve une foule d'internautes proposant leurs "services". Cela va du sérieux au "glauquissime". Dans le pire : ce jeune Lyonnais répondant au doux nom de "Géniteur du 69", et qui est "disponible pour procréer par voies naturelles car cette méthode est la plus efficace". Même si le forum porte sur l'insémination artisanale (prélèvement puis implantation de gamètes à la seringue), on se pose des questions sur l'humanisme des internautes. Rien de tout cela n'est illégal, mais "sans passer par un vrai centre médical, il n'y a aucun cadre légal qui protège le demandeur, le donneur et l'enfant", avertit le docteur Benchaib.

Contacts :
Pour le don d'ovocytes : CHU Grenoble, médecine de la reproduction 04 76 76 59 09
Pour le don de sperme CECOS Lyon 04 78 77 71 89

(1) Selon le docteur Benchaib, il y aurait un manque conséquent de donneurs de couleur pour des raisons ethniques ou religieuses. "Certaines cultures y sont moins favorables ou moins sensibilisées", explique le médecin. Le catholicisme, l'islam et le judaïsme ne sont pas favorables au don de gamètes. En revanche, cette procédure ne pose aucun problème dans le protestantisme.

à lire également
Agriculteur traitant un champ aux pesticides – région de Lille, 2016 © Denis Charlet / AFP
ARCHIVE – En 2012, avec 60 000 tonnes de pesticides vendues, la France était le 3e consommateur mondial de produits phytosanitaires. Pour savoir à quel point nous sommes exposés aux pesticides dans notre quotidien, Lyon Capitale avait confié à un laboratoire alsacien des mèches de cheveux de huit habitants de la région lyonnaise, d’âges et de profils variés. Résultats des tests.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut