Dieudonné : "Je prends le rire très au sérieux"

Un mois plus tard Lyon TV lui consacre une émission. A cette occasion, Lyon Capitale lui donne la parole. Rencontre.

Lyon Capitale : Pourquoi êtes-vous devenu humoriste ?
Dieudonné : J'ai toujours eu un doute sur les gens sérieux, le rire pour moi, c'est carrément devenu une religion. Je prends l'humour très au sérieux. On peut prendre le monde au sérieux, ou bien se dire que ce n'est qu'une grande plaisanterie. Les philosophes ont un raisonnement sérieux, les poètes, romantique, les politiques et les juges ont l'impression que leur parole est importante. Je n'ai pas l'impression que ma parole soit importante, mais elle est drôle.

Est-ce que vous vous ressentez comme un provocateur ?
Je ne pense pas être plus provocateur que les autres, jouer un homosexuel, un juif, ou même le pape, ça peut paraître provocateur. J'ai eu cette image à partir du moment où j'ai joué un rôle de colon israélien, c'est le sujet qui est différent. D'autres l'ont fait avant moi, Coluche, Desproges.

C'est le monde qui a changé, on accepte moins bien ce genre de choses aujourd'hui ?
Non. Ce n'est pas moins accepté. Dans la salle, les gens rigolent de bon coeur, mais dans ce pays, il y a deux poids, deux mesures. Comment se fait-il qu'on peut faire un sketchsur un intégriste musulman, j'en ai fait plein, mais pas sur un intégriste juif ? En l'occurence, c'était un israëlien, ça n'a rien à voir avec la communauté juive de France. Moi je n'ai pas de religion, je pense que les religions sont des sectes qui ont réussi. Je reste attaché à l'universalisme, donc je pense qu'on peut rire de ce genre d'extrêmisme.

Pourtant des gens se sont sentis blessés...
Ce qui est étonnant c'est que ces mêmes gens ne soient pas gênés par le fait que Michel Leeb se gratte sous les aisselles avec l'accent camerounais en faisant le singe. Moi je ne lui ai jamais demandé de s'excuser.

Le problème n'est pas avec le public, -il continue de venir à vos spectacles-, mais avec le reste de la société.
Mais qui est l'opinion publique ? Certains se renvendiquent de l'opinion publique, parlent en son nom, mais je ne pense pas que le point de vue développé par les médias dominants soit l'opinion publique. Alors que la presse voulait nous faire voter oui à la contitution européenne, l'opinion publique a dit non. C'est qui, l'opinion publique?Moi je me suis heurté à quelques personnes, comme Bernard-Henri Lévy, je suis opposé à son projet de société, à sa vision négrière du monde ?

Qu'est-ce que vous appelez " vision négrière " ?
Sa famille a fait fortune dans les bois précieux africains, en exploitant les ressources naturelles de ce continent de manière outrageuse, excessive. J'ai le droit de critiquer cette vision du monde qui est de l'exploitation de la souffrance et de la misère dans le monde, sous couvert de civilisation et de philosophie.

Est-ce qu'il vous arrive d'en débattre en dehors des tribunaux ?
Oui, l'autre jour j'ai eu l'occasion de m'expliquer avec Julien Dray. Il avait déclaré que la mort du jeune Ilan Halimi était un " effet Dieudonné ". Comme il n'avait pas voulu en discuter sur un plateau je l'ai conduit devant le juge. Après l'audience on a pu échanger quelques mots. Il défend l'idée qu'il y a une unicité dans la souffrance juive et que c'est un sujet qui ne peut pas être abordé par des non-juifs. Julien Dray est comme beaucoup de sionistes qui ont une exploitation obcène de la souffrance.

Vous comprenez que le mot "obcène" puisse choquer ?
Utiliser la mort du jeune Ilan Halimi pour développer une hypothétique lutte contre l'antisémitisme, je trouve cela obcène. Laissez pleurer les familles, laissez revenir la sérenité et arrêtez d'utiliser dans le débat politique la souffrance des autres.

Quelle est au juste votre position sur l'antisionisme et sur l'anisémitisme ?
Mon père vit toujours au Cameroun, en tant que descendant de colonisé, je ne comprends pas qu'il puisse y avoir encore des territoires occupés et des zones colonisées. Je suis complètement solidaire avec le peuple palestinien qui souffre. La colonisation israëlienne est la pire de toute l'histoire contemporaine. Elle se sert de la souffrance du peuple juif pour masquer des intérêts beaucoup plus noirs. Défendre la Palestine, c'est comme demander de libérer Mandela, c'est seulement de la justice, laisser ce peuple tranquille.

Vous vous définissez comme " anti-communautariste " ?
Oui. J'aime bien cette idée. " Universaliste " en fait. Comment se fait-il que chaque année, le président de la République se rende à une fête communautaire : le dîner annuel du CRIF ? Est-ce qu'il se rend à la fête des Portuguais, des Camerounais, des Basques, des Corses ? Pourquoi fêter le communautarisme ? Pour moi, il doit rester ce qu'il est : un folklore. Je pense que le CRIF est une organisation dangereuse.

Il y a aussi une organisation qui s'appelle le CRAN...
Oui, et c'est une imposture. Moi, je serais représenté par cette association ? Bien sûr que non ! Ça ne veut rien dire " Conseil Représentatif des Associations Noires ". Aucune des associations noires que je connais ne fait partir du CRAN. Je préfère que la France soit mon " CRAN ", que mon conseil représentatif soit la République. Et puis, c'est quoi " être noir ". Il y a toutes les religions, toutes les origines ethniques, ça n'a aucun sens.

Alors que pensez-vous de la tribu kémite ?
Je me sens bien plus proche d'eux que des associations anti-racistes qui se servent du racisme à des fins politiques...

Mais vous êtes anti-communautariste !...
Oui, mais je peux discuter avec eux. On est opposés, radicalement opposés, mais on peut discuter.

Est-ce que l'humour est un bon moyen de faire bouger les choses ?
Dans un pays où Sarkozy est président, c'est le seul moyen de vivre en harmonie avec les autres. L'humour est la seule chose qui nous reste. Après, c'est l'affrontement, or je suis un non-violent convaincu.

Si vous aviez un souhait, ou un message à faire passer ?
La désobéissance, pour neutraliser le système par tous les moyens légaux, tout ce qui peut paralyser ce gouvernement et le rendre inoffensif. J'inciterais à la révolution.

Comme Besancenot ?
Ah non ! Lui, c'est l'inverse de moi ! Il fait la révolution chez Drucker ! Lui est passé dans le show business et moi j'en suis sorti.

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