DES INSULTES SUR LA TOMBE DU "SHERIF"

Tué par balles à l'été 1975, le "shérif" avait été le premier juge assassiné en France.

"Pourriture de juge en décomposition", "je te pisse sur la tête". Les deux épitaphes taguées sur la tombe du juge d'instruction Renaud, au cimetière du Père Lachaise où la famille possède un caveau, ont fait l'effet d'une bombe. Trente deux ans après son assassinat montée de l'Observance, dans le 9e arrondissement, le juge d'instruction lyonnais François Renaud refait surface.
L'affaire n'a été révélée que la semaine dernière, mais remonte à début avril. Malgré une enquête de plusieurs mois, les enquêteurs n'ont débouché sur rien. Le seul petit indice sérieux tient à un coup de téléphone passé par un homme au cimetière, peu de temps avec les faits, pour savoir où se situait la tombe du juge Renaud. Section 7, 62e division, porte des Amandiers, le long du boulevard de Ménilmontant. L'acte a donc été prémédité.

"Une affaire bassement politique"
S'agit-il d'une vengeance de descendants d'anciens truands lyonnais ? Qui sait... En tous cas, "c'est une deuxième mort" explique à Lyon Capitale Me Yves Bismuth, avocat du fils Renaud.

Ce dernier, interrogé par R.T.L., est clair : "dans cette affaire, il y a deux explications : l'explication simple, c'est de dire que c'était un magistrat atypique qui avait des méthodes frontales, que donc il a fait l'objet d'un coup de la pègre. Mais il y a une thèse plus compliquée qui consiste à dire que c'est une affaire bassement politique parce qu'il avait déterré un scandale et démontré que les produits des hold-ups alimentaient les caisses de l'UDR de l'époque, du pouvoir en place." Et de penser que son père a été assassiné par le SAC (service d'action civique)**, créé à l'origine pour soutenir la politique du général de Gaulle, et dont bon nombre de personnages du "milieu" étaient membres. À Lyon, Jean Augé, certainement le dernier grand "parrain" de la ville, en était.
Six juges d'instruction, dix sept ans d'enquête et des centaines d'auditions n'auront pas permis de démasquer les tueurs du magistrat lyonnais, premier juge d'instruction à avoir été assassiné en France. Le dossier a été définitivement clos en 2004. Les deux épitaphes "bombées" sur la tombe du juge Renaud laissent un arrière-goût amer.

* Direction interrégionale de police judiciaire.
** Le SAC a souvent été présenté comme la police parallèle ou la garde prétorienne du mouvement gaulliste, largement émaillé de scandales en tous genres et composé de personnalités peu recommandables.

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