Camarade bourgeois et syndrome de la gomme

En avril 2012, la rédaction de Marianne publie les résultats sur les intentions de vote des journalistes du magazine en vue de l’élection présidentielle : François Hollande obtient 40 % des suffrages devant… Jean-Luc Mélenchon, qui totalise 31,7 % ! Un journal d’opinion, certes. Mais poursuivons : 100 % des étudiants du CFJ (Centre de formation des journalistes) et 87 % de ceux de l’ESJ (École supérieure de journalisme) ont voté pour la gauche et l’extrême gauche. La relève est assurée !

Moi, Hollande, il ne me fait pas grand-chose, j’attends de voir. Je me dis, comme beaucoup de Français, que ça ne sera pas pire que Sarkozy. Mais Mélenchon, il me fait froid dans la nuque. (C’est vrai, je ne suis que fils et petit-fils d’ouvriers immigrés et je tiens à garder ma petite tête sur mes épaules.) Questionner le camarade Jean-Luc ? Du fascisme ! L’ancien idolâtre de Mitterrand n’a pourtant guère été gêné aux entournures par la révélation de la francisque ou par l’amitié indéfectible de l’ancien président de la République pour René Bousquet, secrétaire général à la Police du sinistre régime de Vichy. Rappelons à nos plus jeunes lecteurs que le même Mitterrand – Tonton, Dieu… selon les hagiographes – avait en son temps activement participé aux manifestations de l’Action française contre les médecins étrangers autorisés à exercer dans l’Hexagone, aux cris de “La France aux Français !” De “l’ombre à la lumière”, il n’y a décidément qu’un pas. Ou un coup de gomme.

Bien avant les logiciels de retouche, Staline n’effaçait-il pas déjà des photos officielles les personnages dérangeants pour le régime ? Autre époque, même fil rouge. Rouge sang. Il s’agit de trancher tout ce qui dépasse, d’éliminer tout ce qui s’oppose, d’annihiler tout esprit critique. Manipulation de l’opinion, goulags, grandes purges, travaux forcés, interdiction des journaux d’opposition, arrestation et exécution des paysans, répression brutale des grèves ouvrières… Bilan des États dont les dirigeants se sont réclamés de l’idéologie du communisme : 100 millions de morts. Soit l’équivalent des populations conjuguées de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce, des Pays-Bas, de la Belgique, de la Norvège et du Danemark.

“Ce rouge-là ou celui-là, choisis !” chante l’ami Sanseverino. Rouge rouge rouge rouge rouge rouge rouge rouge rouge.

Le camarade Jean-Luc n’est pas à plaindre. Adhérent au Parti socialiste dès 1977, élu depuis trente ans, conseiller municipal, conseiller général, puis nommé ministre délégué à l’Enseignement professionnel sous Jospin (mais qui s’en souvient ?), élu et réélu sénateur et enfin député européen (sa très confortable rente actuelle*), il aura toute sa vie échappé aux fins de mois difficiles, au grisou, à la faucille et au marteau, et n’aura guère côtoyé le monde ouvrier, si ce n’est dans quelques livres d’histoire aux images d’Épinal ou en période électorale en serrant quelques louches sur les marchés. Ironie de l’histoire justement, il fut quelques mois, parallèlement à ses études de philo, correcteur dans une imprimerie. Ça ne s’invente pas. Appelons cela le syndrome de la gomme.

Un vrai riche au fond que le camarade, aux ongles impeccables, au costume bien taillé, à la com’ bien rodée, qui n’a rien produit que des discours ampoulés, n’est jamais descendu dans la mine, mais a très bien vécu dans les palais (trans)nationaux où il continue de s’enivrer de son verbiage pseudo-révolutionnaire. Les journalistes adorent. En redemandent. C’est un client. “Qu’ils s’en aillent tous !” harangue-t-il. Tous, sauf lui. On l’a vu sur le tapis rouge de l’aéroport d’Orly, au côté du président syrien Bachar al-Assad, pas spécialement connu pour son humanisme. On l’a vu à la remise de la Légion d’honneur à Patrick Buisson, pas spécialement connu pour son gauchisme. On l’a vu s’épancher dans le magazine people Voici, pas spécialement connu pour son progressisme. Osez soulever ses – nombreux – paradoxes, il haussera le ton, vous traitera de tous les noms et criera instantanément au complot hollando-lepéniste. C’est certain, le camarade Jean-Luc n’est pas près de tirer sa révérence ! Quel acteur ! On va encore se le coltiner une décennie ou deux, un peu comme les vieilles séries B américaines – Les Tortues Ninja, 58 minutes pour vivre, Maman, j’ai raté l’avion– ou peut-être l’écoutera-t-on pour s’endormir, après le repas dominical, sur le canapé rouge de l’incolore Drucker.

Il fêtera alors son jubilé, ses cinquante ans de vie politique. Y aura-t-il un chauffeur de salle ? La question reste entière. Du camarade Jean-Luc, je ne suis pas sûr que les Chinois ou les Cubains raffolent. Pas plus que les électeurs d’Hénin-Beaumont, qui ont bien d’autres soucis que la carrière médiatique de la Merluche : le chômage, la galère. Mais la logique du front républicain sera sans aucun doute une nouvelle fois à l’œuvre, pour faire échec à Marine Le Pen et faire triompher, in fine, le camarade bourgeois. À quand un front républicain qui barrerait aussi la route à l’extrême gauche ? Poser cette question n’est qu’une provocation insupportable pour la plupart des journalistes, qui déjà se bousculent et tendent leurs micros, à l’affût de la petite phrase. “Le choc Le Pen/Mélenchon !” Incorrigibles bobos… En attendant, tout fébriles, cette chronique d’une victoire annoncée, celle du Bien contre le Mal, offrons-nous un couplet de Camarade bourgeois, la célèbre chanson de Renaud : “Camarade bourgeois/Camarade fils-à-papa/La Triumph en bas d’chez toi/Le p’tit chèque en fin de mois/Regarde-toi ah ah ah/Regarde-toi ah ah ah.”

Ma chanson vous a pas plu ? N’en parlons plus.

Didier Maïsto, directeur de la publication

------------------------------------

* Traitement des députés européens : 7 956,87 € bruts par mois + une indemnité mensuelle de frais généraux (non imposable, donc) de 4 299 €. Le coût réel des titres de transport pour assister aux réunions leur est remboursé sur présentation des pièces justificatives. Ils disposent d’une indemnité annuelle de voyage de 4 243 €. En outre, une indemnité forfaitaire de 304 € leur est versée pour chaque jour de présence aux réunions des organes du Parlement. Enfin, les eurodéputés bénéficient d’une enveloppe mensuelle de 21 209 pour rémunérer leurs assistants. Conservateurs et socialistes ont par ailleurs voté, au grand dam des Verts, une augmentation mensuelle de 1 500 de ladite enveloppe, il y a un peu plus d’un an. La crise ? Quelle crise ?

à lire également
Gérard Collomb
Fidèle de la première heure d'Emmanuel Macron, Gérard Collomb n'a pas hésité à renvoyer la balle à l'Élysée dans l'affaire Benalla. Une façon de se protéger avant les prochaines élections municipales ?
7 commentaires
  1. Sophie_Lyon - 26 mai 2012

    Pour être crédible ce brûlot doit concerner tous les hommes politiques, indemnités, fascinations, amitiés, connivences, réseaux..... à qui le tour ? sinon, il ne s'agit que d'un réglement de compte. J'aimerais également le bilan du capitalisme.

  2. nonmaiscepaspourdire - 26 mai 2012

    Mélenchon qui a largement participé à la construction de l'Europe telle qu'elle est et qui fanfaronne à tort et à travers pour se rendre impopulaire parfois. Est-il en position d'être élu à la présidence, ou n'est-il qu'un leurre pour occuper le terrain des partis en place ?

  3. Milos - 26 mai 2012

    Votre article est d'une indigence intellectuelle extrême. Il réunit tous les clichés minables servis au peuple depuis des décennies? Bien entendu, on n'échappe pas à Staline. Bref, vous êtes de ceux qui dans les années trente criaient 'plutôt hitler que le front populaire'. Je suppose que vous vous prenez pour un journaliste ? La moindre arsouille de comptoir ferait aussi bien que vous.

  4. babalao - 27 mai 2012

    ' Bilan des États dont les dirigeants se sont réclamés de l’idéologie du communisme : 100 millions de morts. ' selon deux des auteurs du livre c'est un raccourci de Courtois pour faire plus vendeur(source Wikipedia) Dans ce fameux livre 1,5 millions de mort du fait desméchants coco sur les Ben Laden and Co (à l'époque un freedoom fighters)aujourd'hui les morts en Afghanistan c'est la faute aux talibans et pas à l'OTAN Non les JOURNALEUX servent le système en place

  5. babalao - 27 mai 2012

    dépêche du jour:KHOST, Afghanistan (Reuters) - Sept membres d'une famille afghane ont été tuées dans un bombardement aérien mené par l'Otan dans l'est du pays, a-t-on appris dimanche auprès des autorités locales. Le livre noir du monde libre reste à écrire....

  6. Jerome Malin - 27 mai 2012

    Sans doute beaucoup des ces critiques font mouche ,mais comme d'habitude ceux qui traitent de 'bourgeois' (bobo) les defenseurs des ouvriers trouvent tres bien les fossoyeurs du monde ouvrier...(car les vrais bourgeois sont plus souvent au fn ,a l'ump et..au ps ,que chez les communistes) Les idees socialistes ont fait 100 millions de morts ? peut etre ,j'ai envie de dire comme les idees chretiennes ,qui ont conquis la planete a coup de sabre et de massacres..pour autant il faut savoir faire la difference entre des idees humanistes (comme celle de jesus christ ou de karl marx) ,et l'interpretation fantaisiste et violente qu'en ont fait des fanatiques.. Et rappelons que la plupart des regimes depuis 2000 ans sont resolument CAPITALISTES ,et que ce capitalismne lui a fait des milliards de morts ,en 2000 ans de guerres ,de famines ,d'invasions ,ayant pour but le profit et uniquement le profit.

  7. raoult - 29 mai 2012

    'Sanseverino', pas 'San Severino'. Quand on veut faire proche du peuple et citer des chanteurs populaires, il faut un peu de rigueur, ami bourgeois.

  8. DM - 29 mai 2012

    @ raoultMerci pour votre vigilance et votre rigueur. À l'instar de l'ami Sanseverino-en-un-seul-mot, je vous dis, en bon motard, 'merci avec les pieds, merci avec les pieds'.Didier Maïsto, dans les embouteillages

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut