Affaire de corruption à Lyon 1 : le directeur général des services de l'université se livre à Lyon Capitale

Vendredi 2 juillet dernier, le directeur administratif de la faculté de médecine Lyon-Sud a été mis en examen, a-t-on appris par Le Progrès, et écroué pour des soupçons de corruption, de détournement de fonds publics, d’escroquerie et de favoritisme. Le directeur général des services de l’université Lyon 1 revient pour Lyon Capitale sur cette affaire qui ébranle la communauté universitaire lyonnaise. 

Lyon Capitale : Il y a eu un décalage entre le jour où M. M’Barek, le directeur administratif de la faculté de médecine Lyon-Sud, a été écroué et la mise au courant du personnel universitaire. Comment avez-vous appris son arrestation ? Quelle place avait-il au sein de la faculté de médecine de Lyon-Sud ? 

Pierre Rolland : Nous avons été prévenus par la doyenne de la faculté de médecine Lyon-Sud, Mme Carole Durillon, qui a été entendue par la police, lundi en début de journée. Elle a prévenu la présidence de l’université le même jour en milieu d’après-midi.

Le directeur administratif et financier de la faculté de médecine de Lyon Sud était en charge de tout le volet administratif, juridique et financier de la faculté, en lien avec les directions centrales de l’université (ressources financières, ressources humaines…). Moi, je suis le directeur général des services de l’établissement. Le directeur administratif n’avait pas le même périmètre que moi, mais en tout cas dans cette composante – Lyon-Sud –, il était le relais des services centraux dans le domaine des finances, des ressources humaines, de toutes les actions en matière de scolarité. Il avait un rôle important et même essentiel dans cette faculté d’un point de vue administratif et financier !

Les médias, depuis mardi matin, étaient beaucoup mieux informés que nous ! Pour l’instant, nous sommes en train de mettre sur pied une enquête administrative interne qui doit nous permettre de comprendre ce qui s’est passé. On a des dispositifs de contrôle interne qui existent mais les fraudes sont par définition faites pour détourner les dispositifs. On souhaite arriver à bien circonscrire le champ de cette fraude, voir quelles sont les sommes concernées, puis en tirer les conséquences dans l’ajustement de nos contrôles pour que cela ne se reproduise plus.

Le premier intérêt de se porter partie civile est d’avoir accès à différentes pièces du dossier, parce que nous n’avons pas forcément beaucoup d’informations à ce stade. Nous ne serons pas remboursés puisque les sommes d’argent détournées l’ont été sur une période assez longue.


"On s’est aperçus que le directeur administratif était de mèche avec le fournisseur, qu’il avait lui-même contribué à faire sélectionner !"


Quels mécanismes M. M’Barek a-t-il employé pour détourner l’argent public alloué à l’université ? Quelles sont les procédures de contrôles usuelles ?

On est en train de retracer tous les flux financiers passés par cette faculté depuis une dizaine d’années pour voir ceux qui sont potentiellement à risque. On a un certain nombre de dépenses pilotées au niveau central, sur lesquelles la fraude n’est pas possible puisqu’il n’avait pas de levier d’accès dessus. En revanche, il des dépenses d’entretien courant dont il avait la responsabilité, qu’il pouvait gérer. On est en train d’étudier la situation type de dépense par type de dépense, pour avoir une vision plus précise de la situation.

Comme on est un établissement public de l’État, nous sommes soumis à la règle de séparation entre l’ordonnateur et le comptable. L’ordonnateur donne l’ordre de dépenser, et le comptable public est le seul habilité à encaisser de l’argent et à effectuer les dépenses. Ce service est une première garantie.

Je vais vous donner un exemple. Le marché du nettoyage des locaux est alloti sur l’université. Il y avait un lot spécifique pour la faculté de médecine de Lyon-Sud. En l’état des choses, on s’est aperçu que le directeur administratif était de mèche avec le fournisseur, qu’il avait lui-même contribué à faire sélectionner. Il avait notamment pour rôle de faire certifier l’entreprise, l’acte par lequel il signalait que la prestation avait été bien réalisée. En l’occurrence, les prestations n’étaient pas réalisées entièrement ! On suppose qu’il touchait une commission... Là-dessus, je suis très prudent.

On a au niveau central un certain nombre de garde-fous, de contrôles, mais on doit quand même s’appuyer sur l’échelon local que représente une faculté. Lui, il avait un rôle important à jouer dans le processus administratif. Il ne s’est pas acquitté de cette mission correctement et il s’est servi de ça pour, on le suppose, pouvoir organiser un certain nombre de détournements.


"On suppose qu’il touchait une commission... Là-dessus, je suis très prudent."


M. M’Barek est à son poste depuis très longtemps. Quel rôle tenait-il dans la communauté universitaire ? Le connaissiez-vous personnellement ? Semblait-il avoir un train de vie supérieur à ses moyens ?

J’ai pris mes fonctions en 2020. Il est affecté à Lyon-Sud depuis 2003 en tant que directeur administratif. Ça va faire 18 ans ! Je le connaissais professionnellement, ayant eu plusieurs interactions avec lui au cours de l’année écoulée, mais pas personnellement.

Il était directeur administratif et financier. A ce titre, Il avait des relations avec tous les acteurs internes de la faculté : que ce soit la doyenne, les enseignants, les étudiants... Il avait une fonction importante et était en interaction avec tout le monde. C’était quelqu’un de très apprécié de ses collègues de travail, de la doyenne et du doyen auparavant. C’est quelqu’un qui avait une très bonne réputation, c’est pour ça que le choc et la stupéfaction sont d’autant plus importants. C’était quelqu’un de reconnu et d’estimé.

On n’a pas l’habitude de s’occuper de ce genre d’éléments qui relèvent de la vie privée des agents. Je ne le connaissais pas personnellement, je ne sais pas s’il avait une Ferrari ou une 2 CV ! En tout cas, quand je l’ai croisé, il n’avait pas de Rolex à son poignet, ni de bagues en or ! Il ne portait pas de signes ostentatoires de richesses.


"C’est quelqu’un qui avait une très bonne réputation, c’est pour ça que le choc et la stupéfaction sont d’autant plus importants."


Quelles sont les conséquences de cet évènement sur la réputation de l’université ? Quelles ont été les réactions de la communauté étudiante, enseignante, du personnel ?

C’est un évènement très dommageable, qui a ému et choqué beaucoup d’agents. On a en interne un psychologue du travail qui s'est mis à disposition des agents de Lyon-Sud pour ceux qui exprimeraient le besoin de se confier.

Malheureusement, ce type d’évènements se produit assez souvent par les temps qui courent. L’activité continue : ce qui compte c’est de pouvoir continuer à diplômer nos étudiants. Les examens de fin d’année sont en cours. Tous nos agents sont mobilisés pour que tout se passe correctement. On est pris dans la gestion quotidienne. Ça n’a pas perturbé les examens. J’étais sur place hier, je vais y retourner lundi. L’activité se poursuit et les agents ont à cœur que tout se passe bien.

On est une université qui a un certain poids au niveau du site Lyon-Saint-Étienne, un certain rayonnement. Ça fait partie des aléas. Je ne veux pas minimiser, mais on va s’attacher à en tirer les enseignements qui méritent d’être tirés. On a une mission de service public qui est là, et on est encore dans la gestion des conséquences de la crise COVID.


"A ce stade de l’enquête et de nos investigations il n’y a pas d’autres agents de l’université mis en cause."


Quelles conséquences cette arrestation va-t-elle avoir sur le fonctionnement et l’organisation de l’université ? Avez-vous déjà un nom en tête pour remplacer M. M’Barek ?

Cela a un impact avant tout administratif et judiciaire, puisque l’un de nos agents est sous les verrous.  On a mis en place un dispositif provisoire : on a recentralisé un certain nombre d’opérations financières, de manière à ce que, en attendant de comprendre ce qui s’est passé, on puisse avoir la garantie que tout se passe bien. On a renforcé les contrôles.

La directrice générale adjointe en charge du service santé va être beaucoup plus présente dans les jours qui viennent, jusqu’à ce qui nous puissions trouver recruter et affecter quelqu’un pour le remplacer. La directrice administrative et financière de la faculté de Lyon-Est va également encadrer et piloter les agents.

La décision n’est pas encore prise mais traditionnellement, on va publier le poste vacant en interne et en externe. C’est un très beau poste et je pense qu’il pourra attirer des candidatures. Comme le dirigeant accusé, d’un point de vue juridique est toujours sur son poste, même s’il n’est plus en capacité de s’occuper de ses missions, on doit suivre une procédure particulière. Une procédure disciplinaire sera probablement engagée dans les prochains jours, pilotée par le rectorat.

Les accusations portées contre M. M’Barek concernent-elles d’autres agents de la faculté ? Cela va-t-il avoir des conséquences sur d’autres emplois ?

Il interagissait avec un nombre assez important d’acteurs, puisqu’il était le point d’entrée en matière administrative et financière de la faculté. A ce stade de l’enquête et de nos investigations il n’y a pas d’autres agents de l’université mis en cause.

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