À Lyon, la prochaine réforme du bac divise

Relatif aux propositions de Pierre Mathiot, Jean-Michel Blanquer confirmait une refonte du baccalauréat pour l’horizon 2021. L’optique est de redonner un brin de vigueur aux épreuves de Terminale, ce qui n’enchante pas certains parents d’élèves et syndicats lyonnais qui contestent une ode à l’inégalité.

Après un Parcoursup qui n'a convaincu qu'à moitié, le gouvernement français envisage une refonte complète du cursus secondaire, conformément aux vœux du Président Macron. Pierre Mathiot, ex-directeur de Sciences Po Lille, s’est vu confier les rênes de cette lourde tâche. Mercredi dernier, il rendait son rapport de quelque 65 pages au ministère de l’Education, desquelles gravitent des propositions “détonantes”. Entre autres, la disparition pure et dure des filières générales (S, L, ES et STMG, ndlr), pour l’instauration d’un système de disciplines majeures et disciplines mineures. Le bac en ressortirait également différent. Des 10 ou 15 épreuves imposées, n’en resteraient que quatre officielles dont un grand oral. Elles compteraient pour 60 % des résultats finaux, les 40 % restant étant relatifs au contrôle continu. Le 28 janvier, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, confirmait un bac à quatre épreuves pour l’horizon 2021, un des nombreux points qui seront abordés au Conseil des ministres du 14 février où la refonte sera davantage détaillée.

”C’est une ligne rouge qu’on ne peut accepter”

Si la restructuration est menée à bien pour 2021, la promotion de Secondes de septembre prochain serait donc la principale concernée. “Comme Parcoursup, nous devrons nous plier à une réforme dans la précipitation”, s’insurge Ludivine Rosset, secrétaire académique du SNES Lyon. Sur de nombreux points, la restructuration du second cycle gêne autant sur une dimension pédagogique que sur une dimension pratico-pratique. ”La question du contrôle continu pose une problématique majeure. Les critères d’évaluation peuvent varier d’un professeur à un autre, et même d’un établissement à un autre. Certains complexes ont la réputation d’être plus stricts, d’autres plus prestigieux… un étudiant qui vient d’un lycée de seconde zone ne sera pas autant privilégié. C’est très variable et inégal”. Il s’agirait d’un effet déformateur selon Ludivine Rosset, “une ligne rouge”, à laquelle les enseignants et parents d’élèves ne peuvent se plier. “Choisir une filière en fin de seconde est déjà extrêmement difficile pour des lycéens. Ici, les cursus « majeures » sont encore plus spécifiques et même plus restrictifs.”

De même, la secrétaire académique du SNES Lyon met le doigt sur la possible mise en place d’une refonte à la Pierre Mathiot, jugée “impossible” selon elle. En théorie, chaque étudiant aurait la possibilité de choisir parmi neuf duos de “majeures” ainsi que deux “mineures”. Chacun se retrouverait donc avec un agenda propre au cursus choisi et, effet domino, le concept même d’une classe pourrait être remis en question. L’idée de pouvoir constituer son “propre menu lycéen est flatteuse, selon Ludivine Rosset, mais “infaisable” sur un point de vue administratif. “Chaque élève aurait un emploi du temps complètement différent. Comment peut-on jongler avec les professeurs et coordonner un tel panel d’agendas étudiants ?” Parallèlement, Mm. Rosset confirme qu’une grève du corps enseignant aura lieu le mardi 6 février prochain.

Une restructuration axée sur le post-bac

Parmi les nouvelles et seules quatre épreuves du futur bac, un “grand oral” est envisagé. Une étape majeure si l’on se fie au rapport de Pierre Mathiot, l’examen représenterait 15 % de la note finale du bac. En quoi consisterait-il ? Un amalgame d’une “mineure” et d’une “majeure”, condensés en un entretien oral de 30 minutes préparé tout le long de l’année de Terminale avec les professeurs concernés. “C’est forcément inégalitaire. Tous les élèves n’ont pas le même capital de connaissance générale. En prime, l’absence desdits professeurs pourrait être rédhibitoire pour l’examen, constate Ludivine Rosset. Un constat soutenu par Olivier Toutain, Président du PEEP Union académique Lyon. Toutefois, ce dernier l’atteste, la PEEP n’a pas une position précise sur le sujet pour l’instant. “Nous sommes en pleine consultation de nos adhérents au niveau fédéral. D’ici là, nous serons capables, nous la PEEP, de prendre une position définitive.”

Exceptée l’épreuve du grand oral, Olivier Toutain pense que la possible refonte du bac reste une bonne chose : ”La baisse du nombre d’épreuves nous satisfait. L’élève bachotera moins sur les trois derniers mois de l’année précédant l’examen et aura l’occasion d’assister à des cours le préparant au post-bac.” Sur le sujet du cursus supérieur, le Président du PEEP Lyon estime la refonte plus efficace dans une logique de préparation au post-bac. “On se rapproche d’un système anglo-saxon précise-t-il. On propose dès la première des filières très spécifiques. Si un élève veut faire des mathématiques, il n’a qu’à prendre une majeure de mathématiques.” Logiquement, le choix de la filière du futur étudiant serait en adéquation avec ses objectifs post-bac. “Non-seulement le système de majeure / mineure irait dans le sens des goûts de l’élève, mais les prépare aux écoles supérieures qu’ils visent. Vis-à-vis de Parcoursup, si un élève prend un cursus conforme à ses vœux post-bac, il pourra se contenter d’un « oui » et plus d’un « oui, si ».”

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