Écotaxe : Nicolas Hulot comprend ceux qui s’y opposent

Entretien – Ce mercredi 18 juin, Ségolène Royal devrait présenter en conseil des ministres les grandes lignes de la loi de transition énergétique. Mais le calendrier pour l’adoption de ce texte fait débat. Si la ministre de l’Écologie assure qu’il sera voté à l’automne 2014, d’autres bruits évoquent le printemps 2015. Dans ce contexte, Lyon Capitale a rencontré Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète.

Lyon Capitale : Ségolène Royal devrait présenter la semaine prochaine* en conseil des ministres la loi sur la transition énergétique. La ministre assure que le vote de ce texte interviendra à l’automne 2014. Mais d’autres sons de cloche l’annoncent pour 2015. Si tel était le cas, comment réagiriez-vous ?

Nicolas Hulot : Je ne le prendrais pas bien. Je comprends tout à fait que cette loi appelle une forme de réflexion. Mais elle découle d’une discussion apaisée et complète avec l’ensemble des acteurs de la société, que ce soit les industriels, les collectivités locales ou les services gouvernementaux… Je suis le premier à défendre cette loi de transition énergétique, mais cela fait déjà mille jours que nous en discutons et en débattons. Repousser le vote pourrait être une façon d’enterrer la loi ou de la dénaturer.

Qu’est-ce qui pose problème aujourd’hui dans cette loi ?

Principalement le financement. Mais, si on n’a pas réussi à répondre à cette question du financement en mille jours, on ne fera pas mieux en rajoutant un an. Dans ma mission, je passe mon temps à défendre une forme d’audace et d’adaptation. Si mon pays montre aujourd’hui une forme de renoncement, cela rendra ma tâche beaucoup plus difficile.

Au point de jeter l’éponge ?

Abandonner ? Honnêtement, aujourd’hui, je ne sais pas. Je ne suis pas un homme très prévisible.

Quels sont les éléments incontournables de cette loi sur la transition énergétique ?

Il y a une réelle nécessité de définir des trajectoires de référence à court, moyen et long terme. Il faudra notamment maintenir le cap d’un projet ambitieux de rénovation de l’habitat, appuyer la réduction de consommation de matières fossiles. Il faudra aussi être plus ambitieux que l’Europe sur la limitation d’émission de gaz à effet de serre. Il faut également lancer une lutte contre la précarité énergétique, que ce soit dans les logements ou sur la problématique de la mobilité. Il faut donner à chacun la possibilité de se tourner vers des solutions de déplacement écologiques. Évidemment, dans certaines zones, les personnes sont obligées d’avoir une voiture. Il s’agirait alors de leur permettre de se tourner vers des véhicules hybrides avec des solutions de compensation comme des chèques-énergie par exemple. Le principe de base reste le même : inciter, compenser, mais ne jamais pénaliser.

Cela veut dire que vous vous opposez à une surtaxe sur les véhicules diesel ?

Le diesel bénéficie d’une niche fiscale, il ne s’agit pas de frapper au porte-monnaie ceux qui roulent au diesel. Il est simplement question d’un rattrapage progressif afin de faire converger les prix de l’essence et du diesel.

Comprenez-vous qu’une partie des Français soit opposée à l’écotaxe ?

Oui, je le comprends. L’écotaxe a été mise en œuvre dans un contexte d’augmentation globale des prélèvements. La mise en œuvre d’une véritable fiscalité écologique doit être pensée dans le cadre d’une réforme globale. Je crois que les Français sont prêts à accepter taxe carbone, écotaxe, ou tout autre impôt visant à encourager des comportements vertueux si, dans le même temps, la fiscalité sur le travail est allégée. Il nous faut remettre à plat notre fiscalité pour qu’elle participe à l’instauration d’un nouveau mode de production qui prenne en compte le caractère limite de nos ressources, qu’elle favorise la relocalisation de nos industries et de nos emplois.

Une loi nationale, et pas européenne, a-t-elle un sens ?

Les pays qui les premiers donneront le cap seront les premiers prêts pour ces marchés qui répondent aux enjeux environnementaux et climatiques.

Mais comment se place la France par rapport aux autres pays européens, sur ces problématiques ?

En matière de fiscalité environnementale, nous sommes dans le bas de tableau, 27e sur 28. En revanche, en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, la France est plutôt bon élève, mais on vous dira, et ce n’est pas faux, que c’est à cause ou grâce au nucléaire.

Quels points peuvent être travaillés rapidement en France pour imprimer une démarche écologique forte ?

Sur notre mode agricole, nous devrions cesser d’importer la majorité des produits bio que nous consommons. Cela n’a pas de sens de les faire venir du bout du monde. De même, nous devrions faire en sorte que les 2 milliards de repas collectifs servis chaque année en France soient composés de produits issus de circuits courts. Nous sommes tout à fait en mesure de le faire.
La filière forêt aussi devrait être développée. Elle est aujourd’hui très mal exploitée et souffre d’une gestion calamiteuse. On fait venir notre bois de partout dans le monde alors que nous pourrions nous suffire de nos forêts.

La France a longtemps fait preuve d’immobilisme sur les questions environnementales. Aujourd’hui, la situation est-elle grippée ?

Les choses bougent, mais elles ne bougent pas aussi rapidement que l’impact négatif que nous avons sur l’environnement. Il y a eu un Grenelle I et II, mais moi j’aurais aussi aimé qu’il y ait un Grenelle 3 et 4.
Aujourd’hui, il faut y aller à fond, sinon cette loi n’aura servi à rien. Il faut flécher l’argent de la BPI vers des projets qui s’inscrivent dans la dynamique de transition énergétique. Lorsque je me suis opposé à Notre-Dame-des-Landes, c’était pour l’impact environnemental, certes, mais c’était surtout parce que l’argent devait être mis ailleurs.

Mais aujourd’hui, en pleine crise économique, les Français voient-ils cette loi sur la transition énergétique comme une priorité, selon vous ?

Le message est irrecevable quand il est porté dans la cacophonie politique. Il faut aujourd’hui que la classe politique soit capable de poser ensemble un constat. En privé, tout le monde y arrive parfaitement. Tout le monde est pour une transition énergétique, mais en public l’adhésion ne se fait plus. Il faut construire une sorte de pacte républicain autour de cette idée. Sur l’écotaxe, par exemple, je vois certains élus qui se disaient pour finalement renverser leur position. Quand je vois ça, je me dis que les choses ne peuvent aller que de mal en pis.

* Cet entretien a été réalisé le 11 juin, à l’occasion du déplacement à Lyon de Nicolas Hulot.
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Marjorie Musy est docteure en génie civil et directrice de recherche au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), un établissement chargé de conseiller les politiques publiques des collectivités territoriales.
1 commentaire
  1. Robes Pierre - 18 juin 2014

    C'est sans doute aussi grâce au comportement de monsieur Ushuaïa lors de son passage sur le yacht Phocéa celui de Tapi , Hulot, un individu adaptable à toutes les situations, qui a réalisé la beauté de l'écologie et l'argent qu'il serait possible d'en tirer.

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