MOF

"Pas de banalisation du MOF" : le Coet répond à Christian Janier

Dans une interview réalisée en début de semaine, Christian Janier, maître fromager affineur dans le 2e arrondissement de Lyon, dénonçait la “banalisation” du titre de Meilleur Ouvrier de France. Jean-Luc Chabanne, secrétaire général du Coet MOF, l’association chargée de l’organisation du concours, nous a contacté pour lui répondre.

Lyon Capitale : Une manifestation de Meilleurs Ouvriers de France est prévue le 17 avril devant l’Assemblée nationale. Vous avez aussi créé une page Facebook “100 MOF en colère !” pour dénoncer la banalisation du titre de MOF. Comment réagissez-vous à ça ?

Jean-Luc Chabanne : J’ai été embauché il y a deux ans pour moderniser le Coet [Comité d'organisation des expositions du travail , NdlR]. Je comprends qu’il y a de la résistance au changement. Que ça puisse s’exprimer par un corporatisme exacerbé, je l’entends aussi. Mais on ne s’adresse pas aux personnes de 50 ans, mais aux jeunes de 20 ou 30 ans qui seront l’excellence dans quelques années. La modernité du Coet, c’est de donner la possibilité à chaque salarié de devenir Meilleur Ouvrier de France, s’il en a le niveau. Mon boulot est de conduire ce changement.

Christian Janier, MOF lui-même, critique justement l’interventionnisme du Coet dans la notation et dans l’abaissement du niveau demandé. Le Coet intervient-il dans la notation des candidats au concours ?

Les branches professionnelles écrivent le référentiel d’excellence et établissent le barème de notation. Sur le diplôme, seuls les professionnels sont habilités à juger les performances. Mais, pour éviter la cooptation, il n’y a pas plus de 50 % de MOF, sinon ça pourrait être considéré comme un processus malthusien. Quand Christian Janier parle de note à 10 comme pour le Bac, ce n’est pas vrai. D’ailleurs, la note est un critère parmi d’autres. Mais elle est plutôt à 15 ou 16. C’est ce qui fait que c’est un concours d’excellence. Et le Coet n’a jamais communiqué sur une volonté de mettre une note à 10. En ce qui concerne l’Éducation nationale, elle n’intervient que dans le jury général pour contrôler l’égalité, l’équité et le processus.

Certains MOF redoutent que le Coet décide de trop ouvrir le concours, avec des promotions de 3 000 ou 4 000 MOF par an, contre 250 à 350 aujourd’hui. Est-ce dans les tuyaux ?

Les qualifications sont à mesure des prérequis. Peu importe le nombre de candidats inscrits, in fine ce sera toujours les professionnels qui décideront le niveau d’excellence choisi. On ne reviendra pas là-dessus. Les professionnels d’une branche pourront décider de ne prendre que 4 personnes sur 40, ou moins, on n’aura pas notre mot à dire parce que l’on serait mal placé de faire travailler la branche professionnelle et d’intervenir dans sa décision.

Pourquoi ces inquiétudes du côté des professionnels alors ?

Le Coet est une association privée qui doit tenir un modèle économique dans un monde qui évolue. Aujourd’hui, les subventions sont de plus en plus difficiles à trouver. Il faut que nous soyons plus attentifs sur les épreuves de qualification au niveau du coût d’organisation que cela engendre pour le Coet pour se concentrer sur les finales. D’ailleurs ces deux étapes sont assez récentes, avant il n’y avait qu’une épreuve. On doit proposer un meilleur rapport qualité/prix.

C’est-à-dire ?

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que l’on va avoir une baisse de candidats. Il y a des métiers où ils étaient entre 150 et 160 candidats en 1993 et aujourd’hui ils sont 35 alors que le métier est toujours dominant en nombre de salariés. Sur les qualifications, on a demandé s’il était normal de mettre autant de moyens pour vérifier les prérequis. On dit : “Attention que les qualifications ne soient pas une finale.” Mais encore une fois, sur les notes, on n’intervient pas.

Vous parlez de modernisation, quelles sont vos pistes de travail ?

Travailler plus sur l’accompagnement des candidats pendant les trois ans entre chaque concours. Il faut plus d’accompagnement et moins de cooptation. Les jeunes d’aujourd’hui qui s’engagent dans les métiers veulent se construire dans l’excellence en trouvant des repères. Dans ma génération, on sacrifiait notre vie au travail en y rentrant. Aujourd’hui, les jeunes sont tout aussi courageux, mais n’ont plus la même vision du travail. Est-ce qu’il faut toujours passer 1 500 heures pour préparer le concours ? Je ne sais pas. C’est là-dessus que l’on doit travailler. On doit aussi voir le coût du concours pour les candidats. Certains disent que c’est 1 000 ou 2 000, mais parfois on entend aussi 10 000, 15 000, 20 000 euros. Ce n’est pas acceptable, parce que cela veut dire qu’il faudrait être riche pour devenir MOF. Le fondateur a créé le Coet sur l’idée de la main tendue et de l’entraide. Sur ce point, on a un problème. On doit aller voir ce qu’il se passe là-dedans.

Christian Janier dénonce aussi le rôle des marques comme Metro en tant que partenaire du concours. N’est-ce pas contradictoire de faire se côtoyer Metro et des artisans dans un concours ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de discrimination à l’entrée du concours parce qu’une corporation pense que ce n’est pas bien de travailler chez Auchan ou Metro. Si le professionnel sent qu’il a un talent et veut travailler dans l’excellence, il peut s’inscrire et on doit s’assurer qu’il puisse le faire. On est garant de ça pour 232 métiers. Ce qui nous importe, c’est la vision des professionnels. Prenez les MOF fromagers, qui sont une vingtaine sur le territoire. Il y en a qui travaillent chez Metro, qui est d’ailleurs partenaire des Bocuse d’Or. Metro est une entreprise fréquentable dont certains étoilés disent qu’ils y trouvent des produits d’exception. Metro nous aide seulement dans la logistique et les barmans. Pour les fromagers, ils financent les chaises, les tables et les balances. Metro ne finance pas les fromages. C’est Christian Janier qui le fait. C’est notre président de classe, qui fournit les fromages pour l’épreuve, ce n’est pas Metro. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème.

Donc, selon vous, dans le mouvement de MOF qui s’organise, rien n’est fondé ?

On dit seulement : prouvez ce que vous dites. Si jamais il y a des propos, des engagements qui corroborent ce que vous avancez, alors prouvez-le. Et si c’est le cas alors tapez-nous sur les doigts et vous aurez raison. Mais, pour le moment, ce qu’ils racontent est un sentiment qui est respectable, mais il n’y a rien dans les faits qui le prouve. Ce que Janier dit peut susciter un engouement, mais il a été vice-président du Coet. Si le Coet en est là où il le dit, il a peut-être sa part de responsabilité… Je ne peux pas laisser entendre qu’il y a une banalisation. Je trouve que les propos sont choquants et discriminants. On est un peu tous estomaqués par cette envolée, parce qu’on aime tous beaucoup Christian Janier et que l’on ne comprend pas. Le Coet a permis à des professions de retrouver pignon sur rue. Mais il ne faut pas demain que certains métiers maintiennent la rareté pour maintenir leurs prix. Il faut que le Coet soit au service des corps de métier et pas au service d’appareils. Mon travail, c’est de répondre aux artisans qui hésitent à s’inscrire. Mon boulot, c’est de faire venir ces gens, parce que la France a besoin de vigies. Et les MOF sont des vigies de par leur excellence. Ce n’est pas vrai que l’on n’aime pas les MOF. Quand on remet un col bleu-blanc-rouge, on remet une idée de la République.

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