Wauquiez : une histoire d’Auvergne-Rhône-Alpes façon cartes postales

Laurent Wauquiez a lancé ce lundi l’opération “Les sites régionaux qui font l’histoire de France”. Les habitants de la région Auvergne-Rhône-Alpes sont appelés à en choisir 12 parmi 50 sites présélectionnés. Autrefois prompt à dénoncer la domination de Paris, Laurent Wauquiez a présenté une liste où histoire et tourisme se mélangent, façon cartes postales de province.

Ce n’est pas Laurent Wauquiez président du conseil régional qui s’est présenté devant les journalistes ce lundi matin, mais bien le candidat à la présidence du parti Les Républicains, de passage en région. Objet de la conférence de presse : dévoiler l’opération “Les sites régionaux qui font l’histoire de France”. 50 sites historiques d’Auvergne-Rhône-Alpes ont été présélectionnés, avec pour objectif de bâtir le réseau des grands sites qui fondent l’identité de la nouvelle région”.

Dès ce 30 octobre et jusqu’au 19 novembre, il sera possible de voter en ligne pour choisir un site par département. Les sites élus seront valorisés par la région : financement de projets éducatifs pour les lycéens et apprentis ; visibilité sur l’application pass’Région. Le grand public est donc appelé à sélectionner ce qui doit être vu par les lycéens et apprentis. Cette opération sera relayée à grands coups de publicité achetée dans la presse quotidienne locale et de vidéos postées sur le site de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Elle ne se soustrait pas à ce qui a déjà été mis en place pour promouvoir l’histoire de la région, le conseil régional n’a pas le choix puisque le patrimoine est l’une de ses compétences territoriales.

Un mélange d'histoire et de tourisme

La liste de 50 sites mélange lieux historiques et touristiques. Ces cartes postales (aux noms écorchés par la conseillère déléguée au patrimoine lors de la présentation) forment une histoire de type roman national, sans aspérités, mais aussi – symbole de revirement de la part de Laurent Wauquiez - jacobine. L’élu, qui a souvent joué le jeu des comparaisons entre Paris et la province, apparaît plus mesuré alors qu’il brigue la tête du parti Les Républicains. Lui qui rejette toute forme d’histoire de la repentance” a ainsi présenté une liste où tous les classiques y sont : la grotte Chauvet, le site supposé de la bataille de Gergovie, le musée de la Mine de Saint-Étienne, ou encore… Vichy, ville de thermalisme”, la période de la Seconde Guerre mondiale étant occultée dans la présentation. La métropole de Lyon est résumée à la cathédrale Saint-Jean, Notre-Dame-de-Fourvière et l’Hôtel-Dieu. Le théâtre romain de Fourvière complète un quatuor qui laisse de côté l’amphithéâtre des Trois Gaules, situé (en théorie) à côté du sanctuaire où s’est réuni le premier Parlement des nations gauloises sous l’Empire romain, oublie souligné par l'historien Jean Etèvenaux présent dans la salle. Manque également l’hôtel particulier Gadagne ou le Vieux-Lyon, qui a pourtant accueilli la cour de France lorsque François Ier guerroyait contre l’Italie ; le château de Tournon, où est mort son fils, avec les conséquences de cette tragédie en termes de perte d’influence pour la région. Pas trace non plus de la crypte des Brotteaux, où reposent les victimes du siège de Lyon sous la Révolution. On remarque aussi l’absence de patrimoines immatériels comme la gastronomie qui, pourtant, pourraient être rendus tangibles par de grands sites. Si les cinquante sélectionnés sur douze départements ne font aucun doute sur leur évidence, l’opération aurait eu tout intérêt à en doubler le nombre pour sortir des sentiers battus et faire découvrir une histoire méconnue qui a aussi fait la France.

Laurent Wauquiez ne veut pas d’une nouvelle Catalogne en Auvergne-Rhône-Alpes

Les sites de cette liste régionale sont surtout ceux qui ne sont jamais allés à l’encontre d’un pouvoir centralisateur fort. Interrogé sur cette vision de l’histoire très parisienne, Laurent Wauquiez a insisté sur l’importance des bases, et l’urgence de transmettre les fondamentaux”. Bottant en touche sur la sélection, le président du conseil régional a précisé que les votants peuvent faire des propositions” via un formulaire. Mettant de côté la rhétorique antiparisienne à laquelle il nous a habitués avant de lorgner sur son parti, Laurent Wauquiez a mis en avant le refus de suivre l’exemple de l’indépendance en Catalogne : Nous, notre approche, c’est d’inscrire Auvergne-Rhône-Alpes dans la grande histoire de France et on croit plutôt à cette approche, comme nous nous sommes inscrits dans l’histoire de France, dans l’histoire de l’Europe et l’histoire de l’humanité, pas une histoire repliée sur elle-même, mais apprendre la fierté d’une région qui a participé aux grandes étapes de la construction de l’histoire de France.” Et d’ajouter : “S’interroger sur nos origines, notre identité, sur les moments qui ont fait la France et les lieux qui en incarnent son passé est devenu pour certains une transgression, presque un interdit.” En dévoilant une histoire régionale façon carte postale, la nouvelle campagne de Laurent Wauquiez, clairement destinée à ses prétentions nationales, semble interdire une histoire faite d’aspérités, de complexités et de nuances, sans pour autant tomber dans la repentance, bref, tout le charme de l’histoire.

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