Daoud, Temelkuran : le courage de la plume aux Assises du roman


Par Kevin Muscat
Publié le 29/05/2017  à 12:17
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À la question “que peuvent les mots contre l’oppression et le pouvoir ?” ce sont deux plumes résistantes, trempées dans l’encre de la liberté d’expression, qui répondront ce lundi aux Assises internationales du roman : deux anciens journalistes qui ont choisi la fiction pour continuer à s’exprimer, l’Algérien Kamel Daoud et la Turque Ece Temelkuran.

Invités aux Assises internationales du roman 2017 : Kamel Daoud et Ece Temelkuran © DR / Mushin Akgün (montage LC)
© DR / Mushin Akgün (montage LC)
Kamel Daoud et Ece Temelkuran.

L’un tenait dans Le Quotidien d’Oran la chronique politique la plus lue d’Algérie, mais il a surtout fait parler de lui en 2014 avec son premier roman, Meursault, contre-enquête (Actes Sud) où, retournant comme un gant L’Étranger (tout en rendant un hommage assumé à La Chute, du même auteur), il donnait un nom à “l’Arabe” anonyme tué par le héros désabusé de Camus et un frère faisant état de ses désillusions dans une Algérie à la dérive. Si Kamel Daoud s’est aujourd’hui retiré du journalisme, dégoûté par la polémique déclenchée par une tribune sur le rapport des musulmans à la sexualité écrite après les événements de la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne, il demeure une grande plume (cf. le recueil de ses chroniques publié par Actes Sud, Mes indépendances) et une grande gueule sans peur et sans reproches.

L’autre, journaliste d’investigation de formation, a aussi été la chroniqueuse politique la plus lue de son pays, du temps de ses travaux dans le quotidien Milliyet, puis à Habertürk, dont elle a été licenciée après des articles sur les massacres de Kurdes en 2011 à la frontière turco-irakienne. Ece Temelkuran est également une collaboratrice régulière du Guardian et du Monde diplomatique. Auteure de romans, dont À quoi bon la révolution si je ne peux danser (le seul traduit en français, chez Lattès), l’histoire de quatre femmes dans le Printemps arabe, la journaliste et essayiste publie aujourd’hui La Turquie entre égarement et nostalgie (Galaade) dans la continuité de For the record. Deux ouvrages qui analysent la dégénérescence du pouvoir turc et son glissement vers le fascisme. Mais, comme Kamel Daoud, Ece Temelkuran a décidé, vu la position intenable des journalistes dans les pays où dire les choses peut être un péril, de se consacrer de plus en plus à la littérature de fiction.

Pour Kamel Daoud comme pour Ece Temelkuran, la fiction, le roman, est un véritable bouclier contre les ignorants, les deux auteurs ayant en commun cette volonté de relativiser un courage qu’ils ont pourtant sans le savoir supérieur aux autres. Celui sans doute des mots.

Luttes et résistances : que peuvent les mots ?
Lundi 29 mai à 21h (attention, contrairement à l’habitude, aucune place ne sera vendue ce soir sur place). Un podcast sera disponible sur le site Internet de la Villa Gillet ultérieurement.
À lire aussi sur notre site : Assises internationales du roman, une semaine à lire debout !

 

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