A Lyon, les biotechs virent les prostituées


Par Laurent Burlet
Publié le 25/05/2010  à 14:04
15 réactions

 

EXCLUSIF - Et de six. La Ville de Lyon vient de prendre un sixième arrêté anti-prostitution depuis 2002. En cause, cette fois-ci, la gêne occasionnée par les camionnettes aux entreprises de la nouvelle zone d’activité de Gerland. Parmi lesquelles le géant américain des biotechnologies, Genzyme.

Pour prendre ce sixième arrêté anti-camionnettes, la municipalité ne s’est pas cachée derrière une demande du préfet (lire l’article sur le cinquième arrêté). A ce prétexte près, l’histoire se répète. Et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Pour échapper aux mises en fourrière et aux procès verbaux, disent-elles, les personnes prostituées installent leur camionnette à l’extérieur du périmètre anti-prostitution, dans des zones en friche ou faiblement habitées. Les doléances des riverains et des entreprises arrivent sur le bureau du maire qui prend un arrêté excluant encore un peu plus les prostituées.

Camionnettes dans la "Biotech Alley"

Au début du mois de mars, lorsque les voiries de la nouvelle zone d’activité du “Bipôle” de Gerland sont ouvertes à la circulation, des prostituées installent leur camionnettes sur les parkings. Dans l’immense zone d’activité qui ressemble encore à une friche, une seule entreprise fonctionne depuis peu. Mais pas des moindres. Il s’agit de Genzyme, l’un des "dix géants" des biotechnologies, qui est réputé avoir une "ligne directe" avec Gérard Collomb.

Quand les dirigeants de l’entreprise de biotech, mais aussi les autres investisseurs voient les camionnettes s’installer "sous leurs fenêtres", ils prennent immédiatement le téléphone. Ils ne sont pas les seules à se plaindre, les autres investisseurs (Adapei et Lazard) saisissent également la SAS Ampère, la société d’aménagement, filiale de Gaz de France et de la SERL (la société d’économie mixte du Grand Lyon pour les grands aménagements urbains). “Ce sont des personnes qui ont mis beaucoup d’argent. Quand les investisseurs font visiter leurs locaux, ça fait un peu désordre”, explique Nicolas Canivet, le chargé de projet.   

Zone privée mais voirie accessible au public

La SAS Ampère dégaine la première, en tant que propriétaire de la zone d’activité. L’aménageur n’a en effet pas encore rétrocédé la voirie à la collectivité car “il faut reprendre certains ouvrages”, explique-t-on à la Ville de Lyon. Mi-avril, le propriétaire envoie des vigiles pour empêcher les clients de rentrer dans la “propriété privée”. "Il y avait une quarantaine de camionnettes, justifie le chargé du projet Porte Ampère, on  m’a demandé d’accélérer le processus". Les filles ont protesté. Soutenues par Cabiria, association d'aide aux personnes prostituées, elles ont pu faire accepter leur présence jusqu'au procès visant leur expulsion.

Procès reporté et arrêté pris le même jour

Parallèlement, la SAS Ampère saisit la justice en vue d’une expulsion des camionnettes squatteuses. Le 15 avril un huissier passe et constate la présence de 22 camionnettes. Le 17 mai, jour de l’audience, l’avocate des prostituées, Isabelle Nabucet, demande et obtient le report du procès. Elle explique que ses clientes étaient persuadées d’être dans le domaine public puisqu’il y a même un bus qui circule. Un supplément d’information lui semble nécessaire. Le même jour, la Ville de Lyon prend un sixième arrêté excluant les prostituées de la rue Saint-Jean-de-Dieu. "Je ne crois pas une seule minute à une coïncidence", réagit l’avocate Isabelle Nabucet. La Ville de Lyon dément et parle de "deux procédures parallèles". "Du moment que la voirie est ouverte à la circulation, les pouvoirs de police du maire s’appliquent", précise un technicien en charge du dossier.

Mises en fourrière et désarroi des prostituées

Deux jours après la signature, l’arrêté a été appliqué. La fourrière est passée à deux reprises, les 19 et 20 mai. Ni les associations, ni les prostituées elles-mêmes n’ont été informées. Résultat, une dizaine de mises en fourrière (selon les prostituées) à 136 euros et le double de procès verbaux à 35 euros. "On nous a dit que c’était privé. Maintenant on nous dit que c’est public. On ne comprend rien", explique Evelyne, une prostituée rencontrée le 20 mai. "En plus, il y a un procès. Et il nous avait promis de nous laisser tranquille jusque là". Elle montre, 500 mètres derrière, les bâtiments où il y a inscrit un mystérieux "LYG1". Il s’agit du laboratoire de biotechnologie Genzyme, où travaille une centaine de personnes. "Eux disent que ce n’est pas bon pour leur image. Mais nous gênons de partout. Nous sommes des pestiférées. Qu’ils nous laissent sur un terrain !”

Extension de la zone d’exclusion au nord

La municipalité en a profité pour étendre la zone d’exclusion au nord de Gerland, là où le périmètre avait été grandement élargi en décembre dernier. Les camionnettes sont désormais interdites jusqu’à la rue Bollier. A la Ville de Lyon, on se défend toujours de faire “une chasse aux sorcières” : “si on voulait zéro camionnettes, on pourrait le faire. Notre volonté est de stabiliser le nombre”. Dans le périmètre de l’arrêté, il resterait, selon la mairie une cinquantaine de camionnettes.

L’association Cabiria dénonce une nouvelle fois cette politique municipale : “Le maire de Lyon et son adjoint ne prennent plus la peine de se cacher derrière les récriminations des riverains pour chasser les personnes prostituées, déclare Florence Garcia, la directrice de l'association. Il est très clair que ce sont des intérêts économiques et financiers qui sont privilégiés, au détriment de la situation de ces femmes que l'on pousse dans une précarité alarmante”. A l’heure où nous postons cet article, il ne reste plus qu'une camionnette dans la “Biotech Alley”.

Photo : Deux camionnettes de prostituées dans la "Biotech Alley" photographiées le jeudi 20 mai. Au fond, l'entreprise Genzyme.
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Vos réactions
15 commentaires

Cela ne règle en rien la situation, on ne fait que déplacer le problème ailleurs, il faut une vrai politique de réinsertion de ces femmes par le travail, sans alternative elles resteront toujours esclaves d'un système qui exploite leur dignité en jouant de leur corps....

Signaler un abus | le 25/05/2010  à 15:23 | Posté par  Muslim  

La Ville de Lyon et les entreprises sont les gros méchants de l'article, les prostituées les victimes, et les clients qui tournent ???

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 08:58 | Posté par  kermite  

"Eux disent que ce n’est pas bon pour leur image. (genzyme)

il est vrai que genzyme a une superbe image en france et dans le monde.
ils injectent des cochonneries a leurs patients.
vesivirus 2117 , fibre de verre, particules d'acier.
plein de patient francais n'on plus de traitement (cerezyme ,fabrazyme) ils prennent une amende record de 175 millions de dollars a cause de tous ca .
et c'est les prostitués qui vont nuirent a leurs images.
wahouuu!!! on est au pays des bisounours.!!!!!

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 16:52 | Posté par  Juliomjack  

@juliomjack: c'est bien flou votre commentaire, vous pouvez developper svp?

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 17:59 | Posté par  Monique  

bonjour monique

tape dans google genzyme vesivirus 2117
tape aussi genzyme Particules étrangères
tape aussi genzyme 175 million
regarde ici
tu as un article qui en francais.
http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/media/advisories-avis/_2009/2009_190-fra.php

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 18:20 | Posté par  Juliomjack  

tu as un article la aussi

http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-penurie-de-deux-medicaments-orphelins-cerezyme-et-fabrazyme_1672.htm

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 18:25 | Posté par  Juliomjack  

un autre article ici
http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-maladie-de-gaucher-et-de-fabry-alerte-a-la-penurie-de-meacutedicaments-_1663.htm

La pénurie est consécutive à la fermeture de l’unité de production de deux enzymes de substitution : Cérézyme et Fabrazyme (agalsidase bêta) à Allston Landing, aux Etats-Unis, en juin, à la suite d’une contamination virale (Calicivirus type Vesivirus 2117), nécessitant une désinfection des bioréacteurs.

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 18:28 | Posté par  Juliomjack  

Ah ok, mais ça ne remet pas en cause le médicament en fait.

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 18:57 | Posté par  Monique  

ca remet juste en cause que des patient on recu ca dans leur corp pour moi c'est grave.

un autre article en anglais qui en parle
j'ai traduit avec google

Genzyme une amende sur les défauts d'usine
Par Andrew Jack
Publié le: 25 mai 2010 03:00 | Dernière mise à jour: 25 mai 2010 03:00
Genzyme, le producteur américain de traitements pour les maladies rares, a été condamné à une amende 175 millions de dollars par les régulateurs pour les défaillances de fabrication à son usine qui a conduit à verre et des fragments de métal se trouvant dans ses produits.

L'action vient après les problèmes de production causés traitements pour être rationné et a déclenché un mouvement de médicaments produits par Shire, la société britannique qui fait que certains médicaments concurrents.

Au cours des inspections dernier Octobre, la Food and Drug Administration a relevé des manquements à assurer la qualité de fabrication, entraînant des retards de production et de graves pénuries de produits de nécessité médicale et la contamination de la drogue avec du métal, des fibres, du caoutchouc et des particules de verre.

Genzyme a également suspendu la fabrication de certains produits en raison d'une contamination virale dans un bioréacteur qui fabrique les médicaments en vrac, ce qui entraîne des pénuries de médicaments supplémentaires pour les patients cherchant ses thérapies de remplacement enzymatique.

En vertu d'un règlement avec les régulateurs afin de faciliter la demande d'urgence, la société sera temporairement l'approvisionnement de ses produits Cerezyme, Fabrazyme et Thyrogen à partir de son usine actuelle à Allston à ceux qui ont un besoin médical important.

Mais elle a aussi accepté de transférer la production ailleurs en Novembre de cette année pour les patients des États-Unis et en août de l'année prochaine pour les autres, faute de quoi il sera passible d'une amende de 18,5 pour cent des recettes des produits.

Il a convenu séparément à un deux à plan de trois ans pour assainir les déficits à Allston, dont la défaillance se traduira par des amendes de 15.000 dollars par jour et par produit.

Jack Andrew, Londres

http://www.ft.com/cms/s/0/ffde52fa-6795-11df-a932-00144feab49a.html

Signaler un abus | le 26/05/2010  à 19:09 | Posté par  Juliomjack  

bonjour je trouve vos réactions bien excessive Juliomjack

"il est vrai que genzyme a une superbe image en france et dans le monde.
ils injectent des cochonneries a leurs patients".

déja peu de gens connaisse Genzyme en france du faite, quelle ne produit ques des médicaments non accessible au grand public, j'entend par la non accéssibilité à la vente direct en pharmacie... l'image est donc limité aux proféssionnels de la santé et non pas à monsieur et madame tous-le monde, à moins que vous même vous êtes patient et utilisé un produit de Genzyme ?.

Ensuite sur "ils injectent des cochonnerries à leur patients", je dirais comme beaucoup de laboratoires pharmaceutique à travers le monde, la plus part du temps les lots produits son rétirer et rejeter du marché, avant leur libération s'il y à un risque.
De plus lorsque les differentes entreprises du médicament se rende compte apres coup qu'il y à un doute sur un lot produit, ils doivent en informé les autorités de santé des differents pays et les faire retirer du marché.

D'ou cette fameuse inspection FDA que vous sitez dans un article plus haut, Le site de production en question à reçus de la part de la FDA, une lettre d'avertissement, lui demandent de remedier à ces differents problêmes de particules retrouvé en ammonts grace à différent contrôles et prélèvments en cours de fabrication, et d'arrété de produire durant tous ce temps, à la sortie de cette lettre d'avertissement, la FDA referra une autre insception et décidera ou pas de la reprise de la production et de la remise sur la marché du produit produit.

Vous connaissez beaucoup d'industries ou il y autant de controles, après tous il sagit de médicamenets sensé soigné et sauvé, ou amélorié les vies de patients et non de les tués....

Ensuite ne mélangons pas tous sur le faite de la pénurie de certains produits, comme dans toutes industrie, il peu y avoir des problêmes lier la production et notament lors que la société se rend compte d'elles même, qu'il y un soucis (par expemple présence de particules, de germes ou bactéries) elle décidera d'elle même de ralentir ca production pour essayer de remedier au prôbleme rencontré, d'ou une baisse de production et le risque de pénurie, car en général les médicaments on une durée de vie très courte, comparé à la production de boulons ou d'écrous...

et enfin et car je travail pour cette entreprise à lyon, savez au moins ce que l'ont produit ici ???.

Nous produisons un des seul traitement existant au monde, pour les anti rejet de greffe, et je ne souhaite pas que tous au long de votre vie , vous aurez besoin de ce traitement.

Il est vrais que de taper sur Sanofi produisant notament le Doliprane, que vous avez je pense au moins du prendre une fois dans votre vie. Aurais été beaucoup plus courageux de votre part, car ils sont aussi situé sur gerland...

Signaler un abus | le 27/05/2010  à 01:52 | Posté par  fougas  

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