Les Vortex en grève pour dénoncer “l’ubérisation” de leurs emplois


Par Justin Boche
Publié le 08/06/2017  à 10:30
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Ils étaient une cinquantaine, banderoles et haut-parleurs en mains. Les employés de la société Vortex – société française spécialisée dans le transport d'enfants et d'adultes en situation de handicap - étaient venus manifester ce mercredi devant la préfecture du Rhône, avant d’être reçus par le cabinet du préfet. Leur objectif : “alerter les pouvoirs publics sur la précarisation et l’ubérisation de leurs emplois”, après le décès d'un des leurs. 

Manifestation des salariés de Vortex devant la préfecture du Rhône, le 7 juin 2017 © Tim Douet
© Tim Douet
Manifestation des salariés de Vortex devant la préfecture du Rhône, le 7 juin 2017.

Le 13 mars dernier, un conducteur âgé de 70 ans est mort d'un infarctus dans les toilettes d’une aire de repos, où il s’était arrêté après avoir déposé le dernier enfant de son circuit. “Ça aurait pu arriver pendant le trajet”, souligne un manifestant. Selon la CGT, l’homme aurait largement dépassé la durée maximale et légale de travail. “Entre le 24 août 2016 et le 13 mars 2017, sur 119 jours travaillés par ce conducteur, 14 jours ont dépassé 10 heures de temps de travail, 72 jours ont dépassé l’amplitude journalière de 13 heures, dont six journées de plus de 14 heures. Le repos consécutif de 11 heures par 14 heures n’a pas été respecté pour 56 jours, et ce n’est pas un cas isolé”, critique le syndicat.

Des salariés “prêts à tout accepter”

Parmi les employés de Vortex, beaucoup de conducteurs à la retraite, qui continuent d’avoir une activité pour améliorer leurs petites pensions. Selon la CGT, 35 % des conducteurs sont âgés de 62 ans ou plus, et un chauffeur sur dix a plus de 70 ans. En CDI à temps partiel, ils travaillent 3 heures par jour pour certains, plus pour d’autres. Tous critiquent leurs conditions salariales : “Nos heures supplémentaires ne sont pas payées. Si l’on doit travailler sur une base de 2 heures, mais que le trajet nous en prend plus parce qu’il y a des bouchons, ou parce qu’un enfant a un problème, on ne sera pas payés plus.” Selon eux, l’entreprise “grignote partout où elle peut” : “Par exemple, comme nous avons les véhicules à disposition, on nous enlève 15 minutes de temps de travail le matin et 15 minutes le soir. On nous donne aussi 12 minutes par jour pour l’entretien du véhicule, le nettoyage, l’essence. Mais cela nous prend plus de temps que ça. Parfois, les enfants vomissent ou urinent. Il faut nettoyer et on le fait sans être payé.” Sans compter que le peu de moyens alloués à l'entretien des véhicules devient vite périlleux lorsqu'il s'agit de réparer le matériel défectueux : “On nous dit toujours qu’il n’y a pas d’argent. Quand un marchepied ou une rampe ne fonctionne pas, il faut porter les enfants et c’est dangereux pour eux.” Un contexte difficile qui pourrait en décourager plus d'un “mais il faut comprendre que les salariés veulent bosser, faire rentrer un salaire. Ils sont prêts à tout accepter, même travailler plus et ne pas avoir toutes leurs heures de travail rémunérées”, explique un ancien de Vortex. 

“Ils ne comprennent pas que l’on transporte des enfants, pas des colis”

Ces mêmes conducteurs, qui transportent parfois des enfants porteurs de handicaps lourds, regrettent de ne pas avoir été formés pour gérer ce genre de situations. “Nous ne sommes pas considérés comme des transporteurs de personnes handicapées, mais des transporteurs scolaires. Si un enfant fait une crise d’épilepsie, on ne saura pas comment réagir. Ils ne comprennent pas que l’on transporte des enfants, pas des colis”, s’insurge un homme qui préfère garder l'anonymat. “On n’a même pas une formation aux premiers secours, ça ne coûte pourtant qu'une soixantaine d’euros. Je vais être obligée de la payer moi-même”, déplore une autre manifestante, qui, à 60 ans, “fait grève pour la première fois”.  

À Lyon, l’entreprise Vortex a un contrat de délégation de service public avec la métropole de Lyon, contrat hérité du département en 2015. Présente à la manifestation, Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement et candidate aux législatives dans la 2e circonscription du Rhône, a dénoncé le choix du Grand Lyon de poursuivre “une politique d'appel d'offres qui favorise toujours le moins-disant, sans critères sociaux. Dans le cas de Vortex, il s’agit d’un service public qui s’exerce au détriment des personnes transportées et des conducteurs”. Selon la CGT, plus de 40 salariés seraient actuellement aux prud’hommes contre l’entreprise Vortex à Lyon. 

Contactée, la préfecture indique avoir bien reçu la délégation de salariés et assure qu'elle “fera remonter leurs demandes au niveau de l’inspection du travail”. De son côté, la délégation de conducteurs a trouvé le directeur de cabinet “très à l’écoute” : “Il a dit qu'il allait interpeller la Direccte  (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi)  sur les le décès du conducteur de 70 ans et sur nos conditions de travail”.

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