Katie Byron : 4 questions essentielles pour vivre serein


Par Catherine Barry
Publié le 07/09/2017  à 17:47
Réagissez

Développement personnel – Son dernier ouvrage fait un tabac aux États-Unis et son approche est devenue un véritable phénomène. Développé par Katie Byron, “the work” repose sur quatre questions précises, toujours les mêmes. Les retournements de leurs réponses sont des façons de vivre… à l’opposé de ce que l’on croit. Ou comment retrouver la sérénité avec sa propre vérité en se libérant de celle des autres.

Katie Byron et Stephen Mitchel © DR
Katie Byron et Stephen Mitchel.

 

Catherine Barry, journaliste et spécialiste dans le domaine du développement personnel et de la spiritualité, a participé au séminaire de Katie Byron. Elle a rencontré Stephen Mitchel, coauteur de son dernier ouvrage. Témoignage et entretien.
Il est des rencontres qui marquent une vie. Celle avec Katie Byron, le 1er juillet dernier à la Maison de la chimie à Paris, est pour moi de celle-là. Ce jour-là, un ami m’invite à écouter cette Américaine de 74 ans venue présenter en France sa méthode, “The Work” et son dernier ouvrage*, coécrit avec Stephen Mitchell, grand érudit et traducteur incontesté des sagesses philosophiques et poétiques majeures asiatiques.
Un peu blasée par les discours formatés qui se déclinent à l’envie dans la plupart des stages de développement personnel ou dans certains centres de spiritualité, je m’attends à m’ennuyer un peu. Ce ne sera pas le cas. Rien de connu ici des speeches habituels tenus par les papes du bien-être ; pas de vague promesse sur d’éventuelles réalisations intérieures à venir ; pas de déclaration pompeuse garantissant le bonheur en quelques séminaires, mais la présentation simple et pragmatique par Katie Byron de sa méthode. Elle nous propose très vite de  l’expérimenter et d’explorer l’une de nos croyances en remplissant une feuille, “Jugez vos semblables”. Le point de départ du questionnement est le souvenir d’un instant émotionnel qui s’est cristallisé dans le passé autour d’une situation donnée : l’infidélité d’un conjoint, la détestation d’une voisine, un conflit avec ses enfants, un problème d’argent, etc. Nous pouvons tous trouver facilement un exemple qui nous concerne. Les feuilles remplies, elle recherche ensuite, étape après étape, en public, avec ceux qui le souhaitent, la pensée à l’origine de leur souffrance, de leur émotion conflictuelle, de leur mal-être, de leur préjugé, de leur sentiment de culpabilité, d’une peur. Cela ne ressemble à rien de connu. C’est concret, factuel, saisissant.
Désireuse d’en savoir plus, je pars neuf jours en immersion en Allemagne avec Katie Byron et son équipe. Plus de 250 personnes venues du monde entier, pays francophones et anglophones, États-Unis, Chine, Japon, Afrique, Russie…, de toutes classes sociales et de tous âges dont beaucoup de trentenaires participent à son école, The School. Le programme dense, original, inattendu comprend des exercices pratiques ancrés dans le quotidien qui montrent comment être plus présent à ce que nous sommes en cessant de batailler avec la réalité. La démarche rationnelle n’engage que soi, responsabilise sur la manière d’envisager l’existence, ne crée pas de lien de dépendance avec quiconque et n’incite pas à espérer en un futur enchanteur si mille et une conditions sont réunies. Un miracle à notre époque où tant d’illusionnistes du bien-être promettent un bonheur à venir que l’on ne peut trouver que grâce à eux, le plus souvent en rémunérant chacune de leurs interventions. Ici, en dehors des ateliers proposés par Katie Byron, tout est organisé gratuitement pour que tous ceux qui le souhaitent puissent rester en lien avec elle-même ou les personnes de leur choix.

Rencontre avec Stephen Mitchel

Qui est Katie Byron ? Un gourou ? Une star du développement personnel ?

Ni l’un ni l’autre. Elle ne donne jamais de conseils et ne prétend jamais être plus sage qu’une autre personne. D’aileurs, elle dit souvent : “Ne me croyez pas. Testez les choses par vous-même.” Katie est une femme ordinaire qui a compris une vérité extraordinaire : que toutes nos souffrances sont causées par la croyance en nos pensées stressantes. Le processus d’autoquestionnement qu’elle propose est un procédé simple et très puissant pour interroger l’esprit et le libérer des limites qu’il s’est lui-même créées. Ce processus continu n’est pas un remède miracle. Il repose sur une capacité du mental que les neuroscientifiques commencent à étudier : la possibilité qu’il a de se dégager lui-même des pèges qu’il se tend, en repérant les pensées stressantes et en les déconstruisant avant même qu’elles ne provoquent une souffrance, une émotion conflictuelle qui le mettrait en conflit avec la réalité. “The Work” est particulièrement approprié pour les Français, avec leur tradition de scepticisme, à partir de la devise de Montaigne : “Que sais-je ?” Le scepticisme de Katie mène directement à la joie.

Ce processus d’autoquestionnement repose sur son expérience. Elle l’expérimente avec ceux qui le souhaitent mais elle ne l’enseigne pas, pourquoi ?

Parce qu’il ne peut pas être enseigné. Katie dit souvent que la seule manière de comprendre “le travail” est d’en faire l’expérience. Lorsqu’elle accompagne une personne, elle ne fait allusion ni à sa vérité ni à une vérité générale et abstraite mais à la vérité de la personne qui fait le processus, en confiance avec elle. C’est la personne qui recherche et trouve elle-même la pensée à l’origine de sa souffrance, de son cauchemar. Pas Katie. Il n’y a rien à enseigner, juste à indiquer. Quand quelqu’un vient à Katie, en lui disant “je souffre, je suis perdu”, elle lui indique un chemin. Elle connaît la direction. Elle se contente de lui dire : “Prenez à droite ici et à gauche là, puis continuez tout droit.”

Comment expliquer que sa méthode, si simple, fasse des dizaines de milliers d’adeptes dans le monde ?

Parce que ça marche. Avant que les gens aient vécu The Work par et pour eux-mêmes, ils pensent souvent que c’est trop simple et que cela ne paut pas être efficace. Mais sa simplicité est précisément ce qui le rend très efficace, en permettant d’accéder à notre espace intérieur et de trouver le bonheur par soi-même. Aucun maître n’est nécessaire. Vous êtes la seule personne à pouvoir mettre fin à vos souffrances, à pouvoir accueillir vos pensées avec compréhension et bienveillance. La seule. C’est à vous de découvrir ce qui est vrai pour vous.

The Work confronte à soi-même. Il est parfois difficile d’affronter ses propres jugements et condamnations sur soi-même ?

Oui. Mais, comme le dit Katie Byron, il est plus difficile de ne pas les affronter. La motivation principale de la plupart des personnes qui suivent Katie est d’en finir avec leur souffrance quotidienne ; elles veulent cesser d’être en conflit avec la réalité, avec ce qui est, ce qui arrive des dizaines de fois par jour. Katie dit : “Chaque fois que je me dispute avec la réalité, je perds, à tous les coups.” Le comprendre donne beaucoup de force pour faire “le travail”.

De manière très simple, en quoi consiste cette méthode ?

Le travail se compose de quatre questions et d’un retournement, qui est une façon d’éprouver le contraire de ce que vous croyez. Vous écrivez d’abord vos pensées stressantes sur la feuille “Jugez votre voisin”. Puis, vous enquêtez sur chaque pensée. Les questions sont : 1) Est-ce vrai ? 2) Pouvez-vous absolument savoir que c’est vrai ? 3) Comment réagissez-vous, que se passe-t-il lorsque vous croyez cette pensée ? 4) Qui seriez-vous sans cette pensée ?

Je vais vous donner un exemple auquel nous avons été confronté.Un homme était convaincu que sa mèreétait à l’origine de ses malheurs.  Bien que cette croyance lui ait causé beaucoup de souffrance, elle était toute son identité : “Je suis l’homme dont la mère a ruiné sa vie.” Chaque fois qu’il pensait qu’il avait échoué à quelque chose – dans une entreprise ou dans une relation – il blâmait sa mère. Il a essayé différentes méthodes, mais cela ne fonctionnait pas vraiment car il restait identifié à son histoire avec sa mère. Il ne voyait ni lui ni elle dans le moment présent mais ce qu’il croyait de sa mère. Quand il a découvert The Work, il a pu enquêter sur cette pensée “Ma mère a ruiné ma vie”. À la première question – est-ce vrai ? – il a répondu oui. À la deuxième – puis-je absolument savoir que c’est vrai ? – il a répondu non, je ne peux pas savoir que c’est ma mère qui est la cause principale, je ne peux même pas savoir que ma vie est ruinée. À la troisième question – comment je réagis quand je crois cette pensée ? – il a répondu : Je suis furieux, déprimé, je ressens une lourdeur dans mon cœur, je suis une victime, je suis grossier envers ma mère, je me méfie des femmes, etc. Enfin, à la quatrième question – qu’est-ce que je serais sans cette pensée ? – il a dit : Je serais libre, plus responsable de mes actions, moins amer, un meilleur amoureux, un meilleur fils. Il a ensuite fait les retournements et cela a donné : “Ma mère n’a pas ruiné ma vie.” Et il a trouvé des exemples précis où le retournement était vrai. Au moment de son anniversaire quand il avait six ans, etc. Ces exemples l’ont étonné et il a découvert que la mère de son imagination était aussi la mère qui avait fait de son mieux pour le rendre heureux et que, pendant des années, il avait réprimé tous ses bons souvenirs avec sa mère. Cela a été très libérateur pour lui de voir comment l’inverse de ce qu’il croyait depuis si longtemps était tout aussi vrai que son histoire originale, peut-être même plus vrai. Après avoir fait The Work sur sa mère, il a découvert une femme entièrement différente de celle avec laquelle il avait cru grandir, et qu’il pouvait l’aimer.

“La réalité est toujours plus douce que l’histoire que l’on se raconte à son sujet. Le monde est bienveillant, la réalité est bonne, tout ce que je veux, je l’ai…” C’est difficile à entendre par les personnes en deuil ou qui souffrent dans leur corps ou dans leur psychisme.

Bien sûr, il est difficile, voire impossible, pour les personnes en pleine souffrance de réaliser ces vérités. Mais The Work est une médecine préventive. Si vous le faites chaque jour, lorsqu’une catastrophe apparente se produit, lorsque vous échouez dans votre entreprise, que vous êtes très malade, qu’un proche décède, vous vous trouvez dans une position de compréhension. Vivre sans tristesse ni colère permet d’être pleinement présent pour nous-mêmes et pour ceux qui ont besoin de notre aide.

Si vous voulez bien expliquer quelques principes fondamentaux de Katie Byron pour ceux qui la découvrent…

1) “Vous n’avez jamais affaire qu’à vous-même. C’est ce que je pense et crois qui est la cause de ma souffrance, personne d’autre…”

C’est aussi ce qu’a réalisé le philosophe grec Epictetus : “Nous sommes troublés non par ce qui nous arrive mais par ce que nous pensons de ce qui nous arrive.” Ce constat révolutionnaire est libérateur : si le problème est toujours avec moi, cela signifie que la solution est toujours avec moi aussi. Cela signifie que je n’ai jamais besoin de changer ou d’essayer de contrôler d’autres personnes pour être heureux et que je dois seulement transformer ma manière de penser. C’est une très bonne nouvelle.

2) Qui serions-nous sans notre histoire ?

C’est la quatrième question de The Work. C’est une question profonde, et pour y répondre il faut aller en soi regarder la situation stressante que nous vivons à partir d’une perspective entièrement nouvelle, sans le filtre de la pensée originelle. Par exemple, supposons que je pratique The Work sur la pensée “Ma femme m’a trahi” : à la troisième question, je découvre quelle cause a donné quel effet et à la quatrième, quand je vis la situation sans la pensée “Ma femme m’a trahi”, je découvre une grande tranquillité intérieure et je vois à quoi ressemblerait vraiment ma femme si je ne la voyais pas à travers le filtre de cette pensée. Je peux découvrir qu’elle souffre, qu’elle essaye de faire de son mieux, et voir tout simplement combien je l’aime en me reconnectant à l’amour que j’avais pour elle au début de notre relation. Cette expérience de connexion est ensuite approfondie grâce aux “retournements” : “Ma femme ne m’a pas trahi”, “j’ai trahi ma femme”, “je me suis trahi”. En faisant ces retournements, je me rends compte que chacun peut être aussi vrai ou même plus vrai que ma pensée initiale.

Cette manière d’investiguer la pensée est une forme de méditation. En quoi est-ce différent de la “méditation de pleine conscience”, méthode très à la mode dans nos pays ?

La méditation bouddhiste en général aide à développer la tranquillité intérieure, à vivre plus pleinement dans le présent, à être moins réactif à ce qui se passe dans nos vies et à être moins égoïste. Mais, même après dix ou vingt ans de méditation, des croyances inconscientes – Katie Byron les appelle “le monde souterrain” – demeurent. Ces croyances très puissantes ne deviennent jamais conscientes, et elles continuent à contrôler nos actions. C’est ainsi que certains maîtres qui semblent accomplis à nos yeux en viennent à manipuler leurs élèves, et à abuser de certains d’entre eux financièrement et sexuellement.

“Le travail” révèle à la conscience ces croyances cachées. En écrivant nos pensées stressantes sur le papier, nous identifions peu à peu toutes nos croyances, y compris ces croyances cachées. Tout ce qui nous séparait de notre vrai moi, de notre nature bienveillante, est intérrogé, notre esprit se révèle et notre perception du monde change.

The Work nous permet de remettre en question nos croyances. Ce livre parle de “l’Amour absolu**”, de l’altruisme… On pourrait penser qu’il s’agit aussi de croyances. Où commencent et se terminent les croyances ?

Lorsque nous interrogons toutes nos croyances, nous découvrons que l’identité disparaît. Ce qui reste est l’être originel, au-delà de tout égoïsme, au-delà de tous les concepts de soi. C’est une expérience de pure générosité, pure compassion. Vous pouvez dire que ce sont aussi des concepts, et c’est vrai, car lorsque nous communiquons les uns avec les autres nous utilisons des mots et les mots transmettent nécessairement des concepts. Mais ici les mots dépassent les mots et nous ouvrent à une réalité que nous pouvons tous expérimenter en pratiquant The Work.

Ce qui frappe quand on fait ce travail avec Katie Byron, c’est qu’elle ne fait aucune promesse, est bienveillante mais aide les personnes à se responsabiliser et à vivre à 100 % dans la réalité. On peut donc être ouvert, lucide, heureux dans son quotidien, sans vivre au pays des Bisounours ?

Dans mon expérience de Katie, elle est toujours heureuse, son cœur n’est jamais fermé, mais elle n’est pas pour autant un Bisounours. Sa compassion est impitoyable. Je veux dire par là qu’elle ne pratique pas ce que nous nommons en général le tact social. Elle dit la vérité, car elle ne considère pas les gens comme fragiles, comme des victimes, mais comme des personnes entières, sages, qui ne se trompent que  temporairement parce qu’elles croient, dans le moment, des pensées fausses.

* Katie Byron & Stephen Mitchell, Libre – Un mental en paix avec lui-même, Synchroniques Éditions, 2017.
** Voir aussi : Katie Byron & Stephen Mitchell, Aimer ce qui est, Synchroniques Éditions.

 

 Katie Byron a fait une dépression sévère vers la trentaine. Après dix ans de dépression, de colère, de haine d’elle-même, accompagnées d’idées suicidaires et d’agoraphobie, elle vit en 1986 une expérience de réalisation qui transforme sa vie. À cet instant, “je compris, dit-elle, que lorsque je croyais mes pensées, je souffrais, mais que lorsque je ne les croyais pas, je ne souffrais pas, et que cela était vrai pour tous les êtres humains. La liberté est aussi simple que cela. Je découvris que la souffrance était optionnelle. Je découvris en moi une joie qui n’a pas disparu depuis, pas un seul instant. Cette joie est en chacun, toujours.” De plus, elle se rend compte que ce qui a causé sa dépression, ce n’est pas le monde autour d’elle, mais ce qu’elle croit concernant le monde autour d’elle. Au lieu d’essayer désespérément de changer le monde pour qu’il corresponde à ses pensées sur ce qu’il “devrait être”, elle commence à questionner ces pensées et, en rencontrant la réalité telle qu’elle est, à éprouver une liberté et une joie inimaginables. La méthode de questionnement personnel de Katie, appelée “le Travail”, est le fruit de cette expérience. Depuis 1986, elle a présenté le Travail à des centaines de milliers de personnes de par le monde, lors d’événements publics gratuits, dans les prisons, les hôpitaux, les églises, les institutions, les universités, les écoles, lors d’ateliers de week-end et dans son extraordinaire “École pour le Travail” de neuf jours.

Pour plus d’informations : la méthode peut être consultée, gratuitement et de manière anonyme, sur les sites français et anglais www.letravail.org et www.thework.com, et des vidéos sur YouTube montrent Katie Byron en train de la pratiquer.
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