Il y a 20 ans : le mauvais lièvre de la finance lyonnaise

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – 1998, c'est l'année où la banque Clément dilapide l'argent de 160 de ses clients, placé sur des produits boursiers peu recommandables. Après avoir pointé du doigt le patron de la banque et les actionnaires, le milieu découvre que tout pourrait provenir d'un seul employé.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, © Lyon Capitale

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La banque Clément avait placé l'argent de 160 de ses clients sur des produits à haut risque, et la manœuvre s'est avérée désastreuse. Début 1998, ce sont près de 160 millions de francs qui s'envolent, propulsant l'affaire au rang de véritable scandale financier. Alors que l'opinion publique se décide sur qui blâmer, le président de la banque Clément ou son actionnaire peu scrupuleux, il apparaît que l'affaire a un dénominateur commun avec des fiascos financiers similaires. Il s'agirait d'un employé de GPK Finances, filiale du Crédit Lyonnais, dont le nom se retrouve dans les rapports d'un précédent scandale, celui des Beaux sites à Lyon.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, p. 7 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°163 le mercredi 18 mars 1998, signé par Gilles Leluc.

Le mauvais lièvre de la finance lyonnaise

Plusieurs victimes de la Banque Clément, qui aurait dilapidé 160 portefeuilles suite à de mauvais placements en Bourse (voir Lyon Cap' n°159 et 161), ont connu d'autres "mauvaises affaires". Notamment celle assez récente des actions fantômes de la société immobilière des Beaux Sites. Deux bides financiers consécutifs qui ont pour lien un ancien employé de la société de gestion GPK Finance. Flash-back.
Dans le microcosme lyonnais des sociétés de Bourse et placements financiers, les dix années passées sont riches en arnaques et faillites. Les déboires de la Banque Clément qui a lancé les portefeuilles de 160 clients sur des opérations en Bourse hautement spéculatives avec les résultats désastreux que l'on sait est la dernière en date à mettre à mal la place financière lyonnaise. Or, à regarder l'histoire récente de cette finance lyonnaise, il apparaît que plusieurs personnes relient cette affaire Clément avec d'autres qui l'ont précédée. Notamment des victimes et un ancien employé de la société de gestion GPK Finance, filiale du Crédit Lyonnais, qui ont connu, outre la débâcle Clément, la déroute financière et judiciaire de la société immobilière des Beaux Sites.

Arnaque béton

En avril 1991, les Beaux Sites propose une opération de portage dans le but d'élargir ses capitaux propres. Son PDG Pierre Dehaye a besoin de liquidités. Aussi, il procède à l'émission de près de 10 000 titres, étant entendu qu'un titre vendu à 2 800 F sera racheté six mois plus tard à 3 060 F. Le promoteur charge la sous-filiale du Crédit Lyonnais, GPK Finance, de trouver des investisseurs qui n'auront tranquillement qu'à attendre d'empocher la belle plus-value. Or, derrière l'offre alléchante et manifestement sans grands risques, se cache une arnaque en béton. La société de Pierre Dehaye connaît de graves difficultés. Ses pertes atteignent près de 100 MF sur 1989 et 1990 cumulées et Pierre Dehaye annonce par voie de presse des gains fictifs afin d'encourager la vente des titres. La cotation des Beaux Sites, alors au marché hors cote de Parie est suspendue le 29 mai 1991 afin de lancer l'opération sur le capital. GPK Finance répartit des milliers de titres au sein de sa clientèle à fort ratio lyonnaise. Lorsque Pierre Dehaye fait reprendre la cotation le 2 août 1991, il reste des acheteurs potentiels à convaincre. Pour soutenir la cotation, la Caisse des dépôts et consignations achète tout le papier qui se présente. Soit 3 400 titres et un peu plus de 2 % du capital. Mais dès ce 2 août, date de reprise de la cotation des Beaux Sites, la Commission des opérations de Bourse (COB) procède aux vérifications d'usage. Plusieurs irrégularités apparaissent, notamment les fausses informations relatives à la bonne santé de la société diffusées à la presse. L'affaire se complique encore lorsque la COB apprend que sur les 3 000 actions achetées par la Caisse des dépôts, 2 400 proviennent du portefeuille de Pierre Dehaye, actions dont la valeur initiale est multipliée par près de 30 fois. La COB inflige une amende de 600 000 F au promoteur et transmet le dossier au parquet*. La Caisse des dépôts ne soutient plus les Beaux Sites et l'action dégringole rapidement jusqu'à ce que le dépôt de bilan annoncé le 25 avril 1992 ruine définitivement les actionnaires. Près de 70 portefeuilles lyonnais accusent une perte sèche de 14 MF. Un collectif des victimes se constitue et porte l'affaire devant les tribunaux. Il obtient gain de cause en décembre 94 et se voit indemnisé par GPK Finance à hauteur de 20 MF.

Un sommeil hypnotique

On pourrait croire que l'histoire s'arrête là. Or, aujourd'hui, quelque 18 victimes, qui ont raté le train des premières procédures, viennent seulement de porter plainte devant le tribunal de grande instance de Lyon. Certaines ont perdu jusqu'à 600 KF. Plus fort encore. Sur ces 18 victimes, 5 sont conjointement aux prises avec la Banque Clément. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, malgré la perte des Beaux Sites, plusieurs d'entre elles ont ensuite renouvelé leur confiance à Olivier Marrel, ancien employé de GPK Finance, comme si de rien n'était, lequel Marrel les a entraînés à la Banque Clément. "Les gens sont plus sensibles au physique de leur interlocuteur qu'a l'entreprise. Un client suit d'abord un homme", avance Maître Halpern, avocat des victimes Clément et Beaux Sites, en guise d'explication. Ce que confirme l'une des victimes. Avec son profil "clean" d'étudiant anglais, Olivier Marrel est de ces individus qui sait endormir la confiance des clients grâce à l'œil clair de son apparente sincérité. Toutefois, sa franchise pose question quand on sait aujourd'hui que, dans le cadre des Beaux Sites, Olivier Marrel a dissuadé pendant plusieurs années ses clients lésés de porter l'affaire en justice alors que de son côté, toute sa famille, également victime dans la même affaire, a pris le premier train pour attaquer en justice. D'où des procédures qui se déclenchent encore aujourd'hui, trois ans après le jugement des Beaux Sites, lorsque des clients de Marrel, non informés par ce dernier, apprennent médusés l'existence d'une procédure collective. Quant à la Banque Clément, plutôt que d'encourager ses clients à exiger d'être indemnisés, Marrel préférerait les assurer que cette solution n'est pas envisageable. On comprend dès lors pourquoi ses patrons n'ont qu'éloge à son égard. Les victimes, elles, sortent très abattues au sortir de leur long sommeil hypnotique. Voilà près de 15 ans, voire plus, qu'elles ont "signé un chèque en blanc" à cet homme en lui livrant leur portefeuille. Une confiance absolue dont le bien-fondé ne cessera désormais de hanter leur mémoire d'épargnant.
* Le 6 décembre 1995, Pierre Dehaye est condamné à trois ans d'emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, et à 5 MF d'amende par la 11e chambre correctionnelle de Paris.
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