Lyon Capitale n°162
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Il y a 20 ans : Michel Mercier, une assistante sociale un peu sévère

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – En 1998, le conseil général du Rhône doit faire face aux besoins grandissants des acteurs de la solidarité. Ces associations, dont le financement représente un peu moins de la moitié du budget du conseil, dénoncent des méthodes brutales d'attribution des fonds.

Lyon Capitale n°162, 11 mars 1998 © Lyon Capitale

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Début 1998, cela faisait tout juste quinze ans que la loi de décentralisation avait attribué de larges compétences sociales au conseils généraux. Celui du Rhône, à l'époque dirigé par Michel Mercier, consacre à la fin des années 1990, 42 % de son budget à la solidarité soit environ 2 milliards d'euros. Un geste salué par les administrés et les associations, qui pour autant dénoncent des méthodes "brutales" dans l'attribution des fonds. En effet, sous couvert de rigueur budgétaire, elles s'étonnent du manque de concertation et de l'imposition de certaines mesures. Entre décisions unilatérales du conseil général, et coupures dans les financements de certaines associations, les concernés se sentent mis "au pied du mur".

Lyon Capitale n°162, 11 mars 1998, p. 15 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°162 le mercredi 11 mars 1998, signé par Aude Spilmont.

Michel Mercier une assistante sociale un peu sévère

Aides aux handicapés, aux personnes âgées, à l'enfance défavorisé et à l'insertion_ Le conseil général consacre 42 % de son budget à la solidarité. Il s'en acquitte parfois avec doigté et innovation. Mais il pourrait mieux faire s'il n'utilisait pas régulièrement des méthodes brutales, mettant au pied du mur les associations à caractère social qui dépendent du Département. Le tout au nom de la sacro-sainte rigueur budgétaire.
Le conseil général est un couturier du social. C'est celui qui tisse les liens en gommant les inégalités", clame Pierre Jamet, directeur de cabinet de Michel Mercier, président du conseil général du Rhône. Doté, depuis les lois de décentralisation de 1983, de larges compétences sociales, le conseil général consacre plus de 42 % de son budget à la solidarité, soit 2 milliards 353 millions de francs. Aide aux personnes âgées, aux handicapés, aux Rmistes, à l'enfance défavorisée, le dénominateur commun de sa mission est le soutien financier, matériel et moral aux plus démunis. "Afin de lutter contre l'exclusion, ces dernières années nous avons particulièrement mis l'accent sur le volet de l'insertion par l'emploi pour les bénéficiaires du Revenu minimum d'insertion", explique Pierre Jamet. Des emplois de proximité ont, en effet, été créés pour améliorer la sécurité et l'accueil dans les transports en communs (AMIS), pour préserver l'environnement (brigades vertes) ou pour offrir des logements sociaux rénovés (brigades blanches). Parmi les initiatives du Département en matière sociale, il faut aussi saluer la mise en place du Passeport Rhône soin, qui permet aux personnes en situation de précarité d'être soignée gratuitement. Autre action innovante : la création des 100 Maisons de département du Rhône (MDR). Ces lieux d'accueil, répartis sur 51 cantons, permettent au conseil général d'être présent sur le terrain, à proximité des usagers. "Nous avons également adopté un schéma départemental en faveur des adultes handicapés en 1994 et créer 882 places d'hébergement en 6 ans", se félicite Pierre Jamet.

Des besoins grandissants

Confronté à la crise et à la fracture sociale, le conseil général du Rhône doit cependant faire face depuis quelques années à des besoins grandissants, entraînant une hausse importante des coûts. Ainsi, depuis la mise en place en 1990 du revenu minimum d'insertion, le nombre de bénéficiaires est passé de 8 500 à 28 000. Du coup, le budget départemental d'insertion qui était de 15,5 millions de francs, il y a huit ans, est aujourd'hui passé à 108 millions de francs pour l'année 1998. Le Département doit aussi faire face au vieillissement de la population. Grâce au progrès de la médecine, de plus en plus de personnes handicapées parviennent désormais à la retraite et on assiste également à une forte augmentation du nombre de personne âgées dépendantes. Or le Département a choisi de maintenir une pression fiscale faible, ses taux sont d'ailleurs les plus bas de France. Dans le même temps, ses recettes (vignette auto, taxe professionnelle...), sensibles à la conjoncture, se sont affaiblis. Augmentation des besoins, relative stabilité de la ponction fiscale, diminution des recettes : le conseil général a opté pour une rigueur budgétaire. Du côté de l'opposition, très minoritaire, la plupart des responsables politiques approuvent la politique "sage" du département en matière de fiscalité, ainsi que son combat contre les gaspillages. Les coûts de fonctionnement du conseil général ont été, en effet, considérablement réduits ces dernières années. Ils insistent cependant sur une meilleure répartition de ses crédits. "Le conseil général a financé 50 % de l'implantation de Téo. C'est du gaspillage, il a englouti 1,5 milliards de francs dans ce problème de voirie. Il aurait été plus bénéfique de mettre cet argent dans le champ social. Il faudrait également revoir les critères de répartition du budget de solidarité en faveur de secteur urbain qui ont des besoins plus importants que d'autres : d'éducateurs, de maisons de retraites ou d'aide au logement social", explique Bruno Polga, conseiller général PS et maire de Saint-Priest.

Des méthodes brutales

Les nombreuses associations à caractère social qui dépendent du Département font depuis quelques années, elles aussi, régulièrement entendre leurs voix. "Nous sommes conscients qu'il faut maîtriser l'évolution des coûts. Le monde associatif doit aussi s'interroger sur la pertinence des prises en charge. Mais les associations ne doivent pas être régulièrement mises au pied du mur, des concertations doivent être engagées", souligne Hubert Allier, directeur de l'URIOPSS (1). Il faut dire que les méthodes employées par Michel Mercier, président du conseil général, sont souvent brutales. Ainsi en 1993, le Département décidait unilatéralement d'instaurer un plafond des prix de journées en maison de retraite. Certes, il avait constaté quelques abus. Reste que cette procédure illégale sera annulée trois ans plus tard par le préfet. En 1996, Michel Mercier annonçait aux associations d'aide à l'enfance que leur dépense de santé et de formation ne seraient plus prises en charge, invoquant un recentrage sur les strictes compétences du Département. Il menaçait ainsi de supprimer 70 postes-clé pour l'encadrement des enfants en détresse sociale et morale. Après le tollé général dans le milieu associatif, il reviendra en partie sur ses décisions et l'Education nationale ouvrira, quant à elle quelques postes d'enseignants. Loin d'en prendre de la graine, le conseil général n'a pourtant pas encore renoncé à ses méthodes pour le moins abruptes. En juillet dernier, il a annoncé qu'il ne financerait plus à hauteur de 86 % l'association Entretemps, une structure d'urgence qui accueille des femmes en difficulté, seules, enceintes ou accompagnées de jeunes enfants. Le motif invoqué : cette association ne relève pas de sa seule compétence. Ainsi, au 1er mars 1998 le désengagement financier du conseil général s'élevait à 5 millions de francs, sans intention de contrepartie de l'Etat. Ce dernier, n'entendant pas céder aux pressions du conseil général a d'ailleurs annoncé, à son tour, son intention d'amputer les crédits de dix autres Centres d'hébergement et de réadaptation sociale (CHRS) de 5,4 millions de francs. De quoi mette en péril la mission des associations qui pourraient fermer leurs portes d'ici six mois et mettre dehors les femmes et enfants isolés. "Nous sommes pris en otage dans un conflit de répartition entre le conseil général et l'Etat", dénoncent les représentants de la FNARS (2), l'URIOPSS et des associations gestionnaires, qui demandent que des négociations soient engagées entre les autorités compétentes. Certes le conseil général est confronté à de nouveaux besoins en matière sociale, entraînant une hausse importante des coûts. Mais faut-il pour autant laisser de côté le secteur de l'hébergement des femmes et jeunes enfants en difficulté ? II existe des domaines où le "choix politique" du désengagement semble humainement difficilement acceptable. Si la gestion du conseil général est saine et qu'il fournit des efforts très importants en matière de solidarité, on peut néanmoins regretter son attitude parfois "menaçante" à l'encontre d'associations dont l'utilité n'est pas à remettre en cause. Plutôt que de se lancer dans un bras de fer avec l'Etat en se renvoyant la balle des compétences, il serait plus souhaitable qu'il engage des concertations pour faire face à des besoins sans cesse grandissants.
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