Bloc opératoire
­© Tim Douet

Saint-Jean-de-Dieu : réaffectés mais pas virés ?

Ils étaient une cinquantaine à s'être réunis ce mardi 11 juillet devant le centre hospitalier Saint-Jean-de-Dieu (Lyon 8e) pour soutenir leurs collègues du service Erasme qui risque de disparaître. Après un long entretien avec la direction, les employés n'ont que très peu de certitudes sur leur avenir au sein de l’établissement.

Ils voulaient des explications, ils sont ressortis avec des doutes. Malgré près de deux heures de discussion, les membres du service Erasme sont toujours dans le flou. "Ils ont fait de la langue de bois. On n'en sait pas plus, si ce n'est qu'il y aura de gros changements à venir" déplore une des employées ayant assisté à la réunion. Devant ses collègues, elle se console malgré tout : "Au moins, on nous a assurés qu'il n'y aurait pas de suppression d'emplois."

Pourtant, le service en lui-même est bel et bien sur la sellette. Sans confirmation officielle des ressources humaines, on a du mal à imaginer qu'il reprenne ses activités à la rentrée. Et pour cause : l'administration a déjà indiqué qu'elle prévoyait de réaffecter les soignants à d'autres unités en cas de suppression du service. Une prévoyance suspecte qui a mis la puce à l'oreille des soignants. Si ces derniers conserveront a priori leur emploi, la question se pose quant à l'avenir des nombreux ASH (Agent des Services Hospitaliers) pour qui aucune garantie n'aurait été donnée. "Ils jouent avec les mots. Ils nous disent qu'il n'y aura pas de suppression d'emplois, alors que des CDD ne seront pas reconduits" fustige un infirmier dans le cortège. Une de ses collègues insiste : "On a besoin de nos ASH, ils font partie intégrante du processus de soin et on ne les laissera pas tomber."

"On pense comptable avant de penser humain"

Du côté de la direction, on justifie ces transformations par les réductions de budget émanant de l'ARS (Agence Régionale de Santé) et par le "virage ambulatoire". Une volonté nationale dont l'objectif est d'éviter les hospitalisations et de soigner de plus en plus les patients en dehors de l'hôpital. À l'origine plutôt bien accueillie par les travailleurs de santé, ils critiquent aujourd'hui le manque de moyens alloués à cette transformation. En l'absence de financements conséquents, ce projet entraînerait mécaniquement une course aux statistiques ainsi que des réductions – voire des suppressions – de services.

Car sur le terrain, cette volonté de l'exécutif semble surtout se traduire par une politique du chiffre. Pour beaucoup, il s'agit avant tout de réduire les coûts et de libérer les lits au plus vite, parfois au détriment du patient. "On fait sortir des patients qui ne sont pas complètement stables. Alors quelques jours après, ils se retrouvent aux urgences puis ils nous reviennent à nouveau" explique une employée avant d'ajouter "On pense comptable avant de penser humain". Des libérations prématurées démenties par la direction, qui assure ne libérer "que des patients cliniquement stables".

Alors que le mot d'ordre est d'éloigner les patients de l'hôpital, le service Erasme fait figure de dissident. En se basant sur une approche de psychothérapie "institutionnelle groupale", le service mise beaucoup sur le social dans l'hôpital. Il organise par exemple des rencontres entre patients et soignants, et accueille les malades en groupe. Une approche originale qui colle mal avec les objectifs nationaux. "On défend un projet social qui est passé de mode", regrette une employée. En attendant de peut-être revenir dans la tendance, les employés de Saint-Jean de Dieu devront patienter encore quelques mois avant d'être fixés sur leur sort.

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