Pollution : les médecins conseillent l'usage des masques

Les Lyonnais crachent, les médecins s'inquiètent.

Thomas, graphiste quadra, habite la Guillotière et travaille aux Terreaux. Chaque jour, il parcourt à pied, ou à Vélo'v, la distance qui sépare son domicile de son travail. La semaine dernière, situation inhabituelle, il a souffert de maux de tête continus. Pas loin, côté Bellecour, Gaspard, Marie, leurs petites-filles Louise et Jeanne, 7 ans et 9 mois, ont tous développé des toux sèches, très irritantes. Jennifer, elle, étudiante en 1e année d'espagnole, multiplie les sinusites chroniques. A Vaise, les enfants de l'école maternelle Chapeau Rouge, ont carrément été interdits de cour de récréation certains jours ; et quand ils pouvaient jouer dehors, ils avaient pour contrainte de ne pas courir. "Parce que sinon on ne pourrait plus respirer" explique Eglantine, 5 ans, à sa maman un brin "inquiète".

Dénominateur commun à toutes ces personnes : aucune maladie constatée. Synchronisme exact : cette même semaine, Lyon, et plus généralement son agglomération, a essuyé une pollution historique aux particules fines, d'invisibles poussières en suspension, dont le diamètre ne dépasse pas 10 micromètres*. Preuve de la nocivité de l'air que l'on inhale au quotidien, en haut-lieu, le préfet du Rhône a sonné le tocsin et déclenché le dispositif d'alerte à la pollution (modération des activités à l'extérieur, des promenades pour les plus petits, baisse de 20 km/h de la vitesse autorisée). Au-delà de ces huit exemples, qui ne connaît pas au moins une personne de son entourage ne se plaignant pas de maux de tête, de toux, ou d'essoufflement anormal ?
Coïncidence ? S'il est très difficile, comme toujours en matière de pollution, d'établir un lien scientifique entre ce tsunami de particules fines et cette vague de manifestations cliniques, pour les médecins, il n'y a aucune doute.
Les cabinets des généralistes pleins
Aux angines et grippes, nombreuses en cette période de l'année, s'ajoutent des symptômes dont l'origine n'a rien de viral. "On demande d'abord au patient s'il y a des phénomènes infectieux dans son environnement proche, commes des maux de gorge et de la fièvre, explique le pneumologue Yann Martinat. Si on ne trouve rien et qu'on est dans une période de pollution, force est de constater que l'origine est la pollution". Et les particules fines, du fait de leur diamètre, s'avèrent particulièrement dangereuses. "L'appareil respiratoire est une muqueuse. Quand elle est soumise à des agressions, elle réagit en fabriquant une inflammation. Inflammation d'autant plus sévère que les particules fines pénètrent très profondément dans l'arbre bronchique" explique Bruno Girodet, du service allergologie/pneumologie au centre hospitalier St Joseph /St Luc. Production de mucus, de toux, de sifflements lors de la respiration, rhinite (irritation et inflammation du nez ), dyspnée (essoufflement), yeux qui piquent... les symptômes des huit Lyonnais que nous avons pris comme échantillon. Ceux de beaucoup d'autres habitants de l'agglomération, la pollution, cette année plus longue et plus intense (voir supra) touchant tout le monde, pas seulement les personnes fragiles (nourissons, enfants, personnes âgées, asmathiques, etc).

Les voitures roulent, les enfants dégustent
Le phénomène n'a pas épargné non plus les skieurs, partis en masse des villes pour humer le bon air de la montagne : ce week-end, des cimes enneigées, d'aucuns pouvait remarquer l'immense et menaçant voile de pollution gris-blanc qui recouvrait toute la vallée de Chamonix, de Servoz à Vallorcine ; un manteau souffreteux qui léchait les montagnes jusqu'à 1000 mètres d'altitude. D'en-bas, dans l'incessant chassé-croisé des vacanciers, la pellicule vaporeuse atténuait fortement l'éclat azurin du ciel.

Pour le Coparly**, ce qui inquiète le plus, ce sont ces "épisodes à répétition, de moins en moins espacés dans le temps (ndlr : la dernière grosse pollution aux particules fines remonte à début janvier), de plus en plus longs et dont l'intensité est de plus en plus forte". Certes, les mesures ont évolué depuis deux ans, sont plus précises. Cela n'empêche, le quota annuel de 35 jours d'alerte tolérés pour les particules fines dans l'agglomération lyonnaise est quasiment atteint, à la mi-février ! En-deçà, que se passe-t-il ? Rien ou presque : l'Union européenne peut prendre des sanctions financières contre les états membres. Evénement encore plus rare : l'indice Atmo, qui est l'indicateur global de la qualité de l'air, a affiché, plusieurs jours consécutifs, la note maximale de 10/10, autrement dit un air qualifié de "très mauvais".

Ce qui fait recommander à Bruno Girodet, praticien à St Joseph/St Luc, "le port du masque, de manière à filtrer un maximum les poussières".
A l'aune de cet événement sans précédent, il est temps de se poser les bonnes questions. D'un côté, on continue à tolérer les voitures - les plus gros pollueurs pour les particules fines - , qui doivent seulement conduire un peu moins vite. De l'autre, on laisse les écoliers jouer dehors, en leur conseillant simplement de ne pas trop faire les fous en cour de récré. Le "parce que sinon on pourrait plus respirer" d'Eglantine n'a plus rien d'innocent.

* Un micromètre équivaut à 0, 000 001 mètre.
** Organisme qui contrôle la qualité de l'air dans l'agglomération.

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