NATHALIE PERRIN : "MOI AUSSI J'AI CACHE DES SANS PAPIERS"

La maire du 1er suit son exemple et déclare avoir aussi hébergé des sans-papiers chez elle et dans sa mairie.

Alors que son patron, Gérard Collomb, refuse de prendre position, la maire du premier arrondissement (PS), Nathalie Perrin-Gilbert, se mouille. "Héberger des personnes sans-papiers fait partie d'actes de résistance dont je partage le sens. Je l'ai déjà fait pour qu'une femme et sa fille ne dorme pas dans la rue". Elle est même allée plus loin. Avec l'appui de son équipe municipale, elle a accueilli pendant trois semaines dans sa mairie de la place Sathonay une famille de cinq enfants. "Je ne me sens pas quelqu'un d'à-part. J'ai pris cette décision parce que d'autres personnes de l'arrondissement font preuve d'une générosité et d'un courage exceptionnels". Michel Durand (le curé de Saint-Polycarpe), les militants du Réseau éducation sans-frontières (RESF) et tous les anonymes apprécieront. Mireille Peloux de RESF lui renvoie le compliment : "Elle nous soutient depuis le début. Elle a permis dernièrement que la mairie du 1er financent quelques nuits d'hôtel pour la famille Kaja (voir Lyon Capitale du 2 octobre, ndlr)".

Maire courage
Si la situation se représente, Nathalie Perrin-Gilbert le refera. "Pour un maire, il n'est pas simple de ne pas respecter la loi de son pays. Quand je l'ai fait c'était face à la situation de détresse extrême des personnes que j'ai accueilli. Il n'est pas normal que l'on nous demande de choisir entre respect de la loi et non assistance à personne en danger".

Cet acte de désobéissance civile, elle ne le fait pas à légère, par simple charité républicaine. A 36 ans, elle a une solide réputation d'élue qui travaille ses dossiers. Comme pour les antennes relais de téléphones portables, où elle plaide pour l'application du principe de précaution (lire les numéros de Lyon Capitale d'octobre 2006), elle se positionne à contre-courant de la mairie centrale. A rebours du projet de loi défendu par Brice Hortefeux, elle plaide pour une "régularisation large" et une loi fondatrice sur "l'immigration partagée" : "Si l'on prend l'exemple du premier arrondissement, il doit y avoir au maximum une centaine d'étrangers en situation irrégulière sur 28 000 habitants. On peut donc les absorber. (...) Il faut voir l'immigration comme une richesse et non comme une insécurité". Aujourd'hui, la femme d'origine congolaise, qu'a accueillie la maire du Premier, a un titre de séjour et travaille. Sa fille revient régulièrement chez Nathalie Perrin-Gilbert, avec qui elle a tissé des liens d'amitié.

Lyon Capitale a demandé à des personnalités lyonnaises si elles soutenaient le prêtre de Saint-Polycarpe qui est entré dans l'illégalité en cachant des sans-papiers dans sa cure.

Ils sont contre :

Denis Broliquier (Millon), maire du 2e arrondissement
"En tant qu'élu, je ne peux pas cautionner le fait qu'on aille contre la loi, quelles ques soient les motivations. Je ne suis pas pour la désobéissance civile, surtout sur ce sujet. Mais je connais ce prêtre depuis 1980, il était aumônier des étudiants quand j'en faisais partie. C'est un type sincère, de grande sensibilité et de grande foi".

Emmanuel Hamelin (UMP), ancien député de la Croix-Rousse
"L'Eglise est dans son rôle. Il est difficile de lui reprocher d'accueillir, tant sa tradition d'hospitalité est ancestrale.
En tant que chrétien, sa position peut être compréhensible. Mais en tant qu'homme politique, malgré tout, je la condamne. Je ne peux pas donner crédit à sa démarche, alors que j'ai voté les lois pendant 5 ans. Ce n'est pas la même chose quand des élus, censés faire appliquer la loi, mènent des actions de désobéissance civique".
Azzedine Gaci, président du Conseil Régional du Culte Musulman
"Je connais bien Michel Durand. C'est avec lui que j'ai commencé le dialogue interreligieux quand il était prêtre à l‘église Sainte Fanny. Il faut qu'il y ait d'autres hommes comme lui pour rappeler que certains vivent dans détresse. Mais on ne peut pas soutenir ce geste car cela remettrait en cause la stabilité du pays".

Bertrand Millet, président du Medef
"Je ne vais pas dire qu'il a raison. Individuellement, c'est émouvant. Collectivement, c'est intenable".

Ils sont pour  :

Azouz Begag (Modem), ancien ministre de l'Egalité des chances
"Bien sûr que je soutiens ! Ce prêtre ne protège pas des sans-papiers, mais beaucoup plus que cela : il protège les valeurs françaises. Il en faudrait des millions comme ça qui se lèvent contre cette politique de barricades dressées autour de l'identité nationale".

Christiane Demontès (PS), sénatrice
"Je soutiens les individus qui outrepassent la loi par humanisme (...) Le raccourci qui fait des étrangers et ceux qui les aident des délinquants est insupportable".

Pascale Bonniel-Challier (Verts) adjointe à la mairie de Lyon
"Sur certains sujets de société, la désobéissance civile est la seule façon de débloquer les mentalités et les lois. On est dans une situation de devoir protéger des familles dont on pense qu'elles ont leur place en France. Beaucoup d'anonymes l'ont fait sans mesurer qu'ils étaient dans l'illégalité".

Jean-Jack Queyranne (PS), président du Conseil Régional
"Cela marque un esprit de résistance. C'est bien que des individus rappellent les devoirs de résistance et d'hospitalité".

Christian Terras, rédacteur en chef de la revue Golias
"C'est le SMIC évangélique. Le père Durand ne fait que son job de chrétien. Barbarin ne prend pas position pour des raisons de posture personnelle puisqu'il ne veut pas se mettre mal par rapport au pouvoir dont il est proche. Il laisse faire si cela ne fait pas tâche d'huile".

André Gerin (PC), député-maire de Vénissieux
"Il a fait comme les révolutionnaires de 1789, ils n'ont pas attendu que la loi aille dans leur sens pour bouger. Cela devient tellement insupportable la manière dont on traite les immigrés qu'il faudrait qu'on soit des milliers comme ce prêtre pour sortir de l'immobilisme".

Joël Rochat, président de l'Eglise réformée
"L'Eglise réformée avait déjà pris dans le passé des positions pas forcément politiquement correct, en hébergement des résistants algériens. Car la bible nous emmène à être politiquement incorrect. Nous avons une conscience de citoyen, mais d'abord une conscience d'hommes libres face à Dieu".

Benoît Viannay, président de l'association Notre-Dame des Sans-Abris
"Dans nos foyers, l'accueil est inconditionnel : on ne demande jamais l'âge, le sexe ou les papiers. Accueillir, c'est le devoir de tout chrétien".

Ils ont refusé de répondre :

Jacques Gérault, préfet,

Gérard Collomb, maire (PS) de Lyon

Dominique Perben, ancien ministre, candidat (UMP) à la mairie de Lyon

Guy Mathiolon, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Lyon

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