Mic Mac à la Préfecture du Rhône

Combien survivraient ? C'est pourtant ce que vient de faire le Préfet de Lyon. En retirant l'habilitation à publier des annonces légales de notre hebdomadaire, que nous possédions depuis de longues années, il nous prive de recettes essentielles à notre équilibre économique. De mémoire, jamais aucun journal n'avait été "puni" de la sorte.
Passons sur la forme. Une décision prise en catimini, entre Noël et le jour de l'an, sans que le journal puisse se faire entendre et sans qu'il soit informé des motivations de cette décision. Et surtout, une décision prise suite à l'avis d'une commission composée principalement de trois concurrents sur le "marché" des annonces légales : Le Progrès, Le Tout Lyon et les Petites Affiches Lyonnaises. Imaginez que l'on demande à une commission composée de TF1, M6 et Canal+ de décider si Arte a le droit de passer de la pub...

Un marché juteux

Lyon Capitale est un nain sur le colossal marché des annonces légales - de l'ordre de 10 millions d'euros à Lyon. Tout simplement parce que tous les acteurs du monde économique préfèrent en général la discrétion de journaux spécialisés et confidentiels, à un journal d'investigation à large diffusion. Nous nous "contentons" d'1 %, mais cela représente 100 000 euros indispensables à notre bonne marche économique. De quoi payer 3 journalistes sur une rédaction qui en compte une dizaine... Visiblement, c'est encore trop pour nos "confrères".
Sur le fond, cette décision est scandaleuse. Rappelons-le. Ces annonces légales, les collectivités locales, les entreprises et les particuliers ont dans l'obligation de les faire publier dans des journaux afin d'officialiser une création d'entreprise, lancer un appel d'offre public ou faire part de changements juridiques. Elles choisissent le titre à leur convenance. L'esprit de la loi est donc de privilégier, au nom de la transparence, la plus large diffusion possible à ces informations... Lyon Capitale est, derrière Le Progrès, incontestablement le 2e média de l'agglomération. Pourtant, nous ne pourrons plus passer d'annonces légales, contrairement à des confrères nettement plus "petits" en terme de diffusion à Lyon : Tribune de Lyon, le Tout Lyon, les Petites Affiches, l'Information Agricole du Rhône, le Pays d'entre Loire et Rhône, le Journal du bâtiment et des travaux publics, l'Essor, le Patriote Beaujolais... Nous n'avons rien contre ces confrères et nous ne souhaitons pas qu'ils soient privés des annonces légales. Nous les citons simplement pour relever une aberration. Si on veut faire connaître une information au plus large public possible, sont-ils vraiment mieux placés que Lyon Capitale ? Plus connus ? Mieux diffusés dans l'agglomération ? Mieux placés dans les points presse lyonnais ?
"Malheureuse" coïncidence

On ne peut s'empêcher au passage de soulever une "malheureuse" coïncidence : les annonces légales sont un aspect important de la transparence et de la concurrence sur les marchés publics... Le Préfet vient justement d'en priver le journal qui, ces dix dernières années, a le plus enquêté sur les défaillances de ces marchés. Il voudrait permettre l'éclosion des arrangements dans le dos des électeurs-contribuables, qu'il n'agirait pas autrement.
Faire vivre un journal indépendant à Lyon, est décidément un combat difficile. Beaucoup se réjouiraient de voir Lyon Capitale s'éteindre. Ce n'est pas la première fois que l'on se sert de l'arme économique pour bâillonner les esprits libres. L'Etat devrait pourtant avoir à cœur de défendre la liberté de la presse, l'équité entre médias, ou simplement la bonne marche des entreprises... Le Préfet peut encore démontrer qu'il respecte les obligations de sa fonction. Ou cette question se réglera devant les tribunaux.

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