Hôtel Château Perrache
©Tim Douet

Dans les coulisses du Château Perrache

Le mythique hôtel bordant la gare de Perrache rouvre aujourd’hui, après quatre mois de travaux colossaux. Histoire d’un monument historique lyonnais.

Quatre mois de gros travaux pour redorer le lustre d'antan du Château Perrache

©Tim Douet
Quatre mois de gros travaux pour redorer le lustre d'antan du Château Perrache

Ce fut l'un des fleurons de l'hôtellerie lyonnaise, un ensemble colossal (huit étages) d'un autre temps, réalisé par l'architecte Georges Chedanne, prix de Rome 1887, qui s'illustra notamment dans les Galeries Lafayette à Paris.

Construit entre 1902 et 1906 à l'emplacement de la brasserie Rinck, l'hôtel Terminus était à l'origine destiné à remplacer la gare de Perrache (en travaux de rénovation) en proposant buffet, salle d'attente et distribution de billets. Le projet d'hôtel en tant que tel ne viendra que plus tard, "hôtel appelé à loger avec tout le confort moderne les personnes qui ne feront qu'un court séjour dans notre ville", peut-on lire dans une publication de l'époque.

L'Hôtel Terminus (Perrache étant le terminus) devient alors un haut lieu des réceptions du PLM (la compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée), propriétaire de l'établissement jusqu'à sa nationalisation et la création de la SNCF en 1938. C'est le groupe hôtelier PLM/Rothschild qui gère l'hôtel.

À l'époque, le quartier était réputé. Le cours de Verdun était un lieu de promenade bordé d'arbres et de places fleuries, dont la place Carnot. Dès 1972 et la construction du centre d'échanges de Perrache, qui coupe la Presqu'île en deux, l'Hôtel Terminus est isolé.

Sombres manœuvres

Le 11 novembre 1942, la France est intégralement occupée. La Wehrmacht occupe à nouveau Lyon. La Gestapo s'installe à l'Hôtel Terminus et en fait son quartier général (elle s'installera aussi boulevard des Belges, place Bellecour et à l'école de Santé militaire, avenue Berthelot). Le docteur Knab est responsable du Kommando der Sipo-SD (KDS) de Lyon. Il est entouré de quatre assistants, dont Klaus Barbie, qui dirige la section IV (lutte contre les résistants, les communistes, les juifs...).

Chateau Perrache ()

Après-guerre, l'hôtel entame une premier mue. L'Hôtel Terminus continuera à être l'un des hôtels les plus prisés de la ville. En 1982, Frantour, filiale de la SNCF qui regroupe les activités de restauration, d'hôtellerie, d'agences de voyage et de tour operator, obtient la gestion de l'hôtel. Mais l'ouverture de la gare de la Part-Dieu en juin 1983 (en replacement de celle des Brotteaux), signera le lent déclin de l'Hôtel Terminus.

À l'été 1986, le groupe familial SHB (Société des hôtels de Bourgogne), propriété de Christian Lameloise, rachète le Terminus et entreprend, pendant deux ans, de gros travaux. L'hôtel intègre l'enseigne haut de gamme Pullman et devient Hôtel Pullman Perrache. Quelques années plus tard, la valse des chaînes continue et l'hôtel passe sous pavillon Mercure. Il s'appellera Grand Hôtel Mercure, avant de se faire appeler Hôtel Château Perrache.

Monuments historiques

Par arrêté des 17 février 1997 et 24 novembre 1917, les façades et les toitures, le hall d'entrée donnant sur le cours de Verdun, avec son décor, le salon de lecture, le salon des Saisons, le salon Crinoline, l'ancien bureau du directeur et le couloir distribuant ces pièces du premier étage sont inscrits au titre des monuments historiques. Pierres de Villebois (comme pour l'Hôtel-Dieu), pierres de Tournus et pierres d'Oppedes (calcaire coquillier de très bonne qualité) cachent l'immense ossature métallique de l'édifice.

"Les façades sont également marquées par une forte modénature, écrit Bernard Gautheron, chargé d'études documentaires à la conservation régionale des Monuments historiques. Chaînage

d'angle en harpe, larges encadrements des fenêtres cintrées du second niveau et surtout corniche supérieure : celle-ci concentre l’essentiel du décor sculpté. (…) La corniche s'appuie sur des consoles courbes entre lesquelles court une frise sculptée de motifs végétaux. Cette frise s'harmonise avec la forte découpe des avant-toits des premières lucarnes (...). Ces lucarnes sont particulièrement remarquables et participent pleinement à la décoration de l’édifice. Celles de la façade Est et des deux travées en retour sont protégées par des avant-toits très débordants de forme courbe, soutenues par des consoles. Les autres lucarnes sont plus petites et couvertes d´un toit plat."

Chateau Perrache ()

©Tim Douet

En extérieur, une immense marquise court de le long de la façade.

L'intérieur de l'hôtel est plutôt riche : lambris chapiteaux et culots en stuc représentants des groupes de personnages en buste, peintures à l'huile sur toile marouflée, murs couverts de lambris en hauteur en citronnier (vraisemblablement dus au décorateur Marjorelle) et frêne, plafonds en voûte de cloître ou faits de pampres de vigne s'enroulant de fils, vitrages de petits carreaux en verre dépoli avec décor de cives colorées, etc.

Entrée dans le XXIe siècle

Aujourd'hui propriété de la société de capital d'investissement Turenne Capital Partenaires, le Château Perrache (sous enseigne Mercure) vient d'achever sa troisième "mue" pour un budget de plusieurs millions d'euros. Quatre mois de travaux pour lui "redonner son lustre d'antan et en faire un hôtel 4 étoiles “plus”". Les façades de l'hôtel, un peu abîmées par le temps et noircies par la pollution de l'autoroute voisine, devraient être refaites à terme.

Les grandes dates du Château Perrache

Hötel de voyageurs : hôtel Terminus, puis hôtel Frantour, puis Grand Hôtel Mercure Château Perrache - Vue générale depuis le sud-est, carte postale

©SAEM Lyon Confluent ©Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ©Ville de Lyon
Hötel de voyageurs : hôtel Terminus, puis hôtel Frantour, puis Grand Hôtel Mercure Château Perrache - Vue générale depuis le sud-est, carte postale

1902-1906 : Construction de l'Hôtel Terminus par la compagnie PLM

1937 : La SNCF acquiert l'hôtel et en confie la gestion au groupe hôtelier PLM/Banque Rothschild

1942 : A la fin du mois de novembre, l'hôtel devient le siège de la Gestapo

1959 : Première rénovation

1982-1986 : Déclin de l'hôtel (géré par Frantour, filiale de la SNCF)

1986 : Rachat par le groupe familial SHB (Société des hôtels de Bourgogne)

1987-1989 : Deuxième rénovation. L'hôtel devient Hôtel Pullman Perrache

1997 : Inscription aux Monuments historiques

1999 : Accor acquiert le Château Perrache

2003 : labellisé “Patrimoine du XXe siècle”

2013 : Rachat par le fonds Turenne Capital, qui en confie la gestion à Accor sous la marque Mercure

2015 : Troisième rénovation

Le Château Perrache en chiffres

Propriété de Turenne Hôtellerie, la division hôtelière de la société de capital investissement Turenne Capital (plus de 500 millions d'euros d'actifs en gestion)

CA 2013 : 4,1 millions d'euros

Effectif 2013 : 48

Montant des travaux : non communiqué (plusieurs millions d’euros)

2 questions à... Marta Pardo-Badier, directrice du Château Perrache

Quel est l'objectif de cette rénovation du Château Perrache ?
Il est double : d'abord, une relance commerciale dynamique tant sur le plan national qu'international ; ensuite, un nouveau positionnement sur le marché lyonnais. Le cadre unique de cette bâtisse classée doit étendre et asseoir sa notoriété dans sa capacité à accueillir et organiser les événements de la ville grâce à sa très grande capacité en terme de salle de réunion.
Quels sont l’ampleur et le type de travaux effectués ?
Les travaux, très importants, ont nécessité quatre mois de fermeture afin de pouvoir rénover les parties classées aux Monuments historiques : le hall de la réception, les points de vente de la restauration (salle des petits-déjeuners, salons privés, etc.). La rénovation inclut la création d'un bar lounge, la mise en place de climatisations individuelles dans les 12 salles de réunion, la rénovation intégrale de 73 chambres et la redécoration de 47 autres.
Enfin, une rénovation complète de la marquise classée aux Monuments historiques qui surplombe l'établissement afin de valoriser l'entrée principale de l'établissement.

Verbatim

Benjamin Altaras Turenne Hôtellerie ()

Benjamin Altaras, directeur de Turenne Hôtellerie (propriétaire du Château Perrache)

"Le Château Perrache est l'un des derniers très beaux hôtels début XXe siècle du centre de Lyon. Nous souhaitons lui redonner son lustre d'antan pour en faire un hôtel 4 étoiles “plus” en parfaite intégration entre le quartier Bellecour et la Confluence en plein développement."

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3 commentaires
  1. SophieV - 5 juin 2015

    Dès 1972 et la construction du centre d'échanges de Perrache, qui coupe la Presqu'île en deux, l'Hôtel Terminus est isolé....Les promoteurs du projet devraient être traduits devant un tribunal, même à titre posthume.

  2. Jeanine - 5 juin 2015

    Très beau reportage, j'ai appris beaucoup de choses sur le Château Perrache. Hâte de voir ce que va donner la rénovation ! Jeanine de http://addgenealogie.blogspot.com/

  3. gédu - 5 juin 2015

    Très bon article, mais je ne comprends pas qu'il ne parle pas de cette autoroute qui passe sous le nez de l’hôtel .Un scandale que tout le monde devrait dénoncer y compris les journalistes? Pourquoi le propriétaire, le directeur de l’hôtel ne se manifestent jamais dans les réunions où l'on parle du centre d'échange, de l'anneau des sciences ( il y a eu 5 mois de débat public, on a entendu personne de l’hôtel s'exprimer?), du déclassement de l'autoroute ,de la pollution causée par les camions et voitures en transit dans le tunnel de Fourvière? Devant l’hôtel ,il y a des arbres, des vrais avec des feuilles !!! De l'autre côté Gensoul, il n'y à rien ! des magnolias moribonds dont un crevé! des herbes folles jamais tondues ,des tags sur le mur des trémies. Y aurait-il 2 poids ,2 mesures???

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