À Lyon, Nuit Debout tisse des liens à la Croix-Rousse

Depuis le départ de Nuit Debout de la place Guichard, le mouvement se déplace désormais un peu partout dans la ville. Ce dimanche, la journée s'organise en haut de "la colline qui travaille", sur l'esplanade de la montée de la grande côte.

Le noyau dur du mouvement Nuit Debout à Lyon n'a pas cessé de s'activer. D'ores et déjà, des rassemblements se sont tenus dans le quartier de la Confluence, des États-Unis, à Gratte-Ciel, à Vaulx-en-Velin ou sur la place Mazagran, dans le quartier de la Guillotière. Cette fois, c'est à Croix-Rousse que la journée démarre par un pique-nique, rapidement suivi par des ateliers sur l'engagement libertaire, les luttes locales du quartier comme la fermeture des bains douches ou la désobéissance civile. À chaque fois, des acteurs de différentes associations se joignent à l'organisation, proposent des ateliers ou participent d'une manière ou d'une autre. L'atelier d'aujourd'hui sur la désobéissance civile est par exemple assuré par le collectif "Les désobéissants". Il s'agit d'apprendre à mener des actions de lutte tout en étant le moins possible exposé à la répression policière, explique-t-on  : "c'est aussi lié aux principes de non-violence. Les autorités ne peuvent pas agir là dessus." Sur un fil tendu au milieu de l'esplanade, des photos légendées des temps forts de Nuit Debout Lyon sont affichées. Sous l'une d'entre elles, une réponse aux questionnements récurrents  : "Nuit Debout, pour le moment, c'est les gens".

De la politique sans les politiques

Contrairement au temps de la place Guichard, les autorisations pour occuper l'espace public ne sont plus demandées en préfecture, ce qui a valu au mouvement d'être retenu par la police municipale lors de l'installation de leurs tables dans le quartier des États-Unis. Basile et Noé sont tous deux universitaires, en pleine rédaction de leurs thèses. Selon Basile, le but de Nuit debout, "c'est de faire vivre la politique sur la place publique". La politique oui, mais n'importe laquelle  : "L'élection présidentielle  ? On n'a aucun débat là dessus, ça n'intéresse pas encore les gens. Pour l'instant, ça n'intéresse que les médias" enchaîne Noé. Les actions menées par Nuit debout sont catégorisées par des codes couleur : action verte, orange ou rouge. "Le vert, c'est généralement de la distribution de tract, orange, ça reste tranquille aussi. Pour ce qui est du rouge, ce sont potentiellement des actions où l'on peut risquer d'avoir des problèmes avec la police" explique Noé. À Vaulx-en-Velin, une action de "mur de la démocratie" a été organisée devant le quartier du Mas du taureau pour empêcher sa destruction. Basile poursuit : "on se demande comment transformer nos vies, la société, et comment on fait pour parler politique. On se rend compte que parler, c'est se former". Sur le site internet de Nuit Debout Lyon, une petite équipe se relaye pour décrire les actions, mettre des comptes rendus et des brochures en ligne.

"L'idée, c'est d'amener du savoir critique, des billes pour réfléchir, pour débattre."

Près du stand infokiosque, on parle émergence de mouvement citoyen, de local, d'autonomie et de projets. Sur la table, une brochure appelle à la prochaine manifestation contre la Loi Travail, une autre relaye une lettre à Gérard Collomb pour la remise du "chiotte d'or des WC les plus chers du monde". Plus loin, un dépliant propose une série de textes sur l'insurrection contre le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte dans les Basses-Alpes et ailleurs. Sur la table d'à côté, les livres de la biblio-debout sont disposés. Chacun peut prendre ou donner un livre, au choix. Jean-Philippe vient de temps en temps apporter son aide pour tenir ce stand. Depuis le déplacement de Nuit Debout de la place Guichard, il explique que de plus en plus de livres donnés sont des fictions, mais que récemment, deux gros dons ont permis le retour de livres plus politiques ou sur la société. Pour Basile, "l'idée, c'est d'amener du savoir critique, des billes pour réfléchir, pour débattre". Sur l'esplanade, un spectacle burlesque est suivi attentivement par une cinquantaine de personnes. Les applaudissements retentissent lorsque les deux comédiens traversent l'esplanade sur un mini-vélo installé sur une tyrolienne.

"Le mouvement ne s'essouffle pas, il change de forme"

Le "préfet local" du journal Fakir dénote des tenues décontractées avec son costume. Le badge du titre fondé par François Ruffin accroché au niveau de son cœur, il représente le journal sur la région comme bénévole et explique en être un lecteur assidu depuis longtemps. Pour lui, le fait de ne plus être cantonné à la place Guichard "réinstaure une dynamique" à Lyon. Pour lui, "le mouvement ne s'essouffle pas, il change de forme. Il y a eu beaucoup de critiques, mais Nuit Debout est né il y a trois mois, ce sont les erreurs de jeunesse". Souvent, après les projections du film de François Ruffin, "Merci Patron !", les gens lui demandent ce qu'il en est de la suite du mouvement. Ce à quoi il répond  : "pour que ça dure, il faut que les gens viennent. On se rend compte qu'il y a quand même une culture attentiste liée à l'habitude de déléguer. On sent bien qu'il y a une recherche permanente de retrouver des lieux d'expression, mais on a l'impression parfois que les gens attendent que ça marche avant de s'engager". Après 18 heures, la Crieuse de la Croix-Rousse se place au centre de l'esplanade pour clamer les messages laissés tout au long de la journée dans la boîte prévue à cet effet. D'une voix puissante, elle s'exclame  : "Libre à nous de transformer ce qui doit l'être. Rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme". La soirée se poursuivra par une assemblée générale, un bal populaire et la diffusion du documentaire  : "Il était une fois... la Croix-Rousse".

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