Assigné en justice, Médecins du Monde dénonce la situation des Roms
Poursuivie pour avoir aidé des Roms à installer un campement, l'ONG veut profiter de son procès du 26 juin pour interpeller les autorités sur le sort de cette population " mouton noir ".L'affaire remonte au 26 mai dernier.
A Saint-Denis, alors que 116 Roms se retrouvaient à la rue après l'incendie d'un hangar dans lequel ils s'étaient réfugiés, " Médecins du Monde " décidait d'installer des tentes pour les reloger temporairement. En réaction, la Préfecture de Seine-Saint-Denis avait porté plainte devant le Tribunal de grande instance de Bobigny contre l'association humanitaire pour " occupation d'un terrain sous propriété de l'Etat ". Bernard Longin, médecin et délégué de Médecins du Monde en Rhône-Alpes est atterré: " C'est incroyable qu'une association qui a pour but de porter assistance soit poursuivie parce qu'elle aide les gens ". Mais l'organisation non-gouvernementale espère au moins que ce procès permettra d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur la situation des Roms, selon eux délaissés par les autorités. D'après Médecins du Monde, l'aide aux populations roms relève même d'une " urgence sanitaire ". L'association, qui intervient auprès des populations roms depuis 1992, critique le manque de volonté politique pour régler le problème de ces populations migrantes, nationalement comme localement. " C'est une population ''mouton noir'', on les accuse de tout ", résume Carole Martin, coordinatrice de la mission à Lyon. Elle dénonce les expulsions à répétition des Rroms qui rendent la tâche des humanitaires très difficile. Il faut d'abord retrouver les personnes et reconstruire un lien de confiance. Dans certains cas (VIH, tuberculose...), l'interruption de soins peut compromettre l'efficacité du traitement.
Un dialogue compliqué avec les autorités rhodaniennes
En plus d'un climat national défavorable à l'immigration, les responsables rhônalpins de Médecins du Monde insistent sur les obstacles locaux. Thérèse Nandagobalou, responsable de la mission " squat /bidonvilles " à Lyon, observe une dégradation des relations avec la Préfecture du Rhône: " Le préfet actuel est très discriminatoire. D'après lui, il n'y a plus de Roms à Lyon. En fait, il expulse ces personnes pour les disperser et les rendre invisibles ". Médecins du Monde estime pour sa part avoir suivi 400 personnes dans le cadre de sa mission " squat/bidonvilles " en 2008. Hier encore, une trentaine de Roms ont été expulsés de leur squat à Caluire. La rencontre qui avait eu lieu début mai avec les élus du Grand Lyon n'a pour l'instant abouti à rien. Seules certaines municipalités, comme Chassieu ou Vénissieux, affichent une volonté d'agir en concertation avec les associations, mais les terrains qui pourraient être réquisitionnés appartiennent en grande partie au Grand Lyon.
Loan Nguyen
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