"Jaku" président de la LICRA

Par Hassen Haddouche
Posté le 01/02/2010  à 10:36 |  lu 2645 fois |  10 réactions|
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"Jaku" président de la LICRA

L’avocat lyonnais Alain Jakubowicz a été élu le 31 janvier président national de la LICRA. L’occasion pour Lyon Capitale de mettre en ligne un portrait paru dans l'édition de septembre de Lyon Capitale de ce personnage “grande gueule” et médiatique.

Alain Jakubowicz c’est d’abord un personnage. Médiatique avocat de la lutte contre l’antisémitisme, tout le monde le connaît d’abord pour la véhémence et l’efficacité de sa verve. Propulsé sur le devant de la scène par les procès Barbie, Touvier et Papon, ses dernières victimes sont Dieudonné et Siné.

L’envergure du personnage est aujourd’hui nationale. Mais il est aussi un juriste d’affaires, implanté à Lyon depuis ses débuts. Notabilité, réussite, c’est ce qu’inspirent ses locaux flamboyants dans l’immeuble du 18-20 rue Tronchet. “Jaku” vous accueille dans un élégant cabinet redessiné par l’artiste Philippe Cazal. Locaux à l’image des costards trois pièces, toujours soigneusement taillés sur les mesures d’un homme de 56 ans encore bien gardé.

L’avocat semble porter un soin particulier à soigner ses apparitions. Peut-être trop selon certains…
Narcissisme ? Le traitement médiatique de sa personne, il avoue ni l’aimer, ni chercher à la contrôler : “Oui, je conçois, que je peux être cassant avec les gens qui me font chier. Quand j’ai eu mon portrait dans Le Monde, comme une consécration, vous ne pouvez pas savoir comme j’en ai souffert. Cette page renvoyait une image de moi que je n’aimais pas du tout : un mec un peu grande gueule, bling bling, on décrivait mes locaux… ça ne ressemble pas à l’image que je voudrais renvoyer. Bon, après on n’est pas maître de son image.”

Jakubowicz se définit paradoxalement comme un homme timide. À mille encablures de la rectitude, parfois hautaine, que la presse lui prête : “À l’origine je suis quelqu’un d’excessivement timide. C’était maladif chez moi. On est toujours le supérieur et l’inférieur de quelqu’un. J’ai vécu pendant plus de la moitié de ma vie, dans cette position d’infériorité. J’étais petit, gringalet…”

Son sens de la représentation, qui fait de lui un “bon client” pour les médias, il l’explique d’abord d’un point de vue professionnel : “L’avocat médiatique… c’est du professionnalisme. J’ai vite compris, quand il y avait vingt avocats, qu’il fallait être celui vers lequel on va. Pas forcément pour moi. C’était pour un client.”

“Ma famille de Pologne qui a été décimée, je ne l’ai jamais connue, elle représente un livre d’histoire”

L’enfance de “Jaku” se passe banalement : “R.A.S.” concernant sa famille d’origines polonaises et hongroises. Du côté paternel, on compte beaucoup de morts en déportation. L’histoire familiale est une suite d’épisodes d’exil de Pologne et d’Allemagne, de fuites et de caches en Europe (Italie notamment pour la mère). Mais l’après-guerre incline à passer à autre chose, et son enfance, se déroule dans un climat d’insouciance : “Une envie de vivre, je me rappelle, comme beaucoup de gens à cette époque là, cela m’a marqué…”.

Il voit le jour à Villeurbanne en 1953, dans une clinique à la mode. Ses études sont plutôt brillantes. Il entre à Brossolette lors de la création de l’établissement, un des premiers à être mixte à Lyon. “C’était absolument merveilleux.” Étape marquante de sa vie, il reçoit une instruction faite “par des profs assez particuliers. L’un d’entre eux a été pris dans la branche lyonnaise d’action directe.”. Mai 68 sera, quelques années plus tard, un tournant décisif dans son adolescence : “On n’avait plus de blouse, on avait le droit de cloper, on avait un foyer, guitare… Il y a eu un éveil, un changement de société, notre vie a changé en un été.”

On comprend que les premières années de son existence n’ont pas été marquées par une contrition dans l’épreuve apocalyptique de la Shoah. “On a été élevé dans une certaine tradition, dans une certaine histoire, mais ce n’était pas prégnant ni oppressant.” Il ne faut pas aller chercher l’origine de son acharnement contre l’antisémistisme dans une conscience particulière de ses origines : “Ma famille de Pologne qui a été décimée, je ne l’ai jamais connue, elle représente un livre d’histoire. Je n’ai d’ailleurs pas de lien avec la Pologne, j’en parle souvent avec le consul. C’est un pays qui ne m’attire pas du tout…” “Jaku” préfère nous expliquer sa rage par un mystérieux “atavisme” : “il y a une prise de conscience de l’autre, une forme d’atavisme. Ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve dans la culture des Juifs venus d’Afrique du Nord…”

“Dieu n’existe pas et nous sommes son peuple”

L’expérience des kibboutzim et la découverte d’Israël, il les doit à son père, résistant pendant la guerre. Le choc du premier voyage en terre israélienne fut décisif. “C’était en 1964. Je me souviens qu’on est arrivé à la nuit tombée. J’ai le souvenir de ces gens qui manifestement étaient des rescapés des camps. Pour eux, c’était plus que la “terre promise”. Ils embrassaient le sol. Ça a été hallucinant…” Quelques années plus tard, juin1967, c’est la “Guerre des six jours” qui le confronte aux premiers échanges de coups de poing au lycée. Il faut dire qu’il a désormais pour modèle Mordechaj Anielewicz (jeune combattant polonais des ghettos de Varsovie).

C’est une véritable conversion de son regard qui s’est également opérée en Israël : “On a tellement caricaturé les Juifs pendant la guerre : grandes oreilles, grand nez…, que de voir des mecs bronzés, sportifs, capables de se battre et de ne pas aller à l’abattoir comme on le disait, à poil… mais qui avaient des couilles… qui prennent les armes. Des filles superbes aussi. Y’avait aussi un côté romantique, c’était un peu le film Pour Sacha, c’est Sophie Marceau…. ça m’est un peu resté.”

Pour Jakubowicz, sa judaïté n’a pas grand-chose à voir avec une pratique religieuse. On ne pratique d’ailleurs pas vraiment au sein du foyer. “Mon grand-père n’avait jamais foutu les pieds dans une synagogue, il en avait rien à foutre.” La grande culture yiddish de son ancêtre le fascine. On peut probablement dire que cet aïeul est le modèle le plus en adéquation avec sa philosophie personnelle ; et notamment avec son rapport à Dieu : “Une phrase toute faite de Woody Allen : “Dieu n’existe pas et nous sommes son peuple”. Je serais plus tenté par la vision fondamentaliste juive de la notion de Dieu : Dieu est tout, donc il n’existe pas. Le grand barbu, qui est au-dessus, et qui donne des directives, clairement je n’y crois pas.”

“Je suis une victime collatérale de Michel Noir”

Aujourd’hui, l’image du pourfendeur de nazis lui reste collée à la peau, même s’il essaie de s’en défaire un peu en élargissant son champ de travail : “Je ne vais pas persévérer dans mon militantisme intrinsèque à la communauté juive. Je ne vais pas me présenter par exemple à la présidence du Crif, parce que je sais que cette position n’est pas une position majoritaire. Le racisme existe aussi chez les juifs, ils n’en sont pas exempts. J’ai eu une formule qui a été beaucoup commentée : “entre un juif con et un non-juif intelligent, je choisirai le non-juif”. être juif, cela ne consiste pas en une fraternité inconditionnelle.”

Lorsqu’on lui parle de la notion débattue en ce moment de “susceptibilité juive”, il répond sans hésiter : “Je ne vous dis pas qu’elle est légitime cette susceptibilité, je vous dis qu’elle existe, c’est un fait.” L’affaire Siné aurait pu passer pour un exemple de ce sentiment. Mais il situe la raison de ce combat contre l’ancien dessinateur de Charlie Hebdo à un niveau moral, celui de la responsabilité des détenteurs de la parole publique : “La blague la plus grasse sur les nègres, les bougnoules et les youpins, lorsque c’est Coluche qui la fait, on s’éclate de rire. Pourquoi ? Parce qu’il garde son nez rouge, il garde ses bretelles et ses tatanes jaunes et son air de foutraque. Siné, pour moi c’est un beauf, un gros beauf. À l’audience, quand il est venu, il nous a dit que cela le faisait chier, quand il allait faire ses courses, de voir ces bonnes femmes porter des voiles. Pour lui, c’est une insulte faite à sa patrie. Avec ce mec là, je n’ai pas envie de rire de tout. Il est dangereux. Ce type est suivi et respecté. Et j’estime qu’il a une obligation. Dieudonné c’est pareil.”

L’avocat présente également comme un combat ses années passées aux côtés de Michel Noir. Comme adjoint, il aura pour charge de concrétiser le brûlant dossier de la Grande Mosquée de Lyon. Il en tire une conclusion amère : “Je peux vous dire que cela a été fait mais j’en ai pris plein la gueule. Aujourd’hui on l’a un peu oublié.”. Il poursuit en parallèle le deuxième dossier confié par Noir : la création du CHRD, dont il n’est pas peu fier d’avoir contribué. “Je sais que quand je ne serai plus là, je sais qu’il restera cette mosquée, ce CHRD…ben y’aura toujours un con qui pensera que j’y suis pour quelque chose. Il confesse que le RPR n’étant pas “sa tasse de thé”, et ne se voyant pas non plus adjoint de Barre, il décide d’arrêter l’exploration de ce milieu qu’il trouve très éloigné de lui. L’amertume gagne encore notre personnage lorsqu’il évoque la fin de cette période avec Noir, un homme qui l’a “déçu, beaucoup plus par le gâchis qu’il a fait pour lui et autour de lui. Moi je suis une victime collatérale… enfin je ne suis pas une victime… Mais j’ai été plus ou moins égratigné dans son affaire, ça m’a fait mal.” L’aventure restera pourtant pour lui “extraordinaire”.

La haine de l’injustice

Jaku a gardé depuis un lien ténu avec la mairie centrale. Il a été président-délégué de la “Commission extra-municipale pour le respect des droits” (dont il est accessoirement à l’origine). Expérience qui, visiblement, n’a en rien arrangé son rapport au monde politique : “On ne peut pas dire que ça a été un grand succès et on ne peut pas dire que j’ai été aidé. J’en suis un peu dépité. Un manque de volonté politique ! Je lui ai dis à Collomb, je suis navré qu’on n’utilise pas cela davantage. […] J’en veux au politique de ne pas être des politiques de manière générale. Je suis loin d’être sarkoziste mais je lui reconnais ce mérite extraordinaire : il a des couilles !”

Une définition possible de l’engagement de l’avocat de la Licra : l’acharnement en faveur des minorités, des petits. Il le martèle du moins. Le procès du Mont-Blanc illustre chez lui parfaitement ce trait : “Pour moi ce dossier représente une famille. Je suis l’un des leurs. Je ne sais pas ne pas m’impliquer. J’ai une identification quasiment charnelle à chacune des causes que je défends, mais quelle qu’elle soit. Les 32 victimes je les connais. J’ai tellement parlé d’elles. C’est une implication énorme : physique, matérielle, intellectuelle. Pour moi les victimes du Mont Blanc et les victimes juives, ce sont les mêmes. Alors c’est bien sûr différent au niveau du contexte : dans les crimes contre l’humanité, c’est des millions de victimes, presque virtuelles et qu’il faut rendre réelles.” Mais les clients d’un avocat ne sont pas tous auréolés de vertus. Il le dit lui-même, il est aussi un “mercenaire”. Donc, il se “vend” à celui qui le paie pour défendre sa cause.

Jaku définit l’énergie de ses combats juridiques comme “une haine atavique de l’injustice”. Atavisme toujours… Cette passion l’amène souvent, selon ses propres confessions, à être “un homme horrible à vivre.” Il se sent “bouffé” par elle. Et on pourrait tout aussi bien filer la métaphore en posant la question de sa soif de reconnaissance. Il paraît toutefois difficile de trancher avec l’intéressé lui-même, qui aime brouiller les pistes par un discours sur soi toujours sophistiqué, garni de références historiques. Au fond, tout n’est peut-être qu’Histoire avec lui : un homme qui a été amené à “défendre” en convoquant les faits du passé. Mais, au bout du compte, on cherchera peut-être un jour à le placer dans une chronologie faite d’anecdotes, ou peut-être même de faits glorieux... En tout cas, la juste récompense de son travail ne lui semble pas acquise : “Pour mes décorations, tout le monde croit que je me suis prostitué… jamais de la vie, c’est complètement con. C’est le revers de la médaille : j’ai cette chance d’être un bon joueur, j’accepte de récolter ce que j’ai semé, même si ce n’est pas toujours juste, et même si ce n’est pas toujours vrai.”

LicraJakubowic
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VOS REACTIONS
10

qquand on et si riche que ça on ne prend pas le sida
on prend le bréviaire

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 09:14 | Posté par  betterave  

carotte rouge

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 09:14 | Posté par  la gamme des rougets  

ou navet
cela fait l affer

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 09:15 | Posté par  filet de barbue  

il n'est pas grande gueule
il est racé

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 18:22 | Posté par  cache coeur  

y a ben un martin ou un durand qui va le traiter d'opportuniste

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 18:23 | Posté par  duchemin  

on ne trouve plus personne qui boive du jus d'oranges

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 18:25 | Posté par  Hilaire  

moi je me dope aux sanguines

tel le poème de Prévert

peu importe la table de bistrot ou de pub

Signaler un abus | le 02/02/2010  à 18:26 | Posté par  je vous le dirai plusieurs fois  

la catastrophe casher !

Signaler un abus | le 04/02/2010  à 13:00 | Posté par  LGS  

vous craignez qui fait la modération ici? LGS,votre commentaire est plus que limite!

Signaler un abus | le 06/02/2010  à 22:46 | Posté par  pierre  

Bravo Alain. Tu as mon soutien pour être à la hauteur de cette charge.

Signaler un abus | le 07/02/2010  à 19:42 | Posté par  Philippe Meyer  

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