Travail dominical : " c'est un effet de manche "
La semaine dernière, dans la nuit de mercredi à jeudi, le Parlement adoptait finalement le texte sur le travail dominical à une très courte majorité, après de multiples contretemps.
En vidéo, les lyonnais donnent leur avis sur la loi. De son côté, Christophe Rollet, PDG de Point S, l'entreprise d'entretien automobile, dont le siège social est basé à Villeurbanne, prend le contre-pied du Medef et nous explique pourquoi il est farouchement opposé à l'extension du travail le dimanche.
Pourquoi avoir choisi de prendre position contre cette loi ?
Christophe Rollet : Parce que je ne vois pas qui va gagner dans l'histoire. Cette loi est mauvaise sur le plan social, contraire à l'intérêt de l'entreprise et du consommateur. Ouvrir une journée de plus, je ne suis pas convaincu que ce soit vraiment une demande. Moi, je viens de la grande distribution et lorsque qu'on est ouvert le dimanche, ce n'est pas du tout l'explosion par rapport à une journée normale. Ceux qui viennent, ce sont les mêmes que ceux qui seraient venus un autre jour de la semaine. Les entreprises ne vont pas augmenter leur chiffre d'affaires. Cette loi ne créera pas d'emplois, ce qui était son but premier. Sans embauches, le salarié qui travaille déjà toute la semaine va devoir assurer une journée de plus, qui plus est un dimanche, un jour fait pour se reposer. Cela va nuire à sa productivité, à son efficacité et donc à l'entreprise. Quant au consommateur, dans la mesure où les entreprises vont avoir plus de charges, elles vont être obligées d'augmenter leur prix à terme. Le consommateur sera donc perdant également.
Cependant il n'y a aucune obligation, chaque entreprise concernée reste libre de choisir, non ?
C.R. : Oui et non. On peut être contre la mesure mais si on a un point de vente sur un supermarché ouvert le dimanche alors on sera obligé d'ouvrir. Et puis tout le monde suivra pour ne pas perdre de clients si un concurrent ouvre. Nous ne serons pas volontaires dans la démarche, mais on y sera malgré tout contraint.
Ne pensez-vous pas que cette loi, qui consacre avant tout des exceptions, peut être un moyen de réguler une situation aujourd'hui anarchique ?
C.R. : Le tourisme s'est régulé de lui même, il n'a pas attendu la loi. Dans les zones touristiques, c'est normal de voir les magasins ouverts sept jour sur sept. Il y a une légitimité à cela, car nous sommes face à des situations particulières, avec une affluence particulière. Mais ne faisons pas une généralité de ces cas là. Or cette loi est pour moi une une porte ouverte à la généralisation.
A l'Assemblée, ce projet a fait explosé les clivages gauche-droite. Aujourd'hui, quand vous vous exprimez, qui parle : le chef d'entreprise ou le citoyen ?
C.R. : Il y a la conviction du chef d'entreprise, mais c'est une conviction humaine avant tout. J'ai du mal à comprendre ceux qui sont pour cette loi, il faut être incompétent pour croire que cette loi est bonne. Les politiques qui ont soutenu le projet, on peut leur admettre qu'ils ne sont pas dans l'entreprise et qu'ils la voient de trop loin pour bien la connaître. Mais je suis surpris qu'il y ait aussi peu de chefs d'entreprise qui se soient positionnés sur le non. Quand on dirige une entreprise on ne peut pas approuver cette loi. C'est l'archétype de la pseudo loi qui fait croire, dans un moment de crise, que l'Etat fait quelque chose. Mais faire du vent, ça n'a jamais fait grand chose. Je pense que c'est un effet de manche.
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