Au lendemain de la 14ème Gay Pride qui avait pour thème 'Respectons la transidentité, refusons la transphobie', nous avons rencontré David Latour.
Co-fondateur de l'association Chrysalide, qui défend la transidentité, il a décidé d'envoyer valser les conventions. Portrait d'un esprit libre dans un corps libre.
'Je suis un homme avec un vagin', déclare David, malicieux. Et l'interlocuteur, troublé, n'aura qu'à s'y faire. Anarchiste et bouddhiste, amateur de death metal comme d'opéra, ce jeune homme de 31 ans n'est pas à un paradoxe près, et le revendique. David est né avec un sexe féminin sans jamais se sentir 'fille'. Il n'est pas à proprement parler transsexuel, puisqu'il n'a pas subi d'opération de changement de sexe et se définit comme 'transgenre'. C'est-à-dire qu'il se sent 'homme' en dépit de son sexe biologique. Depuis quelques années, David suit un traitement hormonal pour masculiniser son apparence. 'Dès l'enfance, j'ai su que j'étais un petit garçon, se souvient-il. J'avais aussi conscience que je ne rentrais pas dans les clous: les garçons ne me laissaient pas jouer avec eux, et même en me forçant, je n'arrivais pas à m'entendre avec les filles.' Elevé par des parents 'racistes, homophobes, anti-communistes et très catholiques', David ne s'attarde pas sur ses relations - 'pas bonnes' - avec ses parents. Il résume son éducation dans une école privée catholique à 'un long tunnel'. 'Je me faisais détester de tout le monde, et je leur rendais bien.' Du coup, il lit beaucoup: Maupassant puis Nietzsche et Schopenhauer. Même dans les matières scientifiques qu'il déteste, David est premier de la classe. A 18 ans, il fait son coming-out, à l'époque en tant que lesbienne. Il commence à militer dans des associations gays et lesbiennes, sans vraiment se sentir à sa place. Il fricote avec l'extrême-gauche aussi, mais les trouve 'trop politiquement corrects'. A son retour d'un séjour universitaire aux Etats-Unis où il fréquente les milieux trans, il décide de fonder l'association Chrysalide avec sa compagne Sophie. 'Il n'y avait aucune structure d'information et de rencontres pour les trans à Lyon. Alors on a décidé de la créer', explique-t-il.
Avec le second degré comme seconde nature, le jeune homme préfère parler des difficultés avec humour. Il raconte comment chaque démarche insignifiante pour une personne lambda se transforme en parcours du combattant pour un trans. Comme il n'est pas opéré, ses papiers d'identité font encore figurer son sexe biologique, et il doit se confondre en explications sans fin, par exemple pour retirer un colis au guichet de Poste. Pour autant, il ne se résigne pas. A l'occasion de la 14ème Marche des Fiertés lesbiennes, gays, bi et trans, David s'est battu à travers Chrysalide pour mettre en lumière la communauté transgenre et les discriminations auxquelles elle fait face, que ce soit de la part des médecins ou de l'administration (voir l'article: 'Les trans font encore mauvais genre'). 'Notre situation est maintenue sous une chape de secret, explique-t-il. Si le grand public était informé de ce qu'on doit endurer, il se rendrait compte que c'est aberrant'. Aujourd'hui, cette figure de proue locale du combat transgenre n'hésite plus à se montrer dans les médias, quitte à s'exposer à des réactions transphobes: 'Quand j'étais plus jeune, j'aurais aimé avoir un modèle. Je montre ma gueule pour que les gamins de 14 ans puissent voir que c'est possible d'être trans à 30 ans sans être devenu une pute ou s'être fait assassiner'. Tout juste reçu au CAPES, le futur enseignant appréhende les réactions d'incompréhension et de rejet qu'il devra affronter dans son établissement scolaire puisqu'il devra y travailler sous son identité féminine.
Loan Nguyen
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