SaintéLyon, terres de lumières et d'asile


Par Guillaume Lamy
Publié le 02/12/2017  à 06:00
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Pour cette 64e édition de la SaintéLyon, la plus grande classique de course nature française, quatre demandeurs d'asile, afghans et guinéens, courent en relais. Des lumières pour éclairer la nuit des migrants.

 

SaintéLyon - demandeurs d'asile ()
Amir, Mahdi, Rauf et Alseny, trois Afghans et un Guinéen demandeurs d'asile au départ de la SaintéLyon

 

Mahdi, 20 ans, Alseny, 28 ans, Rauf, 19 ans, Amir, 20 ans. Quatre prénoms parmi 16 996 autres. Quatre anonymes qui vont se fondre dans la masse des coureurs inscrits sur la SaintéLyon, dans la nuit de samedi à dimanche. Sauf que Mahdi, Alseny, Rauf et Amir sont des demandeurs d'asile. Ils viennent d’Afghanistan et de Guinée. Tous ont fui la guerre, les emprisonnements arbitraires, les tortures. Alseny, diplômé d'une maîtrise en mathématiques appliquées, était un opposant politique au régime du président Alpha Condé. Il a purgé trois mois en prison. Amir et Madhi sont frères. Pour échapper aux talibans, ils s'étaient réfugiés avec leur famille en Iran, où "les enfants afghans n'ont aucun droit". Arrivés dans la "jungle de Calais" et les campements de Stalingrad, au nord de Paris, il y a quelques années, ils ont été dispatchés fin 2016 dans le Centre d'accueil et d'orientation (CAO) d'Annecy, avec une centaine d'autres migrants. "Les demandeurs d'asile ne font rien de leurs journées. Ils s’ennuient terriblement, explique Cyrille Jeancler, président de la section annécienne de la Ligue des droits de l'homme. Ils ont l'impression d'être personne. Du coup, leur proposer des activités est super important. Ça permet d'améliorer leur quotidien."

Première à la MaXiRace d'Annecy, confirmation à la SaintéLyon ?

Passionné de trail (et finisher du Grand Trail des Templiers, de la MaXiRace d'Annecy à plusieurs reprises et de l'Ultra Trail Lago d'Orta), Cyrille Jeancler décide d'emmener quelques volontaires en randonnée dans les montagnes au-dessus du lac d'Annecy. On est alors en avril. "On était dans la montée de Doussard qui permet de rejoindre le col de la Forclaz. Les mecs crapahutaient plutôt bien. J'ai un peu accéléré le rythme, en trottinant. Les mecs ont suivi. J'ai alors eu un déclic, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. Dans la semaine, je les ai inscrit à la MaXiRace." La MaXiRace, l'une des courses majeures dans le calendrier français et international.

Les quatre demandeurs d'asile prennent un dossard en relais par 4 sur le parcours de 83 km et 5 200 mètres de dénivelé positif. Ils bouclent le tour du lac en 12h58, soit 6,34 km/h de moyenne et finissent 95e sur 197 équipes.

Cette première a incité le Team Liberté à remettre le couvert pour la SaintéLyon, dans la nuit de samedi à dimanche. Endurance Shop Annecy a offert les paires de chaussures typées trail, et la boutique Noreko, à Groslée-Saint-Benoît (dans l'Ain), distributeur exclusif pour la France de la marque Craft, spécialiste des vêtements et sous-vêtements de sport techniques en fibres thermo-régulatrices, l'équipement complet. Valeur : près de 500 euros. Et les organisateurs de la SaintéLyon ont offert les dossards.

Mahdi, Alseny, Rauf et Amir prendront le départ de Saint-Étienne samedi à 23h30 pour quatre relais (16km – 450m D+, 12 km – 400m D+, 22 km – 650m D+ et 22 km – 300m D+). "Ils ne sont pas là pour se balader, s'enthousiasme Cyrille Jeancler, leur coach. Ils ont la niaque !" Objectif : terminer en 7 ou 8 heures, dans le Top 100. Le froid et la neige ? « Ils ont vécu des choses si difficiles, comme les naufrages en Méditerranée, qu'ils on mental à toute épreuve !".

Pour les suivre : dossard 990330 sur saintelyon.livetrail.net .

La petite histoire de la SaintéLyon
SaintéLyon ()
Tout commence les 26 et 27 janvier 1952. Le Cyclotouriste Lyonnais, créé en 1925, décide d'organiser une randonnée entre Lyon et Saint-Étienne dans le but de "maintenir l’entraînement physique des cyclotouristes qui auront beaucoup moins de difficultés à retrouver la "cadence" si l'hiver n'a pas été pour eux une longue période d'inactivité". Le club cycliste lyonnais reconnaît s'être inspiré de l'épreuve de marche Roanne-Thiers (57 km), de vingt-huit ans son aînée, organisée par Cyclo Magazine. Pour cette 1re édition, ils sont 15 partants à s'élancer dans une épaisse couche de poudreuse. Le règlement est clair : le raid se fait en deux étapes et il est interdit de courir. "Après 12h38 de marche, ils seront cinq à franchir en tête la ligne d'arrivée" écrit Benjamin Steen dans son livre La SaintéLyon, 60 ans d'histoires (éd. Le Progrès). En 1972, le raid se fait en une seule étape. Deux ans plus tard, il se fera de nuit.
"Style libre"
En 1976, ils sont 400 à prendre le départ qui est désormais donné de Saint-Étienne. Scandale cette même année : les cinq premiers sont soupçonnés d'avoir couru. En 1976, la marche pédestre devient course à pied en "style libre". Deux ans plus tard, ils sont 2 000 inscrits (pour à peine 1 160 finishers). Avec l'essor du jogging en France à la fin des années soixante-dix (de cinq courses au calendrier en 1971, on en recense 500 en 1978 et 3 500 en 1985), ce qui va devenir la SaintéLyon (appellation officielle en 1991) explose les compteurs : 4 000 partants en 1980 (1 614 finishers). Dans les années 90, l'épreuve est à bout de souffle. En 2001, la course est reprise par Extra Sports. « On a tout de suite senti le potentiel incroyable de cette épreuve de par son histoire, de par la mode du trail et de l'ultra qui étaient en pleine émergence" explique Michel Sorine, son directeur général.
"L'impression d'être en boîte de nuit au milieu du désert"
En 12 éditions, Extra Sports multiplie par 10 le nombre de participants. Le Vieux raid se hisse parmi les plus grosses courses nature de France. Ils seront 17 000 samedi soir à s'élancer sur l'un des sept formats de course proposés. "La SaintéLyon, c'est mettre de l'aventure dans sa vie, même si, au départ, on a plutôt l'impression d'être en boîte de nuit en plein milieu du désert."

 

Les prétendant(e)s au titre

La SaintéLyon, épreuve mythique s'il en est, attire de plus en plus d'athlètes de haut niveau. Preuve, une fois n'est pas coutume, sur cette 64e édition qui, pour les élites, est un peu le champignon sur la bûche (de Noël), clôturant leur saison.

"On a une grosse densité au niveau du plateau élites hommes et femmes qui va s'aligner au départ de l'épreuve reine de 72 km" expliquent les organisateurs.

Chez les hommes, Emmanuel Meyssat (vainqueur sortant et champion de France de trail court 2017), Benoît Cori (double vainqueur 2013-2015), Emmanuel Gault (quatre fois 2e de la SaintéLyon et vainqueur 2017 de l'Eco-Trail de Paris)), Thibault Baronian (vainqueur 2017 de la Skyrhune et de la Red Bull 400 Courchevel), Davide Cheraz (cette année, 11e Marathon du Mont-Blanc et 5e de l'OCC). Chez les femmes, ça promet aussi

Caroline Chaverot (7e Hardrock 100, 12e Lavaredo Ultra Trail), Juliette Benedicto (vainqueur SaintéLyon 2016) ou encore Sylvaine Cussot (cette année, 2e Eco-Trail de Paris, 2e Ceven Trail)...

La SaintéLyon en chiffres
SaintéLyon ()
· 64e édition
· 7 formats de course (12 km, 22 km, 44 km, 72 km et 3 relais)
· 50% route 50% trail
· 1 million d’euros de budget
réparti en 75 % d’inscriptions, 25 % de sponsoring et 5 % de subventions publiques
· 600 bénévoles
· 37 ans d'age moyen
· 53% de 25-40 ans
· 27 nationalités représentées
· 30 000 visiteurs attendus sur le salon (3 000 m2, 120 exposants)60 médecins, infirmiers, podologues, ostéos + PC médical5 000 m2 de structures montées sur les ravitos et à la halle Tony-Garnier
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