Décines : le bureau de vote dans un lieu lié au gouvernement turc ?


Par Moran Kerinec
Publié le 07/04/2017  à 10:42
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Du 27 mars au 9 avril, les ressortissants turcs à l’étranger ont été invités à participer au référendum constitutionnel organisé par Ankara. En Rhône-Alpes, ce sont 69 000 membres de la communauté turque qui sont concernés. Ce jeudi, 21 000 d’entre eux avaient déjà fait le déplacement pour glisser leur bulletin dans l’urne.

En France, la communauté turque est estimée à 600 000 ressortissants.
Moran Kerinec
En France, la communauté turque est estimée à 600 000 ressortissants.

Dans un hangar de Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, les ressortissants turcs de la région Rhône-Alpes viennent participer au référendum organisé par le président Erdogan pour renforcer, ou non, ses pouvoirs. À l’heure de midi, une cinquantaine de personnes sont présentes dans la salle. Sous le regard d’un portrait géant d’Atatürk, une petite fille attend sa mère partie derrière l’isoloir. Il y beaucoup plus de monde le reste de la semaine, et surtout en week-end, assure Ismail, membre du bureau de vote.

Un bâtiment plus pratique, mais moins laïque ?

Cette année, et contrairement aux législatives de 2015, ce n’est pas au consulat turc de Lyon que s’effectue le vote, mais dans un hangar de la zone industrielle de Décines-Charpieu. C’est une question d’accès, justifie le vice-consul Cevdet Aydin, les dernières élections ont été une catastrophe pour le quartier et les électeurs. Ici, il y a un parking, et surtout de l’espace. Qui plus est, difficile de trouver une salle ouverte quatorze jours d'affilé pour accueillir les électeurs. Accusé par Valeurs Actuelles d’avoir ouvert un bureau de vote dans une mosquée, le sujet porte à rire dans le hangar : regardez autour de vous, vous voyez des tapis de prière ?, interroge Ismail, légèrement moqueur.

Un point de vue que ne partage pas un jeune turc d’origine kurde, une population stigmatisée par le gouvernement d’Ankara. Étudiant à Lyon 2, il ne se confie qu’à distance du bureau de vote. Derrière ce choix d’emplacement, le jeune homme soupçonne une couleur politique. L’imam et la forte communauté turque du quartier auraient tendance à voter en faveur du gouvernement”, évoque-t-il discrètement. Car le hangar appartient bel et bien à la DITIB (l’Union Turco-islamique des Affaires religieuses), fondée par le gouvernement d’Ankara. Cette organisation a pour mission de développer la pratique de la religion, la construction de mosquées et de former des imams en Turquie pour les envoyer prêcher à l’étranger.

Une confusion entre lieux de culte et activités politiques

Ce mélange des genres interroge sur la neutralité du scrutin. Évidemment, le choix n’est pas anodin”, commente Thierry Lamberthod, co-président de l’association Amitiés Kurdes de Lyon & Rhône-Alpes. Je reconnais les motifs du consulat, le lieu est pratique, nuance-t-il, “mais beaucoup d’associations ont critiqué que ce ne soit pas un bâtiment laïque”. Parmi ces associations, le Conseil Démocratique Kurde en France qui considère la procédure inéquitable. Il y a beaucoup de Kurdes non-religieux dans la région Rhône-Alpes, cela peut les dissuader d’aller voter dans un lieu qui n’est pas neutre, explique la porte-parole du CDKF

Le député Les Républicains de la circonscription, Philippe Meunier, a déploré dans une lettre au ministre de l’Intérieur Matthias Felkl la décision de l’État d’autoriser cette décision. “Il est dangereux d’entretenir la confusion entre lieux de culte et activités politiques”, a-t-il fait valoir.

Si, d’après le vice-consul, ce référendum n’aura pas d’impact direct sur la diaspora turque à Lyon, pour la Turquie, ce sont des prises de décision qui vont s'accélérer, un président responsable de tous ses actes ! Le jeune étudiant Kurde ne partage pas son enthousiasme :  La Turquie est de moins en moins une démocratie, se désole-t-il, Erdogan veut plus de pouvoir pour dominer le pays, et écraser les autres partis. Une opinion fataliste que partage Thierry Lamberthod, tout juste revenu du Kurdistan, où il a pu constater l’impact des dernières décisions d’Erdogan : “De toute façon, que le oui ou le non l’emporte, il y aura encore plus de répressions.”

 

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