Ce qu’il faut retenir du deuxième tour des législatives à Lyon


Par Paul Terra
Publié le 19/06/2017  à 19:06
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Dans le sillage d’Emmanuel Macron et avec le soutien de Gérard Collomb, La République en Marche réalise le grand chelem dans la métropole. Sur les 14 circonscriptions du Rhône, les candidats du président de la République en raflent 12. La droite sauve l’honneur grâce aux territoires ruraux, mais a vu ses cadres (Fenech, Meunier ou Cochet) balayés. À la gauche de la gauche, Nathalie Perrin-Gilbert se prend à rêver pour 2020. Pour Najat Vallaud-Belkacem en revanche, ces législatives marquent un coup d'arrêt.

L’Assemblée nationale © DR
L’Assemblée nationale.

Le grand chelem d’En Marche et de Gérard Collomb

À Lyon et dans la métropole, les candidats de Gérard Collomb ont réalisé un score historique. Les 12 circonscriptions de la métropole battent désormais pavillon de La République en Marche. Conséquence logique de cette vague macroniste, les quatre circonscriptions du Rhône ont été remportées par les candidats piochés par Gérard Collomb dans sa majorité municipale : Anne Brugnera, Hubert Julien-Laferrière, Jean-Louis Touraine et Thomas Rudigoz. Pour ces quatre-là, la messe semblait dite depuis le premier tour. Mais la confirmation de la victoire dans la 4e circonscription, un bastion de la droite sur lequel Gérard Collomb se cassait les dents depuis 2001, a embelli la soirée lyonnaise des “marcheurs” : Anne Brugnera a sèchement battu la députée sortante, Dominique Nachury. La droite lyonnaise n'a donc plus de parlementaires. Si on a ce si bon résultat, c'est grâce à la dynamique du président Emmanuel Macron, mais aussi grâce au travail que fait Gérard Collomb depuis de nombreuses années dans la métropole”,estimait dimanche soir Thomas Rudigoz, nouveau député de la 1re circonscription.

Personnalités LREM sur les quais du Rhône, le 18 juin 2017 © Tim Douet
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En Marche sur les quais du Rhône, le 18 juin 2017.

Ce grand chelem sur l'agglomération lyonnaise permet à Gérard Collomb d'aborder sa succession à la présidence de la métropole de Lyon en toute tranquillité. Philippe Cochet, le président du groupe LR, a été balayé par Blandine Brocard, la candidate LREM, qui était soutenue par de nombreux maires du groupe Synergies. Lesquels n'ont pas à regretter ce lundi matin leur choix. Les conquêtes de la droite aux municipales de 2014 ont été invalidées par les législatives de 2017, à l'exception notable de Rillieux-la-Pape. Gérard Collomb a aussi circonscrit le périmètre de la fronde socialiste à Villeurbanne. Il a su préserver les socialistes sceptiques quant à la démarche d'Emmanuel Macron en investissant Anissa Khedher dans la 7e circonscription, sur le conseil d'Annie Guillemot, ou Yves Blein dans la 14e.

La droite en miettes

Philippe Meunier, Patrice Verchère et Philippe Cochet (de gauche à droite) à la préfecture du Rhône – élections régionales 2015 © Tim Douet
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Philippe Meunier, Patrice Verchère et Philippe Cochet (Les Républicains) en décembre 2015.

Ils avaient pris l'habitude de se réunir entre Lyonnais dans les derniers rangs des travées du palais Bourbon. Georges Fenech, Patrice Verchère, Philippe Cochet, Christophe Guilloteau et Philippe Meunier chassaient en meute sur les bancs de l'Assemblée nationale. Ce gang des Lyonnais a explosé le 18 juin au soir. Dans le Rhône, le parti Les Républicains a perdu six circonscriptions. Il sauve l'honneur avec les réélections de Patrice Verchère (8e) et Bernard Perrut (9e), toutefois les deux ont tremblé. Le parti de droite ne repart pas bredouille – un scénario plausible au soir du premier tour – mais se retrouve amputé de presque tous ses cadres locaux : Philippe Cochet, Georges Fenech et Philippe Meunier ont été emportés par la vague Macron. Alors que Les Républicains fondaient beaucoup d'espoirs sur la succession à Gérard Collomb à la métropole, la claque du 18 juin sonne le glas de leurs illusions. Le rapport de force révélé par les urnes est clair : La République en Marche a gagné les 12 circonscriptions de la métropole de Lyon. La ligne droitière est en échec : Jérôme Moroge, Philippe Meunier, Philippe Cochet ou encore Anne Lorne (évincée dès le premier tour). Les profils plus centristes comme Nora Berra ou Laurence Balas n'ont pas eu plus de chance. Les territoires ruraux ont sauvé la droite de la débâcle. Patrice Verchère note ainsi que les deux communes de la métropole de sa circonscription l'ont desservi : "Je viens de la ruralité et ça m'a sauvé ce soir." Idem pour Bernard Perrut, qui rempile pour un quatrième mandat.

Dimanche soir, les rares élus LR qui ont eu le courage de passer à la préfecture évoquaient la reconstruction de leur parti. Elle ne se fera pas qu'au niveau national. Localement, Les Républicains, après leurs victoires aux régionales de 2015 et aux municipales de 2014, ont rechuté. À Lyon, la droite a perdu la 4e circonscription, pourtant réputée pouvoir résister à toutes les vagues. Dans les trois autres circonscriptions lyonnaises, les électeurs leur ont préféré, pour le second tour, des candidats de la gauche radicale.

Pause forcée pour Najat Vallaud-Belkacem

Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, avec la ministre Najat Vallaud-Belkacem, en 2014 © Tim Douet
© Tim Douet
Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, avec la ministre Najat Vallaud-Belkacem, en 2014.

En choisissant Villeurbanne comme terre élective, Najat Vallaud-Belkacem avait fait le choix de la prudence. Sur cette terre socialiste, la droite, comme à Lyon, se perd de divisions en défaites. La menace pour elle n'est apparue que tardivement. L’“ovni Macron”, comme elle l'avait surnommé, lui a été fatal. Bruno Bonnell l'a très nettement battue au second tour des législatives (60% contre 40% pour la candidate PS). L'ancienne ministre de l'Éducation nationale vit donc le premier contretemps majeur de sa carrière politique, qui épousait jusqu'au 18 juin une pente ascendante.

Le rebond passera pour elle par les municipales de 2020 à Villeurbanne ou par les régionales de 2021, voire les européennes de 2018 qui vont, pour une fois, être prisées de tous les ténors de la gauche balayés aux législatives. Son avenir à court terme passe par le PS. Elle veut jouer un rôle dans sa reconstruction. Durant la campagne, elle demandait aux Villeurbannais de l'élire pour qu'elle puisse jouer un rôle très important dans la refondation du PS. C'est raté pour elle, mais pas rédhibitoire. Beaucoup d'autres cadres nationaux du PS ont connu le même sort.

Derrière l'échec de Najat Vallaud-Belkacem à Villeurbanne, on peut aussi lire celui de Jean-Paul Bret. Le maire PS de Villeurbanne l'avait choisie pour succéder à Pascale Crozon et soutenue activement durant toute la campagne. L'effet Najat, cumulé à l'effet Bret, n'a même pas limité la vague Macron par rapport aux autres circonscriptions de la métropole. "Ce soir, on s'est rendu compte que Jean-Paul Bret ne pèse pas grand-chose à Villeurbanne", se réjouissait un “marcheur” lyonnais dimanche.

Perrin-Gilbert pose ses jalons pour 2020

Nathalie Perrin-Gilbert à la préfecture du Rhône, le 18 juin 2017 © Tim Douet
© Tim Douet
Nathalie Perrin-Gilbert à la préfecture du Rhône, le 18 juin 2017.

Nathalie Perrin-Gilbert n'a pas été élue députée de la 2e circonscription ce dimanche soir. À la voir arriver à la préfecture en fin de soirée, on aurait pu en douter. Comme au soir du premier tour, elle était probablement plus euphorique que les candidats de La République en Marche qui ont intégré que leur succès devait plus à Emmanuel Macron qu'à leur campagne de terrain. C'est en se tournant vers l'avenir que Nathalie Perrin-Gilbert jubile. Maire du 1er arrondissement, qu'elle a conservé en se présentant contre Gérard Collomb en 2014, elle confirme avec ses législatives son ancrage fort (60% des voix sur l'arrondissement). Dans le 4e, l'arrondissement de David Kimelfeld, désormais dauphin officiel de Gérard Collomb, Nathalie Perrin-Gilbert fait jeu égal avec Hubert Julien-Laferrière (LREM). La maire Gram du 1er note aussi que le 9e, l'arrondissement historique de Gérard Collomb, devient plus réceptif à la gauche radicale. La candidate défaite de la gauche de la gauche se prend désormais à rêver pour 2020. Elle note aussi les bons résultats d'Elliott Aubin, son adjoint à la mairie d'arrondissement, dans la 1re circonscription.

 

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Vos réactions
1 commentaire

L'abstention est à 60%, il est là le « raz-de-marée ». Mais cela ferait un article trop court, et dégainer le fameux "Ce qu'il faut retenir" ne masquerait plus les limites de votre réflexion.

Allez, The show must go on!

Signaler un abus | le 20/06/2017  à 10:48 | Posté par  Pifpafpoum  
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