Lyon : les vraies origines du 8 Décembre - Fête des Lumières


Par Florent Deligia
Publié le 08/12/2017  à 09:54
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La peste, la guerre contre la Prusse, l’inauguration de Fourvière ? Avec le temps, les origines des illuminations du 8 Décembre se mélangent dans les esprits. Au-delà de l’histoire officielle et de la tradition, il existe des événements oubliés qui sont à l’origine de la Fête des lumières.

Statue de la Vierge Marie à Fourvière © Tim Douet
© Tim Douet

(article initialement publié le 8 décembre 2016)

Contrairement aux idées reçues, le 8 Décembre et ses illuminations n’ont pas pour origine le vœu des échevins demandant à la Vierge de protéger Lyon contre la peste (ou le scorbut, comme certains historiens l’avancent aujourd’hui) en 1643, ni celui de 1870 l’implorant d’empêcher les armées prussiennes d’envahir la ville.

La tradition lyonnaise puise ses racines dans les fondements mêmes de l’humanité, qui a toujours vu le feu comme un symbole de rassemblement mais aussi de victoire sur le froid et la nuit. N’en déplaise à certains, les illuminations lyonnaises sont millénaires.

Combattues par le christianisme

Pratiquées dans le bassin méditerranéen par les Égyptiens, les Grecs ou encore les Romains, les illuminations se sont d’abord attiré les foudres des premiers chrétiens. Ces derniers n’y voyaient que paganisme et déviance, avant de choisir de les utiliser à leur tour pour faciliter la transition entre les anciens cultes et le leur.

Pendant l’Antiquité, les illuminations marquaient les fêtes et autres glorieux événements. Les habitants des villes ornaient alors leurs fenêtres de lampes et autres lumignons pour célébrer tout ce qui devait l’être. Chez les Gaulois, de grands feux sont allumés à l’occasion de Beltaine, fête organisée le 1er mai en l’honneur des dieux Belenos, Belisama et Lug. Paradoxalement, ce dernier est peu présent à Lugdunum, un transfert s’étantopéré sur Mercure. À Rome, les saturnales, qui se déroulaient mi-décembre, étaient l’occasion de s’offrir bougies et autres flambeaux, tandis que maîtres et esclaves échangeaient symboliquement leurs rôles. Le brassage culturel de Lugdunum était tel que la ville n’a pas dû échapper à ces festivités.

En l’honneur des rois

Les illuminations restent ancrées dans les traditions et perdurent au Moyen Âge et à la Renaissance. Gardant leur symbolique, mais aussi leur aspect pratique. À Lyon, comme dans les autres cités du royaume de France, l’arrivée d’une sommité en ville est marquée par l’illumination de la cité. Sa splendeur et sa réputation s’estiment alors à la qualité et la quantité de ses lumières tandis que, faute d’éclairage public, bougies, lumignons et autres feux d’artifice permettent aussi de baliser les rues. Flambeaux, lumignons et feux d’artifice s’allument alors de toutes parts pour montrer l’amour que porte une ville à son roi. En 1600, Lyon se distingue ainsi en offrant un lumineux accueil à Henri IV et Marie de Médicis à l’occasion de leur mariage.

Des illuminations ont également lieu lors de la signature d’un traité de paix, pour l’inauguration d’une statue ou la naissance d’un héritier du trône. Ainsi, en 1713, à l’occasion de la signature du traité d’Utrecht, la cité brille de mille feux dans la nuit pour fêter l’événement.

La Révolution et l’éclairage au gaz mettent un coup de frein à ces pratiques, que Napoléon III contribuera à remettre à la mode. Les illuminations servent alors de sondage pour mesurer sa popularité dans une ville.

Quand les inondations s’en mêlent

A la fin des années 1840, l’église de Fourvière est en mauvais état. Les âges et les différents bombardements qui ont touché la ville durant la Révolution puis les révoltes des canuts n’ont pas épargné les bâtiments de la ville. Sans que cela soit lié à la moindre demande ou promesse faite à Marie, les autorités religieuses décident alors de faire reconstruire le clocher en plus grand. Pour le parachever, on décide de le surmonter d’une statue majestueuse de la Vierge, de cinq mètres de haut, qui surplombera la ville. Un concours est organisé, qui est remporté par le sculpteur Fabisch. La question du jour de l’inauguration fait débat, il faut qu’il coïncide avec une fête mariale. Le 15 août (Assomption) est déjà pris par le retour de la Saint-Napoléon, décidée par Napoléon III le 16 février 1852.

À Lyon, comme dans d’autres villes, cette nouvelle fête nationale sera marquée par un défilé militaire et clôturée par des illuminations et feux d’artifice. Les autorités religieuses choisissent donc la première fête mariale qui suit dans le calendrier : le 8 septembre. Le souvenir de la promesse de 1643 est bien loin, même si, depuis 1848, la procession a recommencé. Lyon s’inquiète surtout des épidémies de choléra qui sévissent en Europe. Malgré une organisation précise, les conditions climatiques vont bouleverser le programme à plusieurs reprises. Durant l’été 1852, de terribles inondations noient la ville. L’atelier du fondeur de la statue est touché. Il faut repousser les festivités à la fête mariale suivante ! Le 8 décembre, jour de la conception de la Vierge selon la Bible, sera la solution de repli.

Un business dès 1852

La date choisie approche à grands pas. Les autorités religieuses veulent marquer ce jour et comptent sur les effets pyrotechniques et les feux de Bengale pour illuminer la statue.

Cette dernière est cachée sous un drap en attendant d’être dévoilée à toute la ville. De leur côté, les Lyonnais se préparent activement. Les illuminations privées doivent être le clou du spectacle. Les vierges qui ornent certaines façades de la ville sont également apprêtées. Les journaux de l’époque vantent les mérites des vendeurs de lumignons et autres éclairages. Certains font d’ailleurs paraître dans la presse des publicités, marquant le début d’un aspect commercial de la fête. Mais les premières lumières de décembre ne sont pourtant pas dédiées à la Vierge. Le 2 décembre, Napoléon proclame le Second Empire. Des illuminations sont prévues dans toute la France le 5. Lyon ne suivra quasiment pas ce mouvement : la frange ouvrière issue des canuts n’a pas envie de rendre hommage à celui qui lui a volé sa révolution, et les autorités religieuses sont surtout intéressées par le 8 décembre qui arrive. Bougies et lumignons sont donc gardés au chaud pour l’événement.

Les Lyonnais décident, l’Église suit

Le climat va alors rejouer des siennes. Le 8 décembre, de violents orages éclatent. Les autorités religieuses décident de repousser les festivités au dimanche suivant, soit le 12, et demandent aux dévots de ne rien faire. Mais les Lyonnais ne veulent plus qu’onleur dicte leur conduite. Ils ont déjà attendu trois mois et sont têtus : ils feront ce qui était prévu depuis le début. Le 8 au soir, les nuages disparaissent tandis que les flammes des bougies apparaissent aux fenêtres. La foule envahit les rues, et les boutiques qui vendent des éclairages sont prises d’assaut. Le protocole s’inverse : ce ne sont plus les autorités religieuses qui imposent le programme à la ville, mais bien l’inverse. Elles n’ont alors d’autre choix que de suivre et illuminent la chapelle de Fourvière. Les festivités officielles se déroulent enfin le 12 décembre pour ne s’achever que le 19. La tradition retiendra la date choisie in fine par les Lyonnais et pas celle des autorités. En 1854, le 8 décembre est marqué par des illuminations somptueuses à travers toute la France, non pas à cause des fêtes lyonnaises, mais de la reconnaissance du dogme de l’“immaculée conception” de la Vierge par l’Église. Ce n’est donc ni la peste ni la guerre contre la Prusse qui sont à l’origine du 8 Décembre, mais bien l’inauguration du nouveau dôme et de sa statue, ainsi que l’obstination lyonnaise et le rapport des hommes au feu. Quand la ville a décidé quelque chose, rien ne peut s’interposer entre elle et ses choix.

 

 Vierge Marie : les demandes et les promesses

 Selon la tradition, le lien profond entre la Vierge Marie et la ville de Lyon prend naissance à la fin du IIe siècle. Venu d’Asie mineure, saint Pothin serait arrivé à Lugdunum avec une image de la Vierge et l’aurait placée dans une grotte, désormais occupée par la crypte de l’église Saint-Nizier. Ce lien va prendre de la hauteur au XIIe siècle, pour ne plus jamais quitter Fourvière. À cette époque, une chapelle est érigée en haut de la colline, dédiée à saint Thomas de Cantorbéry et à Marie. Progressivement, la figure du premier s’efface pour laisser toute la place à la Vierge. Les habitudes se forgent. À chaque crise, les Lyonnais montent à Fourvière pour demander protection. Guerres, maladies, catastrophes naturelles et fortunes diverses, toutes les occasions entraînent requêtes et promesses.
 En 1638, quand une épidémie de scorbut menace les enfants de l’Hôtel-Dieu, une importante procession gravit la colline, présageant celle qui marquera les esprits, en 1643. Le 12 mars de cette année-là, craignant une nouvelle épidémie de peste, les échevins demandent à la Vierge de protéger la ville. En échange, ils promettent d’organiser une procession tous les 8 septembre, fête de la nativité de la Vierge. Lyon est épargné, grâce aux progrès de la médecine et à l’héritage de la terrible peste de 1628, qui a poussé la municipalité à établir une organisation rigoureuse. La promesse est cependant tenue. Enfin, le vœu de 1870, formulé pour que Lyon soit épargné par la guerre contre la Prusse, n’a lui non plus rien à voir avec les fêtes du 8 Décembre. À cette occasion, les autorités ont promis de faire construire la basilique de Fourvière, ce qu’elles firent à partir de 1872.
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