Biennale de la danse : XY, du cirque inventif et humaniste !


Par Martine Pullara
Publié le 16/09/2014  à 10:29
Réagissez

Ils sont 22, jeunes, beaux et formidablement généreux. Les circassiens de la compagnie XY provoquent un coup de cœur avec leur création mondiale : Il n’est pas encore minuit… Y courir !

Il n’est pas encore minuit, spectacle de la Cie XY à la Biennale de la danse 2014 © Christian Ganet
© Christian Ganet

Illustrant une des thématiques de cette 16e Biennale, qui invite le cirque, la compagnie XY est l’exemple émouvant et jubilatoire d’un travail qui innove sur l’évolution de l’acrobatie. Elle fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui intègre l’écriture chorégraphique (sans pour autant revendiquer faire de la danse) à leur savoir-faire circassien, rendant cette pièce unique en son genre.

Leur spécificité première est d’être un collectif (ils sont 22 à décider ensemble de ce qu’ils créent et recherchent), la seconde est qu’ils sont tous acrobates porteurs ou voltigeurs, les portés et la construction de pyramides humaines très impressionnantes étant le fondement de leur métier. Le collectif leur permet de démultiplier les possibles et de prendre plus de risques. Et des risques, il y en a !

Prise de risques

Il n’est pas encore minuit, spectacle de la Cie XY à la Biennale de la danse 2014 © Christian Ganet
© Christian Ganet

Jetés très haut sans filet au sol sauf les mains et les corps des compagnons, déviations de trajectoire, doubles ou triples pyramides constituées de quatre ou cinq interprètes qui projettent des sauts croisés. Portés et réceptions à bout de poignets avec des appuis de pied sur les épaules en juste équilibre, triples roulades en l’air avec réception en bout de pyramide, lancés en diagonale d’un groupe à l’autre. Bref, il faut le voir pour le croire. Le risque est fréquent, mais il s’abandonne à la confiance au groupe qui, tout en étant protecteur, est aussi le point d’ancrage de nouvelles envolées.

Pour cette pièce, le collectif contrebalance ses constructions aériennes avec un travail plus au sol, en jouant sur les rythmes du Lindy Hop, une danse des années 1920 née à Harlem, histoire de retrouver une autre légèreté mais aussi que les corps se relâchent et se rechargent d’une énergie qu’il nous renvoie sans faille.

Du cirque à la danse

Sans doute le regard extérieur du chorégraphe Loïc Touzé y est-il pour beaucoup, mais on a vraiment la sensation, malgré les difficultés et la dangerosité de certains passages, de voir un spectacle de danse qui s’écrit dans les airs et s’empare d’un nouveau territoire que nos sens se régalent de découvrir.

Les corps sont étonnamment fluides, sachant parfois prendre une infime impulsion par un affleurement de nuque sur une épaule pour glisser sur les muscles de celui qui porte, concentré sur l’effort d’un enracinement maintenant l’équilibre. Ici, le cirque devient sensualité pure. L’espace suspendu dans le vide ressemble à une page vierge sur laquelle des calligraphies humaines se meuvent comme des figures liées ou déliées.

Le positionnement de chaque membre du collectif est balisé au millimètre près alors qu’ils sont constamment 22 sur scène, des masses humaines se constituent en divers endroits et libèrent les corps. On devine ainsi que l’écriture mûrit à l’intérieur d’un groupe qui n’est fermé qu’en apparence pour se métamorphoser lors de son émergence. Ça foisonne, ça va dans tous les sens et c’est incroyablement lisible et cohérent.

L’air de rien… un spectacle engagé

Ce spectacle est à lui seul une leçon de partage, avec un collectif qui crée une matière humaine en même temps qu’une matière artistique. Pas de leader, pas de frime, aucun effet scénique. Juste des corps à l’état brut et des artistes engagés qui expérimentent au travers de leur art une nouvelle forme de vie en société, plus solidaire moins individualiste. On perçoit tout le travail d’approches, de tentatives, d’inventions avec cette notion d’intégration de l’autre, de ses différences et ce qu’il peut apporter au groupe. En attendant, ils nous donnent sans compter et on en redemande !

Il n’est pas encore minuit, compagnie XY.
Mardi 16 septembre à 20h30, merc. 17 et jeudi 18 à 21h, au théâtre des Célestins. Réservations (pour mercredi et jeudi) sur le site de la Biennale de la danse 2014.

 

Lire aussi : Biennale de la danse, ce qu’il ne faut pas rater”

 

  • Actuellement 0 sur 5 étoiles
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Note : 0/5 (0 note(s) attribuée(s))

Merci d'avoir participé !

Vous avez déjà noté cette page, vous ne pouvez la noter qu'une fois !

Votre note a été changée, merci de votre participation !

Partagez cet article :   Twitter Facebook Google Plus email

à lire également

Vos réactions
0 commentaire

Il n'est pas possible de poster des commentaires au-delà de 60 jours après la publication de l'article.