Danse : Le corps en fracture de Cherkaoui


Par Aurélie Mathieu
Publié le 15/05/2017  à 13:17
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Sidi Larbi Cherkaoui revient à Lyon avec Fractus V. Cherchant dans la dislocation des corps la réappropriation d’une pensée humaine qui refuse la manipulation.

Fractus V – Chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui © Filip Van Roe
© Filip Van Roe
Sidi Larbi Cherkaoui / Fractus V.

 

Sidi Larbi Cherkaoui veut démontrer que l’individu est en porte-à-faux par rapport à la société. La pièce s’inspire de textes du linguiste et penseur politique américain Noam Chomsky. “En incorporant ses idées à ma propre réflexion, explique le chorégraphe, j’arrivais à la conclusion que l’individu ne peut s’armer contre la propagande politique et sociale qu’en examinant minutieusement les informations. Nous sommes submergés chaque jour de nouvelles qui tentent d’agir sur nos pensées ; filtrer tout cela et ne pas croire tout simplement ce qu’on nous fait ingurgiter est un exercice d’une grande intensité.” À l’intérieur de ce thème, Sidi Larbi Cherkaoui aborde aussi la liberté d’expression, qui brise selon lui tous les tabous, avec des vérités qui nous assaillent, nous laissant dans l’incapacité de les absorber ou de les situer dans le contexte adéquat.

Diversité, dislocation, force nouvelle

Fractus V est interprété par cinq danseurs au parcours peu ordinaire : le Français Dimitri Jourde, formé aux arts circassiens, l’Américain Johnny Lloyd (musicien à l’origine) qui vient du lindy hop, l’Espagnol Fabian Thomé Duten, qui démarra comme danseur de flamenco, et Patrick Williams Seebacher, rompu au hip-hop et aux battles de breakdance. À cela s’ajoute la richesse du propre parcours de Cherkaoui, qui le mène à explorer sans cesse tous les langages chorégraphiques, du contemporain à la danse traditionnelle. Le pari est de constituer une réelle communauté qui trouve son sens avec toutes ces différences, qui sera accompagnée sur scène par le percussionniste et chanteur japonais Shogo Yoshii, le chanteur et musicien coréen Woojae Park et le joueur de sarod virtuose indien Soumik Datta. C’est ce croisement de cultures et d’individus, en apparence à l’opposé les uns des autres, qui définit Fractus V d’abord comme un spectacle exprimant l’idée d’une dislocation, d’une rupture nécessaire à l’émergence d’une force nouvelle. Celle qui permettra à chacun de s’affirmer pleinement à partir de ce qu’il est et de ce qu’il ressent intérieurement pour s’extraire d’une pensée et d’un corps manipulés.

Sidi Larbi Cherkaoui / Fractus V
Mardi 16, jeudi 18 et vendredi 19 mai à 20h30 + mercredi 17 à 19h30, à la Maison de la danse.

 

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