Journée contre la peine de mort : l’Iran en tête de peloton


Par Alex Taraj, président de l’Association des Franco-Iraniens du Rhône pour la démocratie et la laïcité
Publié le 10/10/2017  à 10:44
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À l’occasion de la Journée internationale contre la peine de mort, le président de l’Association des Franco-Iraniens du Rhône pour la démocratie et la laïcité, Alex Taraj, dénonce dans cette tribune la situation en Iran à cet égard.

Pendaison à Noor, dans le nord de l’Iran, le 15 avril 2014 © Arash Kamooshi / Isna / AFP Photo
© Arash Kamooshi / Isna / AFP Photo
Pendaison à Noor, dans le nord de l’Iran, le 15 avril 2014.

La 15e Journée internationale contre la peine de mort est célébrée ce mardi 10 octobre à travers le monde pour sensibiliser sur cette pratique d’un autre âge. La Coalition mondiale contre la peine de mort, à l’origine de cette journée de mobilisation, a souhaité cette année attirer l’attention sur les raisons pour lesquelles les personnes vivant dans la pauvreté sont plus susceptibles d’être passibles de la peine de mort.

Un pays se place en tête de peloton des États pratiquant la peine capitale : l’Iran. Ce pays compte le plus grand nombre d’exécutions par tête d’habitant dans le monde. Depuis le début de l’année, près de 500 personnes ont été pendues dans ce pays. La plupart ont été condamnées à mort pour trafic de drogue, un fléau qui frappe les couches défavorisées en Iran. Selon les sources officielles, on estime que 25 millions d’Iraniens vivent dans une pauvreté absolue. Le vice-ministre de la Santé a reconnu que “30 % de la population souffrent de la faim et ont du mal à même acheter du pain” (agence de presse officielle Mehr, 19 août 2016).

Sous le premier mandat de la présidence d’Hassan Rohani le nombre des exécutions a dépassé les 3 000, dont plus de 80 femmes, et a été supérieur à la moyenne de son sinistre prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad.

Pour affronter le mécontentement général suscité par le chômage et la pauvreté, le régime a recours à la terreur comme un moyen de gouvernance. Les exécutions ont parfois lieu en public. Cette barbarie est accompagnée d’un dispositif de répression à grande échelle, avec notamment une vingtaine de brigades pour le contrôle du code vestimentaire imposé aux femmes.

En Iran, les jeunes hommes sont passibles de la peine de mort dès l’âge de 15 ans. Et les jeunes femmes peuvent subir le même sort dès qu’elles ont atteint l’âge de 9 ans. C’est écrit dans le Code pénal et la Constitution iranienne. Amnesty International a dénoncé dans un récent appel : “L’Iran est l’un des très rares pays qui continuent d’exécuter des mineurs délinquants, en violation flagrante du droit international relatif aux droits humains, qui interdit de recourir à la peine de mort contre des personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits.” Outre ces faits déjà terribles, la théocratie iranienne multiplie les contraventions à la liberté d’expression. Journalistes et artistes sont régulièrement arrêtés, voire torturés, sans même qu’un mandat vienne justifier leur arrestation. Les plus ciblés sont les opposants et les prisonniers d’opinion.

C’est que le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, suit l’exemple de son illustre prédécesseur, l’ayatollah Khomeiny. Celui-là même qui avait lancé une fatwa (décret religieux) causant la mort de plus de 30 000 citoyens embastillés du pays durant l’été 1988.

La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits de l’homme en Iran, Asma Jahangir, s’est indignée dans son récent rapport sur la répression que subissent les militants et les familles qui cherchent à établir la vérité au sujet du terrible massacre des prisonniers politiques en 1988, reconnu comme un crime contre l’humanité resté impuni. Rompant un silence de vingt-huit ans des Nations unies à ce sujet, elle a écrit : “Au cours des mois de juillet et août 1988, des milliers de prisonniers politiques, d’hommes, de femmes et d’adolescents auraient été exécutés à la suite d’une fatwa émise par le Guide suprême, l’Ayatollah Khomeiny. Les corps des victimes auraient été enterrés dans des tombes anonymes et leurs familles n’ont jamais été informées de ce qu’il leur était arrivé. Dernièrement, certaines personnes évoluant dans les plus hautes sphères de l’État ont reconnu l’existence de ces assassinats. Les familles des victimes ont le droit de connaître la vérité au sujet de ces événements et du sort de leurs proches sans craindre de représailles. Elles ont le droit d’intenter une action en justice, ce qui englobe notamment le droit à des investigations efficaces pour établir les faits et à la divulgation de la vérité, et le droit à réparation.”

Les bourreaux de l’époque constituent les dirigeants d’aujourd’hui dans ce régime théocratique. C’est pourquoi beaucoup d’Iraniens interrogent l’Occident : comment peut-on continuer à fréquenter ce régime comme s’il s’agissait d’un régime normal ? La communauté internationale doit cesser de regarder l’Iran par le prisme du profit et du commerce et s’interroger sur les conséquences de flirter avec un État qui réprime aussi cruellement son propre peuple.

 

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