"Confier toute la collecte des ordures au privé"


Par Jérémy El Mlaka
Publié le 24/03/2012  à 17:46
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Treizième jour de grève pour les éboueurs. Alors que le conflit s'éternise, que le tribunal de grande instance de Lyon s'est fendu, jeudi 22 mars, d'une décision rendant moins aisé l'exercice du droit de grève, Denis Broliquier, maire (Divers droite) du 2e arrondissement de Lyon, souhaite la fin de la régie publique de collecte. Il appelle aussi à une remise en cause de la règle du fini-parti.

LyonCapitale.fr : Vous avez appelé le Grand Lyon à plus de fermeté dans la gestion du conflit social. Qu'auriez-vous fait à la place de Gérard Collomb?

Denis Broliquier : D'abord j'aurais parlé avec les syndicats avant de lancer l'appel d'offre. Il est logique que le retournement de Collomb, qui avait promis ne pas revenir sur cette répartition, soit mal vécu par les agents. Deuxièmement, je n'aurais pas retiré la procédure en référé devant le tribunal, comme Gérard Collomb l'a fait lundi dernier. Des camions avaient été abîmés, des entraves au droit du travail, constatées. Quand on est droit dans ses bottes, on ne commence pas à tergiverser surtout lorsque l'on sait que le nombre de grévistes est inférieur à la moitié du personnel. Le droit de grève existe et ceux qui le souhaitent peuvent l'utiliser. En revanche les 54 ou 56 % de salariés qui veulent travailler, on les laisse travailler y compris par la force.

Quelle est votre position concernant la répartition de la collecte des ordures portée par le Grand Lyon, qui prévoit que les centre-ville de Lyon et Villeurbanne tomberont dans le giron des prestataires privés et que les 57 communes du Grand Lyon seront gérées par la régie publique?

Je suis un élu pragmatique, gestionnaire d'argent public et garant de l’intérêt du contribuable lyonnais. A ces titres, je regarde quelles sont les meilleures solutions pour la collecte des ordures ménagères. Depuis des années, la communauté urbaine de Lyon a décidé que la moitié de la collecte serait effectuée par le privé et que l'autre moitié le serait par le public. Cette répartition version Yalta avait peut-être un sens il y a 30 ans mais plus aujourd’hui. On s'arc-boute sur la règle du 50/50 comme sur un principe fondamental alors que ce qui doit être pris en compte c'est, premièrement la qualité du service que l'on veut; deuxièmement, le prix auquel ce service est rendu et, troisièmement, si ce service respecte les objectifs du Grenelle de l'environnement, c'est-à-dire la réduction de la production des déchets ménagers.

Qui remplit le mieux ces critères ?

Aujourd'hui la tonne ramassée par le public revient à environ 140 euros alors que, collectée par le privé, elle revient à environ 70 euros. Mais il faut savoir que le privé est tenu à des engagements contraignants vis-à-vis du Grand Lyon et qu'il ramasse pratiquement à perte. La différence de prix est telle qu'aujourd'hui il faut se poser la question de savoir s'il y a une réelle différence qualitative entre les deux. Les syndicats disent que les salariés du privé sont mal payés, usés par des conditions de travail déplorables mais les salariés du privé ne disent pas la même chose. C’est un  travail difficile, certes.

Mais ils s’y retrouvent dans les horaires, l'organisation du travail et le bulletin de salaire. Pourquoi vouloir maintenir à tout prix la règle du 50/50 alors que visiblement, à qualité égale, on a des différences de tarifs qui sont extraordinaires ? En l'état actuel, il serait logique de confier toute la gestion de la collecte des ordures au privé. Mais ce n’est pas la seule question. Il faut revoir  l’ensemble de la politique de gestion des déchets : quid de la redevance spéciale, de la mise en œuvre du principe "pollueur-payeur" inscrite dans le Grenelle de l’Environnement, d’une véritable volonté de réduction des déchets… ?

La brigade financière a ouvert une enquête sur des faits supposés de corruption à la direction de la propreté du Grand Lyon qui pourrait avoir favorisé les prestataires privés en matière de tonnages. Qu'en pensez-vous ?

Je n'ai aucune information précise à ce sujet. Je ne dispose que des informations que j'ai lues dans Lyon Capitale. J'ai tout de même fait une enquête pour essayer d'avoir des précisions à partir du moment où la presse nous a alertés sur ces questions mais je n'ai toujours aucun élément probant. Une chose est certaine : il faut plus de transparence sur l’ensemble des comptes. La Cour des comptes l’a elle-même souligné.

Comment vous positionnez-vous par rapport à la règle du fini-parti selon laquelle les éboueurs peuvent quittent leur travail en avance dès lors qu'ils ont terminé leur mission?

Jeudi, j’entendais un représentant syndical dire que les éboueurs ne demandaient pas la règle du fini-parti. Je doute que ce soit un avis partagé majoritairement. Leur journée commence à 6h et s’achève au grand maximum à 11h mais c’est un maximum… Travailler à l'extérieur de Lyon, signifierait  travailler plus loin, donc, mettre plus de temps pour revenir au dépôt… Comme le 50/50 privé public, il faut remettre la question du fini parti sur la table. C'est avant tout une question de santé car les éboueurs se dépêchent de terminer leur travail ; ils se cassent le dos, se fatiguent plus vite. Et plus ils sont jeunes, plus ils veulent aller vite et plus il y a d’accidents. Les statistiques médicales de la médecine du travail le prouvent.

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7 commentaires

Dennis broliquier ne connaît rien au boulot d'éboueur car il a jamais était éboueur moi je suis éboueur c'est pas le fini party qui et en cause mais les geste des éboueur sont répétitif à force on a des dentinite voilà moi je suis un pro dans le domaine

Signaler un abus | le 24/03/2012  à 19:45 | Posté par  pépito69  

Pour une fois, voilà un conflit légitime.
Que ce soit au regard des promesses non tenues, que des enjeux pour le maintien d'un service publique.

Enjeux, pourtant soulevés dans le rapport rendu par la Chambre Régionale de la Cour des Comptes du 30/12/2004.

Avec ce rapport et leur connaissance du fonctionnement interne, les grévistes et responsables syndicaux, devraient aider le parquet et la brigade financière dans leur enquête préliminaire.

Ainsi, pourquoi les pénalités fixées contractuellement ne sont pas appliquées au privé ? (page 15)

Ainsi, pourquoi il n'existe pas de contrôle REEL du tonnage collecté par les entreprises privées ? (page 19)

Ainsi, pourquoi le montant annuel dû au privé, soit réajuster, sur une variation de +/- de 5% du nombre de contribuables à la taxe d'habitation ? (page 23)

Signaler un abus | le 24/03/2012  à 21:01 | Posté par  Yvan, de Lyon  

Je suis d'accord avec le principe de pollueur-payeur mis en avant par Monsieur Broliquier. On constate bien lors de ces grèves qu'il y a certains quartiers résidentiels qui génèrent bien plus d'ordures ménagères que d'autres quartiers résidentiels. Pourtant tout le monde paie la même chose!

Signaler un abus | le 24/03/2012  à 22:01 | Posté par  Sphinx03  

broliquier c'est un clown il dit que c'est un bon gestionnaire alor qu'il dit pas être au courant de la coruption au grand Lyon alor que tout le monde et au courant la preuve que c'est un clown qui profite de l'argent publique

Signaler un abus | le 25/03/2012  à 05:36 | Posté par  pépito69  

Broliquier nous explique qu'en passant le marché au privé, le coût est divisé par deux ! Mais la Taxe sur les ordures ménagères suivra la même baisse ou la différence sera-t-elle gardée par les élus ? Comme cela est le cas actuellement, quand on sait que le coût d'enlèvement des ordures ménagères nous est déjà facturé 20 % de plus que le coût réel ! Mais sur ce sujet, Broliquier et ses amis ne disent rien !
Voir plus d'informations :
http://www.canol.fr/canolpresentatio/rapport-1103a.pdf

Signaler un abus | le 26/03/2012  à 12:32 | Posté par  franois  

la règle du fini-parti :
- J'ai constaté que c'est un ramassage particulièrement bâclé avec de nombreuses ordures rependues sur la voire publique par ceux qui sont supposés les ramassées.
- C'est aussi une conduite particulièrement sportive et agressive, qui représente un danger conséquent et bien réel pour les habitants de Lyon.

Signaler un abus | le 26/03/2012  à 18:55 | Posté par  X  

Monsieur Broliquier a bien raison de remettre en cause la loi/règle du fini-parti.

C'est le cas dans toutes les villes, ils travaillent que quelques heures le matin et sont déjà chez eux entre 10/11h tout en ayant un très bon salaire + avantages. Donc je pense qu'il faudrait mettre des caméras pour les pisté pas de raison. Nous ailleurs on est pisté sans arrêt, 1 minute et on nous fait pas de cadeaux, dans de bon nombre de poste de travail les heures sont à rallonge sans augmentation !

Qu'ils arrêtent de pleurer ces pauvres gentils ouvriers!

Aujourd'hui Collomb Gérard fait appel à l'armée pour ramasser seulement les ordures devant les écoles et maisons de retraites, les autres nous nous ne comptons donc pas à ses yeux :-)

Le jour où vous dirigerez la ville correctement vous nous le direz très cher maire de Lyon !.

Signaler un abus | le 27/03/2012  à 16:30 | Posté par  lyonnais  

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