Essai ProfiLer: Lyon au centre d’un “vrai virage pour la cancérologie”


Par Mathilde Régis
Publié le 08/09/2017  à 15:51
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Un essai mené à Lyon est particulièrement enthousiasmant pour “vraiment changer les choses”. Alors qu’une délégation lyonnaise du centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard est à Madrid pour le congrès mondial ESMO, le docteur Olivier Tredan, spécialiste des cancers du sein, détaille pour Lyon Capitale les avancées permises grâce à l’essai ProfiLer.

Le cancer du sein est toujours en France le 1er cancer chez la femme en termes de nouveaux cas et de mortalité.
Le cancer du sein est toujours en France le 1er cancer chez la femme en termes de nouveaux cas et de mortalité.

Lyon Capitale : Comme de nombreux cancers, le cancer du sein est un véritable fléau. Comment la médecine comprend-elle aujourd'hui cette maladie ?

Dr Olivier Tredan : Nous la comprenons de mieux en mieux parce que nous pouvons mettre en évidence des anomalies moléculaires. Avec le programme ProfiLer, nous allons récupérer l'ADN des tumeurs pour essayer d'en extraire de l'information. Maintenant, on ne parle plus du cancer du sein en général, mais de cancers du sein qui ont telle ou telle anomalie. Nous ne parlons pas des gènes qui font que des familles entières ont le cancer du sein, mais de ceux qui portent les caractéristiques des cellules cancéreuses. Une fois isolées, ces caractéristiques sont pour nous d'éventuels tendons d'Achille à cibler par de nouveaux traitements. C'est pour cela que nous avons redécoupé le cancer en petits groupes de patients, en fonction des anomalies du génome.

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés de modifier l'ADN et de provoquer des cancers sur plusieurs générations, détecter les anomalies que vous évoquez permet-il d'en déterminer la cause ?

Il y a d'autres études qui étudient les causes du cancer mais, dans le cas de l'essai ProfiLer, il s'agit de voir les conséquences, de mettre en évidence les anomalies de l'ADN pour essayer d'en déduire des traitements plus ciblés. Nous ne pouvons pas relier un éventuel élément de l'environnement qui a induit le cancer ou dire pourquoi il y a cette anomalie moléculaire. Nous ne pouvons que la constater, ce qui donne une option de traitement pour les patientes et permet de comprendre comment le cancer fonctionne, comment il évolue ou pourquoi il est agressif.

Cet essai permettra-t-il de développer de nouveaux traitements ?

L'essai peut être effectivement une façon de développer de nouveaux médicaments sur des anomalies qui n'ont pas encore de médicaments dédiés, mais il permet aussi d'utiliser des traitements qui existent déjà mais qui n'ont pas forcément été spécifiquement étudiés dans le groupe de cancer qu'on a en face de soi. Plus de 2 500 patientes ont été incluses dans cet essai, mais malheureusement, in fine, il y a peu de patientes qui ont effectivement bénéficié d'une thérapie ciblée. Comme cela reste expérimental et que nous n'avons pas encore tout un tas de thérapies ciblées adaptées, il y a eu moins de 200 patientes qui ont reçu la thérapie ciblée spécifique de leur cancer. Certaines ont eu de bons résultats, c'est-à-dire un contrôle de leur cancer grâce à cette thérapie ciblée sur l'anomalie moléculaire mise en évidence.

Combien de temps faut-il pour dépasser la phase expérimentale ?

Cela va prendre encore quelques années. L'essai ProfiLer est en train de se terminer, mais il y a l'essai ProfiLer 02 qui vient d'ouvrir, où l'on a une autre hypothèse. Il y a aussi d'autres essais en France et évidemment dans le monde qui continuent à explorer l'idée qu'il faut disséquer le cancer au niveau moléculaire, au niveau des anomalies du génome, pour pouvoir trouver les traitements les plus adaptés, des traitements "à la carte". C'est ce qu'on appelle la médecine de précision et c'est probablement l'avenir pour le cancer. L'essai ProfiLer est enthousiasmant, car cela nous ouvre des perspectives pour la prise en charge thérapeutique des patients. C'est un vrai virage pour la cancérologie de demain. C'est ce qui ressort de ProfiLer, que ça peut vraiment changer les choses. On ne va plus traiter un cancer du sein en tant que tel, on va traiter un cancer du sein qui a telle ou telle anomalie moléculaire, et qui doit donc avoir telle ou telle thérapie ciblée.

 

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