La tournée du capotier (vidéo)


Par L. Burlet, T. Bernardi
Publié le 22/09/2010  à 09:36
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Jérôme Bénozillo en 2007. Depuis, il fait fabriquer ses préservatifs sous sa propre marque, “Le capotier” © Fabrice Caterini
Jérôme Bénozillo en 2007. Depuis, il fait fabriquer ses préservatifs sous sa propre marque, “Le capotier” © Fabrice Caterini

Il est commerçant, avec une clientèle bien particulière : les prostituées de Lyon et des alentours.

De Mâcon (au Nord) à Valence (au Sud), il connaît presque toutes les femmes car c’est lui qui leur vend les préservatifs et les accessoires nécessaires à leur travail. Un métier qu’il exerce un peu par hasard. Son idée initiale était de vendre des préservatifs aux bureaux de tabac mais ça n’a pas marché. Son stock sur les bras, il s’en est allé voir les prostituées. Depuis, il a élargi la gamme : préservatifs simples et renforcés, sextoys, draps, gel hydroalcoolique et bougies. “Elles apprécient surtout la discrétion que je leur permets. Au lieu de se faire remarquer à la pharmacie ou au supermarché.” Au fil des années, cet ancien vendeur de matelas techniques est devenu l’un des spécialistes de la prostitution lyonnaise. Il connaît particulièrement les filles en camion.

Une soirée de travail ordinaire

Comme tous les soirs, la tournée de ce jeudi commence à 22 heures. Le Volvo break s’avance dans les rues sombres de Gerland. Un appel de phares, un coup de klaxon, il s’arrête. “Celle-ci, je sais, elle préfère les préservatifs à la fraise. C’est mieux pour les fellations.” Rue Pré-Gaudry, le nouveau lieu de grande concentration des camionnettes, il court d’une cliente à une autre : essentiellement pour des préservatifs et des bougies qui leur servent de chauffage et de lumière d’appoint. “Jérôme, tu peux passer ?” L’oreillette vissée dans l’oreille, le capotier continue à prendre des commandes. Il se dirige maintenant vers la rue Cartheret et le parc de l’Artillerie qui restent des hauts lieux de la prostitution malgré l’arrêté municipal.
“Je ne travaille que sur leur demande. Je ne démarche pas, précise-t-il. Sinon je tombe pour proxénétisme. Un jour, j’ai déplacé une camionnette d’un mètre. Une voiture de police passait par là. Il m’ont menacé de me passer les bracelets si je recommençais”.

Défenseur de leurs droits

Au gré des commandes et des livraisons, il s’est “attaché” à toutes ces femmes, au point d’être devenu un militant résolu de l’amélioration de leur condition de travail. Il reprend un discours que l’on entend très souvent chez certaines personnes prostituées. Il n’a pas hésité à le dire à plusieurs reprises aux représentants de l’État lors des réunions publiques : “La plus grande des erreurs serait d’interdire la prostitution. Si on l’interdit, où vont-aller tous les détraqués, tous les cabossés de la vie ?” Lui aussi souhaiterait que l’on abroge la loi sur le proxénétisme pour que ces femmes des camionnettes puissent bénéficier d’un terrain où mettre en toute tranquillité leur camionnette. “La police, au lieu d’embêter les filles, pourrait discrètement surveiller les clients”. 

Car parfois, Jérôme Bénozillo a peur. “Quand je vois des jeunes qui viennent à quatre, éméchés, et qui passent les uns à la suite des autres, je me dis qu’elles ont du mérite”. La tournée s’achève sur une note moyenne : huit boîtes de 144 préservatifs, 15 rouleaux de draps d’examen et 800 bougies vendues. “Heureusement que le week-end les tournées sont meilleures”. Pour élargir sa clientèle, le “capotier” répond désormais aux appels d’offre. Il fournira 700 préservatifs à un hôpital du Nord de la France.

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