La pénalisation des clients de prostituées : une idée qui fait son chemin


Par Laurent Burlet
Publié le 17/12/2010  à 01:26
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A l’occasion de son déplacement à Lyon, jeudi 16 décembre, nous en savons un peu plus sur "la mission d’information sur la prostitution en France", créée en juin 2010. Nous en connaissons son but : poser la "question éludée" du "client prostitueur" et y répondre, en le sanctionnant au moins par une amende. Son rapport doit être rendu en mars 2011.

C’est dans les salons de la préfecture du Rhône que la "mission (parlementaire) d’information sur la prostitution en France" a posé ses carnets et ses stylos pour auditionner les institutions et personnes sur la question. Pour son premier déplacement, la socialiste Danielle Bousquet (présidente) et l’UMP Guy Geoffroy (rapporteur) entendaient replacer tout de suite les choses dans leur contexte pour cette première conférence de presse.

Le client, au cœur du "triptyque de la prostitution"

"Nous allons rendre compte de la manière dont nous souhaitons que la France se positionne en matière de prostitution", engage Danielle Bousquet. Une position qui doit s’articuler également autour de la figure du "client prostitueur", selon ses termes. "A aucun moment on évoque la question du client. La prostitution est pourtant un triptyque, avec comme un des pieds majeurs, le client", lance la députée Bousquet. C’est le député Geoffroy qui se charge de détailler ce "triptyque" : "il y a tout d’abord, la personne prostituée qui est la victime. C’est le point de départ que nous estimons le plus solide. Il y a, ensuite, à côté, une pression évidente de la part de proxénètes et de réseaux, dans la grande majorité des cas. Et jusqu’à maintenant, il manque un troisième acteur, le client prostitueur. Pour nous, il faut le réintègrer".

Cette "mission d’information" se place donc clairement du côté d’une vision abolitionniste de la prostitution, alors que, comme le reconnaît Guy Geoffroy, d’autres défendent l’idée qu’une prostitution comme une "activité par choix" existe.

Prévention, éducation et pénalisation du client

Danielle Bousquet et son collègue sont d’accord pour qu’il y ait également trois volets dans cette approche. Évidemment, Danielle Bousquet, qui s’est déjà exprimé sur le sujet du "client prostitueur" dans le magazine ELLE, lorgne du côté de la Suède. La "mission d’information" s’y rendra prochainement, avant d’aller également au Pays-Bas et en Espagne. Au bout des ces voyages, il y a aura une proposition de loi qui visera la création d’un nouveau délit : être client d’une prostituée. "Education, prévention et pourquoi pas une amende. En tout cas quelque chose de largement dissuasif comme en Suède", insiste Danielle Bousquet.

S’il est moins marquant, le volet "prévention et éducation" n’est pas négligé par les deux députés. "Un travail d’éducation doit être mené sur le fait que le corps d’autrui ne se loue pas et ne s’achète pas", déclare la socialiste. "Et que son propre corps n’est pas totalement à la disposition de la personne", ajoute l’UMP. Et la socialiste de compléter : "La prostitution, c’est le fait que je loue mon corps à un moment donné. Nous souhaitons remettre au cœur de la législation sur la prostitution ce principe éthique là".

Le collectif de prostituées, l’oublié du déplacement

Pour cette unique journée d’audition, outre un sous-préfet, des avocats, des policiers, des travailleurs sociaux et des associatifs de toutes tendances, les deux députés ont promis de rencontrer, à Lyon, des personnes prostituées. Mais ils n’ont pas rencontré les personnes prostituées qui se mobilisent depuis un an, notamment contre la politique d’arrêtés municipaux qui pénalisent leur activité en camionnette. La députée socialiste a pourtant souligné que, pour elle, la spécificité lyonnaise de la prostitution est qu’"historiquement, dans les années 70 et 80, il y a une voix forte des prostituées qui exigeaient des droits".

Karen, prostituée en camionnette dans le quartier de Gerland est l’une des porte-parole de ce collectif. Elle réagit vivement à la venue de cette "mission d’information" : "quand on parle de prostitution, la meilleure chose, c’est de rencontrer les personnes les mieux informées sur la prostitution. C'est-à-dire, les prostituées elles-mêmes. Peut-être qu’ainsi, ils arrêteraient de toutes nous faire passer pour des victimes. Trois quart des filles que je connais ne sont pas concernées par ce qu’ils disent". Rendu du rapport de cette "mission d’information" en mars 2011.

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Karen a parfaitement raison et cette mission d'information est une fumisterie qui ne sert qu'à donner bonne conscience à ces moralisateurs qui veulent réprimer les putes sans le dire. Pénaliser le client, c'est précariser et mettre en danger les travailleuses du sexe. Les proxénètes pourront dire merci à MMe Bousquet et ses collègues qui une fois de plus préconisent une politique répressive et irresponsable. Quand à vouloir faire de l'éducation et de la prévention auprès de nos clients, ça fait partie de notre métier, et nous n'avons pas attendu cette mission pour s'en charger. Nous n'avons pas besoin des nos élus pour nous dire ce qu'on doit faire avec nos clients, nous avons besoins d'eux pour qu'ils nous reconnaissent des Droits !

Signaler un abus | le 17/12/2010  à 03:34 | Posté par  Maîtresse Gilda  

Encore une belle leçon d'hypocrisie des moralisateurs qui j'en suis sur pour certains d'entre eux vont payer les services de prostitués.Les mêmes qui crient aux scandale quand ils voient un bout de seins a la télé alors qu'ils sont devant leurs écrans tous les premiers samedis du moi.Pourquoi ne pas ré ouvrir les maisons closes avec hygiène a la clés,le paiement des impôts et donc le droit a la sécurité sociale,mais non il ne faut pas c'est pas bien,c'est pas propre le sexe et surtout chuuuuuuuut il ne faut pas en parler.

Signaler un abus | le 17/12/2010  à 10:09 | Posté par  glofs69  

@glofs69. Le mot "sexe" n'est pas utilisé dans l'article... Peut être pour éviter que les personnes de la miction d’information ne se disent putes. :-)

Signaler un abus | le 17/12/2010  à 10:33 | Posté par  jerome manin  

L'abolitionnisme est une position dangereuse et irréaliste. Clairement on est ici dans une mauvaise optique de la part de ces deux députés. Bonne journée.

Signaler un abus | le 17/12/2010  à 10:48 | Posté par  romain blachier  

Quelle est la prochaine étape ?

La pénalisation des épouses qui son responsables, de près ou de loin, de l'infidélité de leurs époux ?

Ces députés là, doivent-être vraiment frustrés, pour ne rien comprendre aux choses de la vie !

Oust du balais, comme dirait l'autre !

Signaler un abus | le 18/12/2010  à 18:39 | Posté par  Yvan, de Lyon  

Ah quand les chrétiens veulent refaire l'histoire des religions et des tabous.
Je vous laisse lire le super livre à ce sujet qui est très passionnant et nous rappelle la vraie Histoire de nos peuples que l'on voudrait nous faire oublier :
Nos Ancêtres les Gaulois et Autres Fadaises (l'Histoire de France sans les clichés(Républicains)) éditions Fayard.
Tant d'anachronismes délibérés pour nous faire oublié l'essentiel de notre existence!!!

Signaler un abus | le 24/12/2010  à 10:52 | Posté par  tokc69  

Incohérent: si la prostitution est légale, il n'y a aucune raison de pénaliser les clients, sauf pour se donner bonne conscience ou paraitre féministe. Quant à interdire la prostitution, les associations disent que cela rendrait encore plus difficile la vie des prostitué(e)s. La conclusion est simple: encore des députés qui nous montrent leur inutilité.

Signaler un abus | le 27/12/2010  à 10:54 | Posté par  bretsax  

Incohérent: si la prostitution est légale, il n'y a aucune raison de pénaliser les clients, sauf pour se donner bonne conscience ou paraitre féministe. Quant à interdire la prostitution, les associations disent que cela rendrait encore plus difficile la vie des prostitué(e)s. La conclusion est simple: encore des députés qui nous montrent leur inutilité.

Signaler un abus | le 27/12/2010  à 10:54 | Posté par  bretsax  

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