Deux visions de la prostitution


Par Laurent Burlet
Publié le 11/02/2010  à 17:48
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Place des Terreaux (Lyon 1er), le 17 décembre 2009. Rassemblement à l’occasion de la “Journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe”. Une initiative conjointe de Cabiria et du Strass. © Fabrice Caterini
Place des Terreaux (Lyon 1er), le 17 décembre 2009. Rassemblement à l’occasion de la “Journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe”. Une initiative conjointe de Cabiria et du Strass. © Fabrice Caterini

Débat. Les uns souhaitent l’abolition de la prostitution, les autres sa reconnaissance comme un travail au même titre que les autres. Une ligne de fracture qui partage le monde associatif et politique.

  • Reconnaissance

Cabiria et le Strass :
À Lyon, on connait Cabiria, association de santé communautaire qui comprend des personnes prostituées parmi les salariés et au sein du conseil d’administration. On connaît moins ses missions : outre la prévention deu VIH, l’accès aux soins et aux droits, notamment à travers des tournées nocturnes. Désormais, il faudra aussi compter avec le Strass, syndicat des travailleurs du sexe, créé en mars 2009, qui revendique 300 adhérents dont un tiers de travailleuses de rue. Les deux structures partagent la même vision de la prostitution.
Leur vision de la prostitution
Plume, porte-parole du syndicat pour le sud-est : “Nous ne parlons pas de prostituées, terme passif, mais de travailleuses du sexe qui inclut toutes les personnes qui fournissent un service sexuel physique ou non”.
Concernant les “femmes migrantes travailleuses du sexe”, Cabiria souhaite sortir de la lecture victimisante les concernant : “la prostitution peut être un moyen d’élargir leurs possibilités de vie. Ces femmes sont actrices. Elles élaborent des stratégies face aux contraintes qu’elles rencontrent dans leur parcours”, explique la directrice Florence Garcia.
Leurs revendications principales
Le Strass, comme Cabiria, souhaite l’application du droit commun au travail du sexe pour que les “travailleuses du sexe” soient considérées comme des travailleuses indépendantes. Ce qui implique l’abrogation des lois sur le racolage et le proxénétisme de soutien pour pouvoir “travailler où nous voulons et avec qui nous voulons”, comme dit leur slogan.
Cabiria revendique l’idée que la meilleure des protections pour les femmes migrantes, lorsqu’elles sont en France, serait d’abord de leur donner un titre de séjour.

  • Abolition

Le Mouvement du Nid et l’Amicale du Nid
L’Amicale du Nid, fondée en 1946, oeuvre pour l’accueil des personnes prostituées et leur réinsertion dans le monde du travail reconnu. Le Mouvement du Nid est né d’une scission du Nid dans les années 70. Ses militants travaillent à la réinsertion des prostituées mais font surtout du lobbying pour changer les pratiques de l’État et des collectivités. Les deux entités sont abolitionnistes.
Leur vision de la prostitution
Les abolitionnistes citent le préambule de la Convention des Nations Unies du 2 décembre 1949 : “la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine”.
Leurs revendications principales
Comme leur nom l’indique, les tenants de la Convention de 1949 visent l’abolition de la prostitution. Pour eux, il ne s’agit pas d’interdire la prostitution (posture prohibitionniste), ni de la réglementer ce qui reviendrait, selon eux à la cautionner (posture réglementariste) mais de mettre tous les moyens pour que la prostitution cesse. D’où trois axes fondamentaux sur lesquelles toutes les associations abolitionnistes se retrouvent :
- Sanctionner davantage le proxénétisme et renforcer la lutte contre la traite des êtres humains.
- Considérant les personnes prostituées comme des victimes, mettre en place une véritable politique d’alternatives à la prostitution.
- Mettre en place une politique de prévention de la prostitution, notamment dans les écoles.
Le Mouvement du Nid vient de rajouter un quatrième axe, très controversé : la pénalisation du client. Depuis peu, l’association demande d’inscrire dans la loi “l’interdiction de tout achat d’un acte sexuel”.

 

  • Ils sont d’accord

Ne pas rouvrir les maisons closes
En se prononçant pour la réouverture des maisons closes dans le magazine L’Optimum, Christine Boutin ne pensait certainement pas faire l’unanimité contre elle. Face à cette levée de bouclier, elle a fait piteusement machine arrière, quelques jours après. Que l’on prenne le Mouvement et l’Amicale du Nid, deux associations abolitionnistes ou le Strass, tous sont opposés à la réouverture des maisons closes. Mais pas toujours pour les mêmes raisons.
Le Strass s’oppose au concept de maison close tel qu’elle existait aux XIXe et XXe siècles car “elle était un moyen de contrôle et une entrave à nos libertés”. Le strass refuse de “travailler au profit du tenancier d’une maison close parce que 100% des revenus issus du travail du sexe doivent revenir au travailleur lui-même”.
Le Strass refuse “d’être mis à l’écart de l’espace public dans des endroits fermés et espaces réservés ou cachés”. Le syndicat des travailleurs du sexe revendique surtout “les mêmes droits pour tous qu’elle que soit notre nationalité” : “Nous ne voulons pas qu’un système réglementariste divise les travailleurs du sexe entre des réguliers qui travailleraient en maison closes et d’autres qui continueraient d’être criminalisés pour refuser de se plier au contrôle de l‘Etat”.
Le Mouvement du Nid propose à Christine Boutin “une visite guidée” des maisons closes : “Du point de vue des prostituées elles-mêmes, la grande majorité d’entre elles fuient ces prisons où elles sont à la merci des tenanciers”. L’association cite l’exemple des Pays-Bas qui “démantèlent peu à peu les bordels dont ils ont encouragé le développement au tournant des années 2000. La criminalité organisée et particulièrement le trafic d’êtres humains y a en effet trouvé le meilleur terreau”.

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