Rhône : fin du plan grand froid, des familles de nouveau à la rue


Par Camille Sarazin
Publié le 10/02/2017  à 09:47
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Les températures se faisant plus clémentes ces derniers jours, la préfecture a progressivement mis fin au plan grand froid. Alors qu'elle assurait il y a quelques jours que des solutions d'hébergement allaient être trouvées, le collectif Jamais sans toit, le MRAP et la Ligue des droits de l'Homme dénoncent des remises à la rue. 

SDF Albanais mis à l’abri par la Croix-Rouge française dans un gymnase du 2e arrondissement en janvier 2017 © Tim Douet
© Tim Douet
Lyon, janvier 2017 – Mise à l’abri de SDF albanais dans un gymnase par la Croix-Rouge.

Une famille de l'école Gilbert Dru, qui était hébergée au gymnase Clémenceau, a été remise à la rue mardi matin. Soutenue par le collectif Jamais sans toit, cette mère de famille et ses deux enfants ont pu être hébergés temporairement à l'hôtel, grâce à une collecte de dons. Mais ce n'est pas un cas isolé. D'après les derniers chiffres de la préfecture, sur les 350 places qui avaient été ouvertes dans le cadre du plan grand froid, 81 personnes ont été orientées vers des Centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) et 98 sont maintenant hébergées dans le cadre du plan hivernal, qui prend fin au 31 mars. Plus d'une centaine de personnes ont ainsi été remises à la rue. Le collectif Jamais sans Toit dénonce cette "politique du thermomètre" : "Il est intolérable que des enfants, sous prétexte que les températures repassent au-dessus de zéro, se retrouvent à la rue."

Des engagements non tenus

La préfecture du Rhône affirmait pourtant il y a quelques jours, alors que le plan grand froid touchait à sa fin, qu'il ne s'agissait pas de remettre ces personnes à la rue. Un "diagnostic social" devait permettre d'orienter les sans-abris vers d'autres structures d'hébergements.

Aujourd'hui, le collectif Jamais sans toit, le MRAP et la Ligue des droits de l'Homme du Rhône dénoncent le non-respect du droit à la continuité de l'hébergement, comme spécifié dans l'article L 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles : "Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation."

La préfecture du Rhône assignée devant le tribunal administratif

Face à cette situation, le MRAP a décidé d'assister les personnes remises à la rue qui souhaitent assigner la préfecture devant le tribunal administratif pour violation de l'article 245-2-3. L'audience aura lieu dans le courant de la semaine prochaine. Il s'agit d'une dizaine de familles pour le moment, mais le nombre pourrait augmenter. Le collectif Jamais sans toit affirme sa volonté d'assister à son tour les familles qui en feraient la demande.

Jean-Philippe, porte-parole du MRAP, explique cette démarche : "Nous dénonçons la violation de la loi mais aussi la violation des consignes ministérielles. Le 15 novembre, une circulaire de la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, précisait qu'il fallait en finir avec la gestion au thermomètre ! Cette circulaire n'a pas été respectée dans le Rhône, c'est scandaleux !"

8 000 demandes en attente à la Maison de la veille sociale

La préfecture se justifie : la Maison de la veille sociale est débordée. Les professionnels du Samu social estiment en effet que 8 000 demandes sont toujours en attente. Une situation qui indigne les membres de la Ligue des droits de l'Homme :"Avec plusieurs milliers de logements vides dans la Métropole et le Rhône, ce refus continu de mettre en application les engagements gouvernementaux est un véritable scandale pour la Ligue des droits de l’Homme dans la Métropole et le Rhône." La Ligue des droits de l'Homme et le Samu social demandent donc la réquisition des logements vides.

De son côté, le collectif Jamais sans toit s'insurge contre les effets d'annonce de la préfecture du Rhône : "On met les personnes quinze jours à l'abri puis on les remet à la rue." Les températures pourraient par ailleurs baisser de nouveau dans le courant du mois.

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