Centre de départ Lyon7 : Jamais sans toit reste vigilant face à l’OFII


Par Quentin Girardon
Publié le 23/01/2017  à 17:34
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Le 5 janvier 2017, le collectif Jamais sans toit comparait le centre d'hébergement rue de l'Effort, destiné à l'aide au retour, à "un centre de rétention qui ne dit pas son nom". Quelques semaines plus tard, les différents acteurs de cette polémique reviennent sur l’affaire, alors que les premiers départs ont déjà eu lieu.

M. Koyazo au centre de départ du 22 rue de l'Effort, Lyon 7
© Quentin Girardon
M. Koyazo au centre de départ du 22 rue de l'Effort, Lyon 7

Un centre d'hébergement destiné à l'aide au retour a récemment ouvert dans le 7e arrondissement, rue de l'Effort. Destiné aux personnes en bout de droit, ce dispositif, encadré par l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) combine l’aide au départ volontaire à une solution d’hébergement de 45 jours (avec une possibilité d’aller jusqu’à 90 jours si le pays de destination ne reconnaît pas les personnes concernées). La procédure complète prend environ un mois, le temps d’obtenir les billets d’avion et d’élaborer un projet avec les participants. Le dispositif ne doit cependant concerner que des personnes volontaires.

La préfecture et l’OFII répondent à la polémique

Le 5 janvier 2017, la polémique éclate : plusieurs familles venues d’Albanie et de Bosnie se font remettre en main propre une lettre écrite en français, sans présence de traducteur. Elles sont invitées à se rendre dans un nouveau centre du 7e arrondissement, alors qu'elles étaient logées à l'hôtel. C’est une fois sur place que les familles comprennent qu’il s'agit d’un dispositif d'aide au retour. Une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) ainsi qu'une assignation à résidence leur sont remises. Le collectif Jamais sans toit monte au créneau et organise une manifestation le soir même devant le fameux centre rue de l’Effort. Il dénonce des pressions exercées sur les familles pour qu’elles acceptent l'aide au retour.

Lettre de convocation au centre de départ, 22 rue de l'Effort Lyon 7
Lettre de convocation au centre de départ, 22 rue de l'Effort Lyon 7

Deux semaines plus tard, la préfecture et l’OFII reviennent sur ces évènements. Xavier Inglebert, le préfet délégué pour l’égalité des chances affirme que les familles étaient parfaitement au courant du dispositif de départ. "Elles sont arrivées en novembre. Sur place, on leur a expliqué le dispositif avec un interprète, en leur précisant bien que si elles acceptaient d’être hébergées ici, c’était uniquement dans le cadre d’une stratégie de départ volontaire. Les familles ont signé les papiers nécessaires mais au bout de 45 jours, elles ont refusé de finaliser la démarche". Quant à l’OFII, son directeur Sami Boubakeur assure avoir "joué le jeu de la transparence". 

Xavier Inglebert revient sur les accusations dont le centre à fait l’objet : "Les déclarations faites par certaines personnes n’engagent qu’elles-mêmes. Ce centre n’a absolument rien à voir avec un centre de rétention administratif. Un tel centre se positionne dans le cadre d’une reconduite à la frontière coercitive. Ici, le départ est uniquement fondé sur le volontariat."

Les familles concernées ont finalement été placées dans des gymnases ou dans des Centres d’Hébergement d’Urgence (CHU). Elles risquent cependant un retour coercitif dans leur pays si elles sont interpelées, puisqu’elles sont dorénavant sous OQTF.

"Ce sont des menteurs !" clame le collectif Jamais sans toit

Si pour l’OFII et la préfecture, l’affaire semble close, le collectif Jamais sans toit affirme à nouveau son engagement et reste extrêmement vigilant. Mickael Goyot un des membres du collectif assure n’avoir "aucune confiance en ces personnes. La même stratégie a été employée pour deux des familles. Au départ, on leur signale qu’on ne peut plus payer leurs frais d’hôtel. On leur donne donc rendez-vous au centre rue de l’Effort, mais sans aucune explication. Les familles étaient accompagnées de militants associatifs, afin de s’assurer du bon déroulement des choses, cependant ceux-ci n’ont pas pu rentrer. En présence d’un traducteur, les personnes du centre ont clairement expliqué aux familles que si elles ne signaient pas les papiers de départ, elles allaient se retrouver à la rue."

Si la préfecture et l’OFII ont affirmé que les associations les avaient remerciés d’avoir trouvé des solutions d’hébergement en urgence pour ces familles, le discours du collectif Jamais sans toit est fondamentalement différent. "On ne va certainement pas remercier ces personnes là" lance Mickael Goyot. "Le 5 janvier, si nous n’avions pas été présents, ces familles seraient à la rue. Le centre à cédé uniquement sous la pression exercée par les manifestants". Le collectif Jamais sans toit ne baisse pas sa garde et compte bien "rester vigilant".

Un dialogue visiblement difficile entre les personnes hébergées et l’OFII

Mercredi 18 janvier, la préfecture organisait une visite du centre, alors que les premiers pensionnaires devaient quitter les lieux. Monsieur Koyazo, que nous avons rencontré, a bénéficié du dispositif d’aide au départ. Ce congolais de 46 ans a émigré du Congo en 2013 pour fuir la dictature. Il obtient une première fois le droit d’asile en France mais en est débouté à sa seconde demande. Aujourd’hui il n’a plus le choix, il doit retourner dans son pays d’origine et regrette un manque de communication de la part de l'OFII.

"Les personnes de l’OFII m’ont dit que je pouvais obtenir 2000€ si je leur présentais un projet qui me permettrait de participer à l’économie de mon pays. Je leur ai dis que je voulais créer une pisciculture, faire de l’élevage ainsi qu’une plantation de manioc". Seulement M. Koyazo est inquiet, "L’OFII ne m’a appelé qu’une seule fois pour que j’explique mon projet. Je pars le 25 janvier mais je ne sais toujours pas comment les évènements vont se dérouler et si je vais être accompagné une fois arrivé au Congo. La seule chose que je sais, c’est qu’à l’aéroport on va me remettre les 2000€. Cependant, j’ignore si mon projet va être réellement soutenu. Je ne sais rien, il n’y a pas de réponse concrète".

Le directeur de l’OFII Sami Boubakeur assure pourtant avoir donné toutes les informations nécessaires à M. Koyazo. "Je l’ai eu en entretien quelques heures après votre interview. Un avis favorable a été donné au projet de M. Koyazo. Une fois arrivé au Congo, il devra se rapprocher du Centre National pour la Promotion de l’Entreprise qui l’aidera à faire une étude de marché. Cette étude sera soumise à un comité qui décidera si le projet est validé ou non". Pour le moment, M. Koyazo peut donc compter sur son pécule de 2000€ mais ne sait finalement toujours pas si son projet de pisciculture verra le jour.

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