Rythmes scolaires, CP, autonomie : point sur l’école à l’heure Macron


Par Paul Terra
Publié le 29/09/2017  à 13:08
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Pour leur première rentrée scolaire du quinquennat, Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer ne se sont pas facilité la vie en lançant deux chantiers importants dans la vie de l’école : les rythmes scolaires à la carte et les classes de CP doublées en Rep+. Bilan dans la métropole de Lyon, avec des maires, des enseignants et d’anciens adjoints à l’éducation.

Tableau d’activités périscolaires dans une école primaire lyonnaise © Tim Douet
© Tim Douet

La rupture est franche entre les quinquennats d’Emmanuel Macron et de François Hollande en matière d’éducation. Du moins sur la forme, pour l’école primaire et la maternelle. Deux des mesures phares du quinquennat PS rue de Valois (siège de l’Éducation nationale) sont remises en question : la réforme des rythmes scolaires et le dispositif plus de maîtres que de classes. Mais avec seulement quelques semaines pour préparer deux réformes importantes, la communauté éducative s’inquiète d’essuyer les plâtres. Au sens propre comme au sens figuré. C’est aussi la philosophie plus libérale du nouveau ministre de l’Éducation nationale qui est redoutée.

Rythmes scolaires à la carte : 10 communes de la métropole reviennent en arrière

Instaurée en 2014, la réforme des rythmes scolaires est déjà sur une voie de garage. Le passage à la semaine de quatre jours et demi a cristallisé de nombreux mécontentements, venus de la quasi-totalité des acteurs de la communauté éducative. La promesse de campagne du candidat Macron est tenue dès la rentrée scolaire 2017 : les communes ont eu toute latitude pour choisir de maintenir ou pas les rythmes réformés. “Nous faisons confiance aux acteurs locaux pour savoir ce qui est le mieux, argue l’ancienne adjointe à l’éducation lyonnaise, Anne Brugnera, députée LREM du 6e. La réforme des rythmes scolaires nous avait été imposée de manière verticale et c’était l’un de ses plus gros défauts. Nous allons accorder plus de souplesse. Mais je remarque que la majorité des communes ont choisi de conserver l’organisation de l’année dernière.” Dans la métropole, seules 10 des 59 communes ont fait le choix de revenir à la semaine de quatre jours. Pour autant, cet ordre de grandeur est amené à évoluer à la rentrée 2018.

“Je ne suis toujours pas convaincu par les rythmes scolaires, mais le dispositif était impossible à supprimer en trois mois. Je n’allais pas dire en juin à nos agents qu’ils ne reviendraient pas en septembre. Nous avons aussi engagé des ateliers avec les associations”, explique Alexandre Vincendet, le maire LR de Rillieux-la-Pape. Dans le Rhône, ce sont surtout les petites communes qui ont revu leur copie. “Revenir à la semaine de quatre jours n’a pas été facile techniquement, mais nous avons pu y arriver. Nous avons pu convoquer les comités d’école à temps. 100 % des enseignants et 80 % des parents étaient favorables à la fin des rythmes scolaires [réformés]. Les enfants étaient plus fatigués qu’avant. C’est aussi important pour la collectivité. Nous allons faire des économies qui seront réinvesties en dotation aux écoles”, promet Renaud Pfeffer, le maire LR de Mornant, qui avait mené la fronde contre les nouveaux rythmes en 2013. Après trois semaines de retour à la semaine des quatre jours, il ne regrette pas son choix.

“L’intérêt de l’enfant a été oublié”

Dans d’autres communes, moins nombreuses, toutefois, les rythmes ont été maintenus avec conviction. C’est le cas à Villeurbanne. “La réforme demande à être étudiée dans le temps. Revenir dessus par idéologie ou sens pratique n’a aucun sens. Les rythmes scolaires ont aussi permis à tous les enfants d’avoir des activités jusqu’alors réservées aux enfants de familles aisées. Je suis globalement satisfait de ce que nous avons mis en place et les parents aussi. Il a beaucoup été question de fatigue, mais l’aspect réussite éducative a été occulté. Les rythmes scolaires ont bénéficié aux enfants en difficulté”, estime Damien Berthilier. Pour l’adjoint à l’éducation villeurbannais (PS), ce sont surtout des considérations financières qui sont en train d’avoir raison des rythmes scolaires. “Que la réforme ait été menée à la hussarde, personne ne le nie. Mais le retour à la semaine de quatre jours ne va rien arranger. Pour le rythme de l’enfant, il était important d’étaler les apprentissages sur neuf demi-journées. L’intérêt de l’enfant a été oublié. Cette décision a été prise pour faire plaisir aux municipalités et aux enseignants qui ne sont pas contre une demi-journée en moins par semaine. Mais c’est un recul. Nous faisons tout le contraire des autres pays européens en enlevant des jours de présence en classe”, s’agace le pédagogue Philippe Meirieu. Tous les acteurs de la communauté éducative s’accordent à dire que l’impact éducatif des rythmes scolaires ne peut pas encore être mesuré. Et qu’il ne le sera probablement jamais.

Classes de CP doublées : “Sans moyens supplémentaires, c’est compliqué”

C’est la grande mesure de la première rentrée scolaire de l’ère Macron. Depuis le 4 septembre, dans les territoires classés en réussite éducative prioritaire (REP), les enfants ne sont plus que douze par classe en CP. Une mesure qui a une symbolique sociale, mais aussi une visée éducative. Le nombre d’enfants entrant au collège sans savoir pleinement lire et écrire ne cesse de progresser. En particulier dans les quartiers défavorisés. “Notre priorité, c’est l’apprentissage des fondamentaux. C’est pour cette raison que nous faisons un effort sur le CP. Nous voulons que les enfants sachent lire avant la fin de l’année”, insiste la députée LREM Anne Brugnera. La mesure en tant que telle est plutôt acceptée pour ce qui en va de son intérêt pédagogique. Nombreux sont en revanche ceux qui regrettent que ce dispositif annule et remplace une précédente expérimentation : celle qui consistait à avoir plus de maîtres que de classes en REP. “Ce dispositif concernait d’autres classes et notre priorité c’est le CP. Nous devrions rapidement en voir les effets”, répond Anne Brugnera. “Ce dispositif avait un immense avantage : il favorisait le travail en équipe. Pédagogiquement, il était aussi plus efficace. Avec deux enseignants, il donnait la possibilité soit de séparer la classe en deux groupes de douze, soit avec un groupe de vingt d’un côté et un autre de quatre élèves en grande difficulté de l’autre. Tous les travaux montrent que c’est plus efficace qu’un dédoublement mécanique à douze”, regrette Philippe Meirieu.

“C’est une mesure esthétique”

Sur la mise en place de cette réforme, ce sont surtout les problèmes logistiques qui ont été soulevés. “Comme pour la bonne mise en place des rythmes scolaires, c’est une réforme qui aurait mérité des années de préparation. Sur le principe, nous sommes favorables à des CP à douze, mais dans ces délais…”, regrette Yannick Le Du, instituteur à Villeurbanne et syndicaliste au SnuIPP. Les enseignants déplorent aussi que cette mesure, à coût constant ou presque, débouche sur une hausse des effectifs dans les autres classes. En trois mois, les mairies, qui gèrent les bâtiments scolaires, ont aussi dû s’adapter et créer des salles supplémentaires. Dans 86 % des écoles du Rhône en REP, les municipalités ont pu aménager des nouvelles salles. Dans les autres, c’est un dispositif “plus de maîtres que de classes” qui est utilisé. “On a fait ce qu’on a pu. À Villeurbanne, nous aurions eu besoin de créer six classes supplémentaires. Financièrement, sans moyens supplémentaires, c’est compliqué”, constate Damien Berthillier, l’adjoint à l’éducation villeurbannais. Certains élèves de CP passeront donc l’année dans des classes modulaires. Alexandre Vincendet, le maire LR de Rillieux-la-Pape, s’est aussi cassé les dents sur les conséquences de cette réforme : “En trois mois, on ne peut pas faire grand-chose. Mettre des cloisons, ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Le vrai objectif, pour moi, c’est la mixité sociale. Avant, il y avait vingt-quatre gamins du même quartier dans une classe de CP. Aujourd’hui, ils sont douze. C’est une mesure esthétique.” Beaucoup d’acteurs regrettent aussi que le Gouvernement, comme d’autres avant lui, ne se soit pas attaqué au problème des affectations des enseignants dans les quartiers défavorisés. “Quels que soient les aménagements techniques, voire pédagogiques, si les enseignants ne restent qu’un an ou deux en REP en attendant une mutation, il est difficile de construire des équipes pédagogiques dynamiques et stables ”, pointe Philippe Meirieu. “Même si des dotations supplémentaires sont accordées aux écoles dans les quartiers défavorisés, la réalité c’est qu’ils ont toujours moins de moyens que les établissements de centre-ville, où la masse salariale est plus importante. C’est dans ces écoles que l’on retrouve les enseignants en fin de carrière”, appuie Yves Fournel, ancien adjoint à l’éducation du maire de Lyon. Malgré des primes incitatives, les écoles de REP sont toujours boudées par les enseignants les plus chevronnés.

Plus d’autonomie ou une libéralisation de l’école

Conséquence directe ou non de la réforme des rythmes scolaires, l’enseignement privé ou les méthodes alternatives n’ont jamais semblé autant à la mode. Le nombre d’établissements est en hausse constante, notamment à Lyon. L’Éducation nationale, qui n’a jamais accordé une attention particulière à cette concurrence, pourrait être tentée, avec le binôme Macron-Blanquer, de piocher dans certaines de leurs recettes. Pendant la campagne, le candidat Macron avait, en matière d’éducation, prôné plus d’autonomie pour les établissements. C’est aussi un thème récurrent des ouvrages écrits par Jean-Michel Blanquer, le nouveau locataire de la rue de Valois. Cette sensibilité ne s’est pas encore traduite dans la réalité. L’idée serait d’accorder de nouvelles prérogatives aux directeurs d’établissement, notamment dans la mise en place des méthodes ou le recrutement des enseignants. “Les gens voient l’école comme un lieu figé qui applique des directives venues de Paris, mais cette image est fausse. L’approche pédagogique n’est pas la même dans toutes les écoles. J’ai des collègues qui s’inspirent de la méthode Montessori. À Vaulx-en-Velin, l’école Anatole-France utilise la pédagogie Freynet. L’enseignant a une liberté pédagogique. Plus d’autonomie, pour moi, c’est surtout la suppression de l’égalité républicaine”, s’inquiète Yannick Le Du, instituteur à Villeurbanne.

“Tout le monde ne pourra pas choisir ses enseignants, je plains les établissements de la Duchère ou du monde rural”

Des expérimentations sur le recrutement d’instituteurs ont déjà eu lieu, avec un retour d’expérience plutôt positif. Pour autant, tous ne croient pas à sa généralisation. “Tout le monde ne pourra pas choisir ses enseignants. Les écoles et les communes les plus attractives auront le choix. Je plains les établissements de la Duchère ou du monde rural, sourit amèrement Yves Fournel, ancien adjoint à l’éducation lyonnais. Et puis les directeurs qui réclament plus de prérogatives oublient qu’au bout de l’autonomie, ils sont révocables. C’est le modèle de l’école privée.” Il peut trouver grâce, partiellement, aux yeux de certains macronistes. “L’esprit d’équipe que l’on peut trouver dans le privé est intéressant. Il est lié au fait que le chef d’établissement choisisse son équipe. Dans les propos de Jean-Michel Blanquer, je retiens surtout la notion de confiance qu’il veut accorder aux enseignants. Notre majorité est prête à donner de la souplesse plutôt que de dire : à quatre heures c’est mathématiques et à cinq heures c’est dictée”, met en avant la députée LREM Anne Brugnera. En toile de fond de cette question de l’autonomie, c’est la rupture de l’égalité républicaine devant l’école qui est posée. “Si l’on confie plus d’autonomie aux établissements avec un cahier des charges fort et ferme, ce n’est pas en soi une catastrophe. Le problème, c’est l’ambiguïté qui règne autour de ce concept. Il ne faudrait pas instaurer une concurrence entre les écoles et les communes”, prévient Philippe Meirieu. Lequel reconnaît toutefois que la prudence de l’Éducation nationale pousse les parents à devoir expérimenter des méthodes hors de son sein. Les premières mesures vers une plus grande autonomie ne concernent pour l’instant que le secondaire et sont assez limitées. Les proviseurs ont ainsi pu choisir des volants d’heures supplémentaires à distribuer pour certaines matières.

 

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