“La sélection en master n’est pas facteur d’insertion professionnelle”


Par Quentin Duval
Publié le 03/03/2016  à 14:24
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Le 18 avril prochain, l’Etat devrait autoriser une série de masters à sélectionner les étudiants issus du même cursus et de la même université. Lyon, deuxième ville étudiante de France, compte plus de 38 000 étudiants en master. Face à la sélection, comment réagissent les premiers concernés ? Reportage sur les campus lyonnais.

Université Lyon 3
©lyon3
Université Lyon 3

La sélection à tous les stades du cursus universitaire favorise une reproduction des inégalités sociales, s'indigne Fabrice Torro, président de l’Unef à Lyon. Pour le syndicat étudiant, la sélection en master conduit à déclasser le diplôme de licence.

Yann, Chloé et Raphaël sont tous les trois étudiants en master 1 économie et société et préparent le Capes pour devenir professeurs de SES au lycée. Les trois étudiants se disent contre la sélection mais comprennent la logique sélective dans certains domaines. Pour Chloé, la sélection entre le M1 (1re année de master) et le M2 (2e) "est logique et légitime dans les secteurs très demandés et très spécialisés comme la finance ou l'économie des transports". "Dans la mise en place de masters sélectifs, Lyon 2 veut apporter de la valeur à ses diplômes, rayonner vis-à-vis des autres universités", affirme Yann. Raphaël, lui, considère que la sélection en master est une conséquence néfaste des budgets insuffisants dans les universités.

La sélection en master illégale depuis le 10 février

Légitime ou pas, la sélection est illégale depuis une décision du Conseil d’Etat du 10 février. Dans le même sens, en 2015, une étudiante lyonnaise avait bénéficié d'un recours auprès de la juge administrative. Recalée en master 2 “droit de l'entreprise, spécialité Droit social et relation du travail” à l'université Lyon 3, elle avait eu gain de cause et avait pu intégrer son master sur décision du juge. Le tribunal avait évoqué un "doute sérieux sur la légalité du refus d'admission".

Pourtant, le site de l’université Lyon 3 annonce toujours, pour ses filières en droit : "À l'issue de la première année, l'étudiant peut candidater à une deuxième année de master(bac+5), l'accès au master 2 est sélectif (examen du dossier, entretien...)"

Une sélection pour favoriser l’insertion professionnelle

Pour Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université (CPU), la sélection en master est un gage de formation de qualité. Dans un communiqué intitulé “Halte à l'hypocrisie, la sélection en master existe, assumons-la, la CPU prend position en faveur d'une admission sous condition en M1.

D'après les présidents d'université, un master sélectif et exigeant serait un facteur d'employabilité. La CPU a jusqu’au 14 mars pour établir une liste des masters sélectifs. Une liste qui sera publiée par décret par Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education nationale, et Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur, le 12 avril.

L'objectif du décret, pour Thierry Mandon, est de "sécuriser le fonctionnement actuel du cycle de master". Le droit, l’économie et la psychologie sont les principales filières concernées. Seulement 40 % des étudiants de psychologie passent actuellement du master 1 au master 2.

Un programme d’admission post-licence pour la Fage

Le syndicat Gaelis est l'antenne territoriale de la Fage à Lyon. Luc Jurain, son président, défend l'idée d'une sélection à l'issue de la licence sur le modèle des admissions post-bac (APB). Opposée à la sélection entre le M1 et le M2, l'association propose une alternative grâce à une plateforme de choix qui réponde aux capacités d'accueil limitées de certains masters.

"Le principal obstacle à la sélection en master est le problème de la réorientation. La Fage prône un système par choix qui permettra toujours à un étudiant d'intégrer un master", défend Luc Jurain. Une réunion a eu lieu entre la Fage, Thierry Mandon et Najat Vallaud-Belkacem hier en soirée. Le Gouvernement se dit prêt à mettre en place cette plateforme pour 2017.

200 millions dans l’enseignement supérieur pour l’Unef

"Rendre un diplôme sélectif, c'est rendre un diplôme rare. La sélection n'est pas un facteur d'insertion professionnelle", tance Fabrice Torro. D’après les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, le taux d’insertion professionnelle pour un diplômé de master atteint 90%, après trente mois.

Pour les trois universités lyonnaises, l’employabilité est d'environ 85 % après 18 mois, toutes filières confondues. Le principal syndicat étudiant exige, à l'inverse de la sélection, un investissement à hauteur de 200 millions dans l'enseignement supérieur. Une demande qui ne semble pas d'actualité.

Quant au décret de validation des masters sélectifs, il doit être soumis au Conseil national sur l’enseignement supérieur et la recherche (CNESR). L’Unef, qui compte 6 sièges au sein de cet organisme public, compte bien exprimer son opposition au projet. Pourtant, la consultation se fera après la promulgation du décret, d'après la lettre de Najat Vallaud-Belkacem adressée à Jean-Loup Salzmann : "Une concertation sera organisée à l'issue du décret. Elle réunira les organisations représentatives de la vie étudiante et du personnel, la CPU, et la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs."

 

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