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vendredi 31 octobre 2014

Monaco : le malaise russe


Par Jean-Michel Verne
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Publié le 12/09/2013  à 15:03
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Mais que se passe-t-il donc à Monaco ? La prise de contrôle du club de foot par un oligarque et la fréquentation massive de milliardaires venus de l’Est interpelle. Lyon Capitale a enquêté.

 

 

À Monaco, l’argent n’a plus d’odeur, c’est une évidence. Les fonds venus massivement de l’Est pour renflouer les caisses d’une principauté que l’on disait en difficulté en témoignent.

Sur le Rocher, rien n’est plus important que l’image, et l’arrivée aux commandes de l’ASM de l’énigmatique Dmitry Rybolovlev a permis en deux ans de replacer le club au sommet du championnat de France. Qu’importe les soupçons autour de l’implication de son président dans une affaire d’assassinat, qui ont valu en 1996 onze mois de prison en Russie au dynamique “roi de la potasse”. Ce dernier, accusé d’avoir commandité l’élimination du patron de Neftekhimik, a été acquitté faute de preuves.

À Monaco, les temps ont vraiment changé. On se souvient de la tempête provoquée en 2002 par le plan de reprise de Fedcominvest, une société dirigée par un certain Fedorichev. À l’époque, les Renseignements généraux français lancent un pavé dans la mare en affirmant que ce dernier est soupçonné de blanchiment de fonds issus de trafic d’armes et de stupéfiants. C’est finalement le prince Rainier lui-même qui siffle la fin de la partie. Le Palais bloque in extremis le plan de reprise.

Dix ans plus tard, le décor n’est plus le même. Rybolovlev est devenu un acteur incontournable de la vie du Rocher. Mais que s’est-il donc passé sous le soleil de Monte-Carlo ?

Des juges triés sur le volet

“C’est vrai qu’il y a quelque chose d’incompréhensible, un changement de cap, mais je crois que l’argent a finalement tout emporté sur son passage”, commente un magistrat qui a géré ici des dossiers sensibles. Il faut rappeler que la justice locale est assurée par des juges français. Triés sur le volet, ils ne peuvent être nommés sans l’assentiment du prince, auquel ils prêtent serment. Certes, il existe ici le Siccfin, équivalent de notre organisme antiblanchiment Tracfin, des policiers spécialisés, voire un service secret, le Siger. Et la justice monégasque est bien saisie de signalements. Mais, à ce jour, aucune procédure diligentée dans ce charmant palais de justice situé tout près de la cathédrale n’a véritablement abouti. Tout du moins en ce qui concerne les hautes personnalités, que l’on préfère exfiltrer dans la discrétion.

À dire vrai, la justice monégasque manque de pugnacité. Un exemple : l’affaire de la Sotrama. En 2001, une enquête judiciaire est ouverte contre la société Aermar, dont un certain Dimitrios Skigin est le maitre d’œuvre. Skigin est soupçonné des pires turpitudes en Russie, notamment pour ses liens supposés avec le crime organisé. Il est expulsé de Monaco. Mais la société, elle, demeure domiciliée sur le Rocher. Elle devient Sotrama. Celle-ci se retrouve plus tard soupçonnée de blanchiment dans une sombre affaire de malversations financières sur le terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg. En 2007, une fiche de renseignement de la direction de la sûreté publique de Monaco, que nous avons pu consulter, qualifie l’entreprise de “société liée au crime organisé”. Des investigations sont bien opérées par la justice, mais le juge d’instruction qui travaille sur le dossier ne peut qu’entendre dans son cabinet le nouveau directeur, d’origine italienne, et prendre acte de ses déclarations.

Cinq ans plus tard, l’affaire est au point mort. Le juge monégasque n’a eu aucun retour d’une commission rogatoire lancée en Russie. Officiellement, la Sotrama est toujours domiciliée au Gildo Pastor Center, l’un des plus prestigieux immeubles de Monaco. “Les sommes trouvées à la Sotrama ne sont pas significatives”, commente alors sobrement une source judiciaire pour expliquer la prudente réserve de la justice monégasque. En d’autres termes, on n’a rien à reprocher à la Sotrama sur le Rocher.

“Ce n’est pas le crime qui gêne Monaco...”

Un autre magistrat français a pourtant rué dans les brancards. Dans les années 2000, Charles Duchaine se heurte à la raison du prince dans la gestion de ses dossiers. Il raconte son aventure dans un livre* qui est un véritable pamphlet. Aujourd’hui, le ton n’est guère plus complaisant : “Ce n’est pas le crime qui gêne Monaco, c’est le crime en terme d’image.” Le magistrat évoque ainsi un proche de la famille princière qui  faciliterait l’octroi de titres de séjour à certains VIP. “Les Russes ne sont pas contrôlés”, affirme ce magistrat de la JIRS de Marseille, qui gère notamment le dossier Guérini. Charles Duchaine est un spécialiste des dossiers financiers.

La passion des Grimaldi pour la grande Russie et ses aristocrates ne date pas d’hier. Les liens très étroits d’Albert avec le président Poutine ne démentent pas cette histoire commune. La rumeur monégasque veut que ce dernier possède deux appartements dans le Seaside Plaza, l’un des plus beaux immeubles du quartier Fontvieille. Mais personne n’a pu confirmer pour l’heure cette info, jugée ici “top secret”.

Tout va donc pour le mieux pour les Russes de Monaco.

La discrétion protège l’image

Un nuage est pourtant venu se poser cet été sur ce paysage de carte postale, à l’occasion d’un fait divers singulier. Le 23 juin, en effet, l’ancien patron de la sécurité publique du Rocher, André Muhlberger, meurt déchiqueté par les hélices d’un bateau au large de la plage de la Mala, sur la commune limitrophe de Cap-d’Ail. Deux mois et demi plus tard, le parquet de Nice se refuse à conclure sur les causes du décès  (accidentel ou non ?) dans l’attente des résultats d’expertises en cours.

Le 23 juin, André Muhlberger s’était rendu sur place à bord du Joyka, un yacht Mangusta de 22 mètres appartenant à un ressortissant russe. C’est en revenant à la nage vers le bateau qu’il aurait été mortellement touché, dans des circonstances qui demeurent obscures.

André Muhlberger avait défrayé la chronique après avoir été limogé quelques mois plus tôt, alors qu’il venait de passer plusieurs années à la tête de la police. Il avait été nommé en septembre 2006 pour ses connaissances en matière de crime organisé et de mafia russe. Ses relations jugées trop étroites avec certaines personnes qu’il était chargé de surveiller et sa relation encore plus étroite avec une ex-miss Biélorussie aux charmes avantageux ont précipité son éviction, dans une principauté où l’on peut tout faire, mais dans la discrétion.

C’est aussi la preuve qu’à Monaco fréquenter les Russes n’est pas forcément de tout repos.

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Juge à Monaco, éditions Michel Lafon, 2002.


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