Ubisoft : pour les questions qui fâchent "passez par mail"


Par Florent Deligia
Publié le 30/11/2017  à 17:47
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Ivory Tower ()

Yves Guillemot, cofondateur d'Ubisoft, était à Villeurbanne ce mercredi pour inaugurer les studios d'Ivory Tower (développeur des jeux vidéo The Crew 1 et 2). La Métropole de Lyon a rappelé qu'elle n'apportait aucune aide financière, seulement technique. Précision de taille car, selon nos informations, Ubisoft avait demandé une subvention sous l'ère de Gérard Collomb.

En plein développement de son nouveau jeu vidéo de course automobile, The Crew 2, le studio Ivory Tower a inauguré ses nouveaux locaux à Villeurbanne en présence d'Yves Guillemot, cofondateur de la maison mère, Ubisoft. L'entreprise, qui regroupe plus de 170 collaborateurs dans la Métropole de Lyon, espère doubler ses effectifs d'ici cinq ans. La cérémonie avait cependant un arrière-goût étrange, marquée par un David Kimelfeld qui impose son style loin de l'hyper gouvernance et la volonté d'Ubisoft de contrôler au maximum sa communication.

Ainsi, lors des traditionnels discours politiques, David Kimelfeld a décidé de ne pas se mettre en avant, préférant laisser la parole à Karine Dognin-Sauze, sa vice-présidente au numérique. Le nouveau président de la Métropole tranche une nouvelle fois avec les habitudes. Une attitude qui a surpris l'assistance, entraînant un petit moment de flottement lorsqu'il a fait signe à son élue pour lui stipuler qu'il ne monterait pas sur scène. En parallèle, les équipes d'Ubisoft ont tout verrouillé, et il était impossible d'approcher le cofondateur Yves Guillemot, alors qu'une rencontre avec la presse et une visite du studio étaient prévues. Ainsi, il nous a été impossible d'interroger en direct le cofondateur d'Ubisoft sur l'affaire des "loot boxes", ces pochettes surprises payantes, intégrées dans les jeux vidéo qui aujourd'hui sont dans le collimateur de la Commission européenne et de l'ARJEL. Ces loot boxes doivent-elles être considérées comme des jeux d'argent ? C'est tout le débat du moment, auquel n'a pas répondu hier Ubisoft, qui n'a pas non plus précisé si "ces coffres de butins" seront présents dans le futur The Crew 2, d'Ivory Tower. Pour toutes les questions polémiques, aujourd'hui au cœur des enjeux du jeu vidéo, les équipes d'Ubisoft ont demandé à ce qu'elles "soient envoyées par mail" (voir ci-dessous).

Une subvention demandée

Une autre question aurait pourtant mérité d'être posée à Yves Guillemot en direct : pourquoi Ubisoft a-t-il demandé une subvention sous l'ère Gérard Collomb ? Selon nos informations, l'entreprise a sollicité la Métropole de Lyon en 2015 pour obtenir une aide dite de minimis. Cette aide qui peut être accordée par les collectivités est plafonnée à 200 000 euros sur trois années fiscales. Elle nécessite une délibération de la part du conseil régional pour autoriser la Métropole de Lyon à la verser. Néanmoins, Lyon n'a pu donner suite aux demandes d'Ubisoft qui avait déjà bénéficié de cette subvention au niveau national. Les collectivités se sont donc contentées d'apporter une aide purement technique. Karine Dognin-Sauze précise : "Au regard des emplois réellement créés pour le territoire, l'arrivée d'Ubisoft est une très bonne nouvelle. Il est préférable que cela aille au bénéfice d'un acteur français". Difficile néanmoins pour la Métropole de rivaliser avec le Québec. Au Canada, entre 2005 et 2017, l'entreprise a touché plus de 629,8 millions d'euros, soit plus que ses profits avant impôts sur la même période : 613,2 millions d'euros. Quant aux questions que nous aurions aimé poser à Yves Guillemot, elles ont donc été posées par mail et le service communication a apporté des réponses que nous reproduisons ci-dessous.

Lyon Capitale - Pourquoi avoir sollicité une aide financière de la Métropole de Lyon ?

Ubisoft - Ubisoft, en Auvergne-Rhones-Alpes comme dans les autres territoires où nous sommes présents, est éligible aux dispositifs incitatifs mis en place par les régions pour développer, dynamiser et valoriser leur tissu économique local. La présence d'entreprises comme Ubisoft et la création d'emplois qui en découle dans des métiers d'avenir est bénéfique aux écosystèmes locaux.  Nous y trouvons les talents et les infrastructures pour nous développer et sommes heureux de dialoguer avec les régions dans cette optique commune.

Quelle est la politique d'Ubisoft sur la question des loot boxes ? Comprenez-vous la tendance qui veut qu'aujourd'hui elles soient rapprochées des jeux de hasard?

Nous sommes attentifs à ce qu’il se passe et nous en discutons en interne. Lorsqu’elles sont implantées correctement, nous pensons que les "lootboxes" sont un choix supplémentaire pour les joueurs qui n’impacte ni l’équilibre du jeu, ni l’expérience des autres joueurs.

The Crew 2 comportera-t-il des loot boxes ?

Dans The Crew 2, comme dans le premier volet de la franchise, la monétisation ne crée pas de limite à la progression du joueur : tout le contenu en jeu peut être débloqué en jouant. Il n’y a pas non plus de contenu aléatoire à l’achat : le joueur sait toujours ce qu’il achète. Les détails plus précis sur la progression en jeu seront révélés très bientôt.

Aujourd'hui, le modèle économique des jeux vidéo Xbox One / PS4 vendus 69 euros est-il encore pertinent ?

Pour réaliser un "AAA" d’envergure mondiale dans l’industrie du jeu vidéo, cela demande un grand nombre de ressources et plusieurs centaines des meilleurs talents pendant parfois plus de trois ans. Notre modèle sur la franchise The Crew est celui du jeu « live », que nous continuons d’enrichir après sa sortie. Le premier opus de The Crew a été l’un des pionniers dans ce domaine, en proposant aux joueurs du contenu additionnel entièrement gratuit chaque mois : nouveaux véhicules, nouveaux modes de jeu, nouveaux outils de création comme le très populaire mode photo… cet effort continu est l’un des éléments clé de notre succès auprès de nos 13 millions de joueurs à travers le monde.

Que pensez-vous des déclarations d'Electronic Arts sur un jeu vidéo "comme un service", vendu par abonnement mensuel ?
Nous ne souhaitons pas commenter les déclarations d’autres acteurs de l’industrie. Ubisoft Ivory Tower produit depuis maintenant dix ans des jeux "live" et reste fidèle à son modèle avec The Crew 2.

Concernant la question des protections antipiratages (DRM), ne font-elles pas plus de mal que de bien ? Quid d'Assassin's Creed Origins dont votre réponse officielle sur les DRM ne semble pas convaincre les joueurs ?

Le jeu PC est important pour Ubisoft, c’est pour cela que la version PC d’Assassin’s Creed Origins n’est pas un portage, mais a été créée en même temps que les autres versions. Cette approche a été adoptée dès le design du jeu, notamment pour ce qui concerne les contrôles clavier-souris. Pour continuer à faire profiter à nos joueurs PC de ce niveau de qualité et de personnalisation, Assassin’s Creed inclut un dispositif antipiratage Denuvo qui est destiné à renforcer la sécurité du jeu.  

Là encore, qu'en sera-t-il pour The Crew 2 ?

Le jeu sortant en mars prochain, il est trop tôt pour détailler un éventuel dispositif.

Le jeu PC a-t-il encore un intérêt pour Ubisoft ? Je cite l'un de vos collaborateurs aujourd'hui : "la majorité des ventes se fait sur consoles".

Notre communauté de 13 millions de joueurs sur The Crew est au cœur de notre évolution et de notre capacité à produire une expérience de jeu toujours améliorée. Nous observons la manière dont elle s’approprie notre jeu, nous sommes à l’écoute des commentaires de nos joueurs depuis maintenant 3 ans et The Crew 2 en aura largement bénéficié. En tant que membres actifs de cette communauté, nos joueurs PC participent également à cet échange permanent et constituent un soutien précieux au même titre que nos joueurs consoles.

Comment avez-vous accueilli les six mois de répit offerts par Vincent Bolloré, dont le groupe Vivendi détient plus de 27 % du capital d'Ubisoft ?

Comme nous l’avons dit, nous restons vigilants.

Ubisoft, "dernier grand studio indépendant de France", n'est-ce pas aujourd'hui une posture quand on est un géant comme vous ?

Nous pensons depuis toujours que l’indépendance du groupe est la condition sine qua non pour innover, prendre des risques et créer de nouvelles marques. Cela n’a pas changé. Pensez à Steep, The Crew, Mario+The Lapins Crétins ces dernières années.

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