Lyon capitale de la gastronomie : un poncif devenu argument commercial


Par Guillaume Lamy
Publié le 14/06/2017  à 17:00
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“Lyon, nous n’hésitons pas à le dire, à l’écrire et à le proclamer, est la capitale gastronomique du monde”, proclamait en 1925 Curnonsky, le prince des gastronomes. Interrogé par le site Atabula.com, Lyon Capitale a tenté de répondre à la question.

cuisine
© Tim Douet

Il y a quatre mois, quelques oreilles de cochon après la clôture du Sirha et du Bocuse d'Or qui se tenaient à Lyon, le site Atabula.com se demandait si la réputation de "capitale de la gastronomie" dont était affublé Lyon depuis quasi cent ans était encore justifiée. Huit chefs et observateurs de la scène gastronomique étaient interrogés.

Voici ce qu’avait répondu Lyon Capitale :

"Les Lyonnais sont chauvins et se prévalent de cette expression qui est un poncif. A la Renaissance, Rabelais écrivait déjà sur la gastronomie lyonnaise. Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est devenu un argument commercial. Paris a pour symbole la romance, New York l’énergie, Milan la mode. Lyon la gastronomie. Il n’y a pas longtemps, la ville s’est d’ailleurs servie de Paul Bocuse pour se vendre. Avec Easyjet, Internet et la démocratisation de la cuisine, toutes les villes deviennent capitales de la gastronomie. Lyon domine-t-elle encore le monde ? Oui, en janvier dernier à l’occasion du Sirha où tous les regards sont tournés vers Lyon. Il y a quelque temps, je m’étais amusé à comparer le nombre de restaurants intra-muros par habitant des grandes villes. Lyon est seconde avec 2 500 tables. Depuis trois ou quatre ans, il y a eu un boost de jeunesse ahurissant. Celui qui en est à l’origine ? Mathieu Rostaing-Tayard, qui a emmené toute une génération de chefs. Une quinzaine de chefs tirent aujourd’hui la scène lyonnaise vers le haut. Le Lyon actuel me rappelle le Berlin d’il y a quelques décennies avec de beaux petits établissements très design avec de la finger food. On se rend compte à l’heure actuelle que la cuisine lyonnaise de tradition, cocardière, carnassière, pas très chère et moquée pendant longtemps car grasse, est célébrée en l’allégeant un peu. Julien Gauthier, du Café Sully, fait dans le bouchon revisité avec moins de beurre, moins de crème. Les officiels accompagnent-ils la gastronomie locale ? Il y a trois ans, j’aurais dit non. En retard, ils mettent désormais le paquet sur la gastronomie. Je n’ai jamais compris pourquoi le thème n’était pas dans leur feuille de route jusqu’à présent… Avec un tel patrimoine, bien des villes nous regardent. On se disait : c’est bon, c’est acquis. Un peu comme la Cité de la gastronomie qui a failli nous passer sous le nez et que l’on a récupérée de justesse en se raccrochant au wagon suite à des pétitions. Il y a une tradition de manger ici, une religion même si j’exagère. Quand on est lyonnais, on bouffe. Les jeunes chefs disent qu’ils devaient bosser, que rien n’était gagné parce que les Lyonnais possèdent un palais et des exigences particulières.”

 

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